Obama fera ses adieux présidentiels

Les gens ont fait la file pendans plusieurs heures afin d’obtenir un laisser-passer pour le discours d’adieux du président Barack Obama.
Photo: Scott Olson Agence France-Presse Les gens ont fait la file pendans plusieurs heures afin d’obtenir un laisser-passer pour le discours d’adieux du président Barack Obama.

Le président Obama livre aujourd’hui son dernier grand discours, les traditionnels adieux à la nation. Ces discours d’adieu appartiennent à une longue tradition américaine, que cette transition difficile pourrait tout de même bousculer.

Depuis 1796, ce moment constitue « une grande tradition », comme le rappelait déjà Ronald Reagan au moment de livrer son discours en 1989. Barack Obama livrera le sien ce soir à Chicago.

Pareil discours n’a pas souvent été livré en public par des présidents sortants. Mais le président Obama, orateur hors norme, apprécie les bains de foule et le caractère parfois improvisé que force ce type d’expérience. Il prendra donc la parole à Chicago devant un auditoire auquel des billets ont été distribués gratuitement samedi matin, selon le principe du premier arrivé, premier servi.

Très tôt samedi, la file pour obtenir ces places était considérable, comme s’il s’agissait en fait d’un concert populaire. La foule était telle que, dès 7 h du matin, les policiers prévenaient ceux qui continuaient d’arriver qu’ils attendraient en vain d’obtenir une place, vu le nombre de sièges limités.

Le président Obama parlera depuis le McCormick Place, le plus grand centre de congrès du pays. La salle de théâtre de ce complexe compte un peu plus de 4200 places. Flairant la bonne affaire, les revendeurs illégaux n’ont pas tardé à entrer en scène. Le Chicago Tribune indique que des billets pour cette dernière prestation officielle du président Obama sont proposés à 5000 $ chacun.

Protocole

Si les Obama apparaissent singuliers dans la lignée des familles présidentielles, ils se sont toujours montrés très à cheval sur le principe du respect le plus strict des traditions protocolaires et sur le sérieux qu’il convient d’accorder à la livraison des discours officiels. Il ne devrait donc pas en être autrement pour cet ultime discours du président sortant.

Le dernier discours du président américain constitue un exercice obligé, une longue tradition qui obéit à des codes qui puisent aux origines d’un exercice inauguré par les adieux publics de George Washington en septembre 1796. Il s’agit d’ordinaire d’une suite de considérations sur le bilan général du président, de remerciements pour ses proches collaborateurs et de marques de confiance obligées à l’égard du successeur.

Ces discours d’adieu rappellent aussi d’ordinaire les fondements solides de la démocratie américaine afin de faciliter la transition, tout en défendant poliment mais énergiquement un bilan envisagé comme une direction à poursuivre.

Le 11 janvier 1989, dans son dernier discours, Ronald Reagan rappelait qu’« il y a une grande tradition d’avertissements dans les adieux présidentiels ». Chacun y va en effet de recommandations appuyées par l’expression d’un bilan personnel magnifié.

Mais il ne s’est guère trouvé jusqu’ici, dans la longue suite des successions présidentielles, des tensions de fond aussi perceptibles que celles qui marquent ce passage difficile à l’ère Trump. Les circonstances propres à cette transition hors norme vont faire en sorte que le discours du président Obama sera à tout le moins plus scruté que jamais.

Tradition

Reste que les discours d’adieu sont d’ordinaire sans histoire et très polis. Qui se souvient du dernier discours officiel livré par George W. Bush, le 16 janvier 2009 ? Bush fils y rappelait avec beaucoup d’élégance que « dans cinq jours », à la date d’entrée en fonction de Barack Obama, « le monde sera témoin de la vitalité de la démocratie américaine ». Le président sortant ajoutait que c’était une tradition aux fondements du pays que « la présidence soit relayée à un successeur choisi par vous, le peuple américain ». De son successeur, George W. Bush ajoutait même ceci : « Debout sur les marches du Capitole se tiendra un homme dont l’histoire reflète la promesse tenace de notre terre. Il s’agit d’un moment d’espoir et de fierté pour notre nation. »

Bill Clinton avait pour sa part ouvert la porte de la Maison-Blanche à son successeur à l’occasion d’un dernier discours prononcé le 18 janvier 2001. Clinton y insistait beaucoup sur l’importance des efforts qu’il avait accomplis pour réduire la taille du gouvernement et mener la chasse aux déficits, insistant pour dire qu’il s’agissait de la bonne voie à suivre. Clinton terminait tout de même avec une formule rassembleuse usuelle : sa famille et lui se joignaient à tous les Américains pour offrir leurs meilleurs voeux au nouveau président « pour mener la marche de la liberté dans ce nouveau siècle ».

En 1796, dans son texte considéré comme fondateur, le général Washington concluait sa présidence en indiquant pour sa part que « l’amour de la liberté est si profondément gravé dans vos coeurs qu’aucune recommandation de ma part n’est nécessaire pour fortifier en vous ce penchant ». Il en fera tout de même pendant plusieurs pages !

5 commentaires
  • Pierre Fortin - Abonné 10 janvier 2017 09 h 39

    Le président Obama fera-t-il preuve de courage ?


    Barack Obama a déjà déclaré, lors de sa campagne à la présidence de 2008, « Nous devons nous retire d'Irak, mais chose plus importante, nous devons nous défaire de l'état d'esprit qui nous y a menés ». Aura-t-il le courage de pousser plus loin cette pensée, après huit ans à la conduite de l'État, comme le fit le président Dwight D. Eisenhower dans son propre discours d'adieu en mettant le peuple en garde contre la montée en puissance du complexe militaro-industriel ?

    Il semble bien que ce péril annoncé ait été rapidement oublié : « Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l'énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble ».

    Le président Obama aura-t-il le courage de dénoncer ce qui est devenu, depuis ce "farewell address" de janvier 1961, le complexe militaro-technico-politico-industriel qui pèse lourdement sur la gouverne de l'empire américain et, par conséquent, sur l'état de toute la planète ?

    • Raymond Labelle - Abonné 10 janvier 2017 11 h 25

      Convergence d'esprit M. Fortin. Votre texte n'avait pas encore été publié quand j'avais envoyé le mien.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 janvier 2017 11 h 36

      À signaler cet autre extrait du même discours d'adieu du président Eisenhower, nous mettant en garde contre le pillage des ressources et invitant non seulement le gouvernement mais aussi les citoyens à mieux agir - on pourrait qualifier cet avertissement de prophétique. Si on avait pris cet avertissement au sérieux dès le 17 janvier 1961 (date du discours)...

      "En regardant attentivement l'avenir de la société, nous, vous et moi, et notre gouvernement, devons éviter l'impulsion de ne vivre que pour aujourd'hui, pillant pour notre aise et notre convenance les précieuses ressources de demain. Nous ne pouvons pas hypothéquer les biens matériels de nos petits-enfants sans demander la perte de leur patrimoine politique et spirituel. Nous voulons que la démocratie survive pour toutes les générations à venir, pour ne pas devenir le fantôme insolvable de demain.

      Traduction par moi : pour le texte original en anglais : https://en.wikipedia.org/wiki/Eisenhower%27s_farewell_address"

    • Pierre Fortin - Abonné 10 janvier 2017 14 h 08

      Convergence d'esprits en effet. Si vous regardez l'heure de dépôt de nos commentaires, nous les avons vraisemblablement écrits en même temps.

      Attendons d'entendre ce dernier discours. Peut-être concluera-t-il sa présidence avec les mêmes valeurs universelles qu'il professait lors de sa campagne de 2008, ou lors de son discours du Caire, alors que son expérience comme chef de l'administration lui a sûrement appris quelque chose. Il serait illusoire de croire que le Président décide de tout dans l'administration américaine, surtout lorsque le gouvernement précédent a placé ses pions à tous les niveaux dans les ministères.

      Si on se fie aux gestes qu'il a posés depuis un an, plutôt que de se comporter en "canard boiteux", il aura fait preuve d'une audace qu'il convient de souligner, notamment pour sa politique israélienne récente et celle à l'égard de l'Iran avec l'accord de juillet 2015.

      M'enfin, espérons qu'il ne partira pas sans conclure.

  • Raymond Labelle - Abonné 10 janvier 2017 09 h 42

    Le discours d’adieu du président Eisenhower : mise en garde contre le « complexe militaro-industriel ».

    « (…) les discours d’adieu sont d’ordinaire sans histoire et très polis. » (article)

    Au moins une exception : le discours d’adieu du président Eisenhower (poli mais pas sans histoire). Dans son discours d'adieu, télédiffusé partout aux États-Unis, le président Eisenhower, le 17 janvier 1961, en pleine guerre froide, a mis son peuple en garde contre le "complexe militaro-industriel" (ce sont les termes qu'il a utilisés) de son propre pays.

    Extrait de ce discours (traduit en français):

    « Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l'énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

    Voilà qui suscite respect et admiration.