Obama reconnaît avoir «sous-estimé» l’impact des piratages

Barack Obama prononcera son discours d’adieu mardi à Chicago.
Photo: Tasos Katopodis Agence France-Presse Barack Obama prononcera son discours d’adieu mardi à Chicago.

Barack Obama a reconnu dimanche avoir « sous-estimé » l’impact qu’une campagne de piratages pouvait avoir dans les démocraties, deux jours après un rapport des services de renseignement américains sur l’ingérence de la Russie dans la campagne électorale.

Dans une entrevue à la chaîne ABC, le président américain a toutefois nié avoir sous-estimé son homologue russe, Vladimir Poutine, qui selon les espions américains a orchestré cette campagne d’attaques informatiques et de manipulation des médias destinée à favoriser l’élection de Donald Trump au détriment de Hillary Clinton, ce que le Kremlin dément.

« Mais je pense avoir sous-estimé la manière dont, dans cette nouvelle ère d’information, il est possible pour la désinformation, les attaques informatiques et ce genre de choses d’avoir un impact sur nos sociétés ouvertes, pour s’insinuer dans nos pratiques démocratiques », a déclaré Barack Obama, estimant en outre que cette tendance s’accélérait.

M. Obama, qui prononcera son discours d’adieu mardi à Chicago, a noté que parmi les pays alliés des Américains faisant partie de l’OTAN, plusieurs comme la France tiendraient des élections prochainement : « Nous devons être vigilants », a-t-il dit.

Selon un rapport publié vendredi par les services de renseignement américains, l’objectif de la campagne russe de désinformation et de piratages était de saper le processus démocratique américain, d’affaiblir une éventuelle présidence Clinton, et d’augmenter les chances de victoire du milliardaire populiste en dénigrant Hillary Clinton.

La publication par Wikileaks de milliers de messages dérobés du plus proche conseiller de la démocrate a gêné pendant des semaines la candidate. Selon Washington, les services russes sont la source de Wikileaks, ce que son fondateur Julian Assange nie.

Réactions du camp Trump

« Nous n’avions pas besoin de Wikileaks pour convaincre les Américains qu’ils ne l’aimaient pas [Hillary Clinton], ne lui faisaient pas confiance ou ne la trouvaient pas honnête. Elle s’est mise toute seule dans cette situation », a insisté dimanche Kellyanne Conway, conseillère du prochain président américain, sur CNN.

Donald Trump a reçu vendredi les chefs du renseignement américain, mais s’il a accepté l’idée que Moscou ait pu prendre part aux piratages informatiques qui ont ciblé le parti démocrate, il nie que la Russie ait pu avoir un quelconque impact sur les résultats de l’élection, en rappelant que les systèmes électoraux eux-mêmes n’ont pas été piratés.

Son futur secrétaire général de la Maison-Blanche, Reince Priebus, a insisté dimanche sur le fait que M. Trump « accepte le fait que dans ce cas particulier il s’agit d’entités en Russie », sur la chaîne Fox.

« Il accepte le fait que la Russie et d’autres entités lancent des cyberattaques contre les États-Unis toute la journée », a dit Reince Priebus, qui est également président du parti républicain.

Transition

Barack Obama avait en tête une autre sortie : après huit années au pouvoir, il quitte la Maison-Blanche sur une transition acrimonieuse rythmée par les salves de tweets de Donald Trump qui s’apprête à détricoter son bilan.

Même s’il peut s’enorgueillir d’une cote de popularité flatteuse, qui le place dans la même ligue que Ronald Reagan et Bill Clinton à l’heure du départ, la pilule est amère pour le président démocrate. La première rencontre dans le Bureau ovale entre les deux hommes au parcours et au tempérament radicalement différents avait surpris par son ton apaisé. Mais elle semble déjà lointaine.

Le 44e et le bientôt 45e président des États-Unis ont certes eu plusieurs échanges téléphoniques depuis ce tête-à-tête, mais la tension est chaque jour un peu plus palpable.

« Le gouffre entre leurs positions politiques, leurs personnalités et leurs partis était trop béant pour que cette transition se passe sans heurts », résume Larry Sabato, professeur à University of Virginia.

Sur certains dossiers, comme la réforme de l’assurance-maladie (Obamacare) ou la lutte contre le réchauffement climatique, l’orientation est claire : son successeur républicain ira à rebours, par décret ou par voie législative, de toutes les initiatives prises au cours des huit dernières années.

Sur d’autres, en particulier en politique étrangère, le flou est total : que deviendront, dans les mois à venir, l’ouverture à Cuba ou l’accord sur le nucléaire iranien ?

Donald Trump, qui sera le plus vieux président à entrer à la Maison-Blanche, n’épargne plus le président sortant, 55 ans. Ou plutôt, il souffle, comme il le fait avec nombre de ses rivaux ou alliés, le chaud et le froid.

« Je fais de mon mieux pour ignorer les nombreux obstacles et déclarations incendiaires du président O. Je pensais que la transition se ferait en douceur. MAIS NON ! », lance-t-il sur Twitter fin décembre.

Interrogé quelques heures plus tard sur ce thème, il assure, tout sourire, que le processus se fait « très, très en douceur ».

Barack Obama a estimé que ses discussions avec son successeur « ont été cordiales. Il a été ouvert à des suggestions », a-t-il dit, décrivant M. Trump comme « très charmant et sociable ».

« J’ai apprécié nos échanges. C’est quelqu’un, je pense, qui ne manque pas de confiance en lui », ce qui est probablement « une condition préalable pour ce travail ».

Le 44e président des États-Unis a toutefois averti son successeur qu’il y avait une différence entre faire campagne et gouverner, et qu’il ne pourrait pas gérer la présidence « de la même manière que vous gérez une entreprise familiale ».

Barack Obama pense également que Donald Trump « n’a pas passé beaucoup de temps à fignoler les détails » de sa politique, un point qui « peut être à la fois une force et une faiblesse ».

1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 9 janvier 2017 09 h 45

    Obama a bien raison de se méfier

    Il sait comment influencer les peuples, fussent t'il aux antipodes.

    Ça fait des années que les américains font ça partout à travers le monde...