Nouvelle ère au Congrès, nouveau sursaut de Trump

Le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a été réélu à son poste, confirmant sa position d’homme fort du Congrès.
Photo: J. Scott Applewhite Associated Press Le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a été réélu à son poste, confirmant sa position d’homme fort du Congrès.

Les républicains installent leur domination du pouvoir politique à Washington. Ils ont les coudées franches pour mettre en marche leur ambitieux programme de réformes conservatrices, malgré une note tumultueuse de Trump en ce début de nouvelle ère.

Le Congrès élu en novembre est entré en fonction mardi et l’ultralibéral Paul Ryan a été réélu sur-le-champ à la présidence de la Chambre des représentants. Le Parti républicain a la mainmise sur la Maison-Blanche et le Congrès pour la première fois depuis 2007. « Le peuple nous a donné un pouvoir unifié. Pas parce qu’ils sont généreux, mais parce qu’ils veulent voir des résultats », a déclaré Paul Ryan dans l’hémicycle au premier jour du 115e Congrès. « C’est une chance unique dans nos vies. »

Cet optimisme dissimule cependant un nouvel épisode dissonant entre Trump et son parti. Les républicains de la Chambre ont cherché à réduire les pouvoirs d’enquête sur les violations éthiques des élus. Ils ont adopté en catimini lundi soir une réforme du Bureau d’éthique parlementaire, créé en 2008 après des scandales de corruption, l’équivalent des commissaires à l’éthique au Canada et au Québec. S’ils n’avaient pas fait marche arrière, ce changement du règlement intérieur aurait été voté mardi lors de la rentrée parlementaire.

Cette restriction des garde-fous à l’éthique des politiciens a provoqué un tollé chez la minorité démocrate et diverses associations. Le coup de grâce semble cependant avoir été donné par Trump : « Avec tout ce que le Congrès a à faire, doivent-ils vraiment faire de l’affaiblissement de l’organisme d’éthique indépendant, aussi injuste soit-il, leur premier geste et première priorité ? a-t-il écrit sur Twitter. Concentrez-vous sur la réforme fiscale, la santé et toutes les autres choses bien plus importantes ! »

Un désaccord prévisible selon Rafael Jacob, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand : « On allait complètement contre son message de campagne, de “faire le ménage à Washington”, et ce, dès le premier jour. »

 

Dissensions

L’entente entre Trump et la majorité républicaine est loin d’être assurée. Les relations entre Paul Ryan et le chef d’État sont par exemple réputées peu harmonieuses. Le président de la Chambre des représentants s’était dit révulsé par la diffusion d’une vidéo dans laquelle Donald Trump tenait des propos obscènes à l’égard des femmes. Quelques jours après cette publication, il avait déclaré aux élus républicains qu’il ne prendrait plus sa défense, préférant consacrer son énergie à protéger leur majorité au Congrès. Le flamboyant milliardaire avait rétorqué en le fustigeant, accusant les responsables républicains d’être « déloyaux ».

Pour un chroniqueur du New York Times, l’épisode du Bureau d’éthique parlementaire « en dit long sur les journées chaotiques à venir ». « C’est le ton et la culture que Trump a créés. Il opère avec une défiance provocatrice, alors les républicains de la Chambre l’ont fait, eux aussi », écrit Frank Bruni.

Trump semblait tout de même « avoir le gros bout du bâton » mardi, note M. Jacob. Mais certaines tensions idéologiques seront plus difficiles à résoudre, admet-il sans vouloir faire de prédictions. « On a une vision de la présidence toute-puissante et tendance à traiter le Congrès comme des serviteurs du président, alors que ce n’est pas du tout ainsi. »

Il pourrait donc devoir s’aligner lui aussi sur la position républicaine dominante pour certains enjeux, notamment à propos des sanctions contre la Russie. La semaine dernière, Barack Obama a expulsé 35 diplomates russes soupçonnés d’être intervenus dans l’élection américaine. Si une majorité bipartisane s’entendait pour garder ces sanctions en place, voire pour les renforcer, « la pression sur lui serait colossale », analyse le spécialiste des États-Unis. Est-ce que Trump y opposerait son veto ? « Je n’ai pas de réponse, réplique M. Jacob, mais c’est certain qu’Obama vient compliquer sa tâche. Je vois ces sanctions comme dirigées contre lui, presque autant que destinées à Poutine. »

Victoires à prévoir

D’autres enjeux font toutefois consensus entre Trump et son parti, rappelle Rafael Jacob. « Il y a clairement une priorité à abroger l’Obamacare, car cette réforme est très impopulaire. » Sans entente sur un plan subséquent pour la remplacer, l’abrogation pourrait toutefois prendre du retard.

Ford a par ailleurs annoncé qu’elle annulait ses plans de construction d’une usine au Mexique. L’annonce est survenue mardi matin, peu après que le président désigné eut réitéré sur Twitter son intention d’imposer une taxe punitive sur certaines importations. La compagnie transfère par le fait même son investissement de 1,6 milliard $US vers des installations américaines.

Autre dossier dans lequel le président désigné pourrait soit marquer des points, soit perdre des plumes : le colossal plan d’investissement dans les infrastructures promis à ses électeurs. La facture très salée, évaluée à 1000 milliards de dollars, rebutera assurément les membres de son parti. « On ne sait pas comment les cartes vont tomber. Les républicains voudront-ils soutenir leur président malgré tout ? Et les démocrates, qui sont d’accord avec le principe, vont-ils se mettre en bloc contre, juste pour ne pas lui donner de victoire ? » soumet en guise d’hypothèse M. Jacob. La dynamique entre le président et le Congrès s’installera rapidement, selon lui, mais en attendant les scénarios sont « extrêmement imprévisibles, comme l’homme lui-même ».

Hillary et Bill Clinton ont déjà indiqué qu’ils prévoient assister à la cérémonie d’investiture de Donald Trump le 20 janvier prochain. Barack Obama prononcera quant à lui son discours d’adieu la semaine prochaine à Chicago, là où il avait célébré son élection à la Maison-Blanche le 5 novembre 2008. Donald Trump a annoncé sa prochaine conférence de presse à New York le 11 janvier prochain, soit neuf jours avant d’entrer officiellement en fonction.

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