Le Moyen-Orient du président Trump

Les déclarations de Donald Trump pendant la campagne électorale remettaient profondément en question les politiques de son prédécesseur, Barack Obama.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Les déclarations de Donald Trump pendant la campagne électorale remettaient profondément en question les politiques de son prédécesseur, Barack Obama.

Sur la Syrie, l’Iran ou encore l’Arabie saoudite, les déclarations de Donald Trump pendant la campagne électorale remettaient profondément en question les politiques de Barack Obama. Certaines semblaient même dévier du consensus qui règne à Washington d’administration en administration. À quoi pourrait ressembler la politique étrangère du président Trump au Moyen-Orient ? Réponses de Marie-Joëlle Zahar, professeure de science politique et spécialiste de cette région au CERIUM.

Sur la Syrie, Trump a critiqué l’approche d’Obama, soulignant que bien des rebelles qui ont l’appui de la coalition internationale sont encore moins fréquentables que le président syrien, Bachar al-Assad. Vous attendez-vous à un revirement américain en Syrie ?

Je m’attends, malheureusement, au pire. Le président désigné a clairement exprimé son intention de travailler main dans la main avec le président russe, Vladimir Poutine, pour défaire le groupe État islamique. Bien qu’il ait des doutes concernant les interventions militaires, Donald Trump s’est dit convaincu de la nécessité d’une telle action dans ce cas. Et il a promis de suspendre toute aide américaine aux groupes rebelles qui, selon lui, sont pires que le régime syrien.

Selon l’analyse des rares politologues qui se sont intéressés de près à sa vision du monde, Trump souscrit à ce que nous pourrions décrire comme une vision « huntingtonienne » [en référence au politologue Samuel Huntington, auteur du Choc des civilisations, paru en 1996], laquelle privilégie la stabilité au détriment de la démocratie. Il est donc susceptible de préférer le maintien au pouvoir du régime syrien à l’instabilité, comme on l’a vu en Irak ou encore en Libye après la chute de Saddam Hussein et de Mouammar Kadhafi, respectivement.

Or, les leçons de l’histoire tendent à montrer que la stabilité autoritaire à court terme est un pari risqué.

Trump a qualifié l’accord sur le nucléaire iranien, conclu sous la présidence Obama, d’un des pires jamais négociés. Peut-il vraiment déchirer cet accord, comme il l’a promis en campagne ?

Déchirer est un bien grand mot. Se retirer de l’accord, peut-être. Le précédent existe. En 2001, le président George W. Bush, nouvellement élu, retirait les États-Unis du Traité sur les missiles antibalistiques, pierre angulaire du système international de contrôle des armements.

Il est certain que l’accord sur le nucléaire iranien va être examiné de près par la nouvelle équipe de la Maison-Blanche. Mais même si les États-Unis exigent des amendements, le risque de voir l’Iran reprendre l’enrichissement d’uranium pondérera très probablement les velléités d’abrogation de l’accord.

L’Arabie saoudite, qui jouit d’une étroite relation avec Washington depuis 1945, a été critiquée par Trump, disant que le royaume devrait financer davantage l’effort sécuritaire américain et narguant le prince Al-Walid ben Talal sur Twitter. Croyez-vous en une révision de cette sacro-sainte alliance ?

Dans la mesure où le président désigné a promis de revoir une autre alliance encore plus stratégique, l’OTAN, je pense qu’il faut envisager cette possibilité. Tout au moins Donald Trump veut-il que les alliés des États-Unis paient leur part s’ils veulent l’appui de Washington.

Cela ne fera qu’empirer la situation puisque, depuis la signature du traité sur le nucléaire iranien, les Saoudiens perdent confiance en l’engagement de Washington de les défendre. Or, une Arabie saoudite inquiète est une Arabie saoudite potentiellement déstabilisatrice. C’est un pays qui usera de la force dans sa quête de sécurité régionale, ce qui contribuera à attiser les conflits, comme on le voit aujourd’hui au Yémen. C’est aussi un pays qui refusera de jouer le rôle traditionnel de stabilisateur des prix du pétrole au sein de l’OPEP.

Autant de conséquences probables qui devraient faire réfléchir à deux fois les nouveaux maîtres de la Maison-Blanche.
 

 



 

 

4 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 16 novembre 2016 07 h 50

    SVP, un peu de sérieux du CERIUM

    Alors l’Arabie saoudite est « un pays qui usera de la force dans sa quête de sécurité régionale ».

    Donc ce pays qui, allié au Qatar et à la Turquie, a mis à feu et à sang la Syrie (afin de remplacer un régime séculier par un régime islamiste), qui bombarde déjà au Yémen les milices Houthis (sans toucher aux milices d’Al-Qaida et de l’État islamique qui, en remerciement, font sauter des mosquées chiites en Arabie Saoudite), qui ne cache pas son désir d’une guerre préventive avec l’Iran (avant qu’elle ne soit remise de l’embargo) et qui finance tous les groupes terroristes du globe, est un facteur de paix et d’harmonie ?

    La fondation Blair a déjà démontré (dans une étude publiée par The Guardian mais totalement ignorée par les quotidiens d’ici) que l’idéologie des milices soutenues par l’Arabie saoudite était indistincte de celle de l’État islamique. Conséquemment, leur accession au pouvoir n’aboutirait en rien de moins qu’une épuration ethnique.

    La sécurité régionale version saoudienne, c’est couvrir la région de dictatures islamistes et d’accuser de terrorisme tous ses propres citoyens qui veulent un assouplissement de cette dictature.

    La paix au Moyen-Orient et dans le monde passe au contraire par le renversement de cette dictature obscurantiste.

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 16 novembre 2016 15 h 14

      La paix au Moyen-Orient passe aussi par la fin du sionisme fanatique et la fin du nettoyage ethnique de la Palestine.

      Les États-Unis étant le bras militaire des sionistes entre autres en y injectant près de $4 milliards annuellement en armement.

      J'ai hâte de connaitre comment Trump voit ce conflit et ce qu'il entend y faire.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 16 novembre 2016 21 h 42

      Jean-Guy Mailhot écrit : "J'ai hâte de connaitre comment Trump voit ce conflit et ce qu'il entend y faire."

      La solution est pourtant simple : déduire de la subvention militaire américaine les sommes qu'Israel consacre aux colonies. Plus Israel en construit, moins elle reçoit de l'argent de Washington.

  • Denis Paquette - Abonné 16 novembre 2016 11 h 53

    le gros blond

    Qu'est-ce que peut comprendre Trump du Moyen Orient sinon que ce sont pour lui des barbares que la Russie est capable de dompter, il n'a aucune idée de penser que nous vivons sur la meme planete, quel inculte d'un autre sciecle , je pense qu'il fait parti des plus grands incultes que la terre puisse porter, il appartient vraiment a un autre sciecle, je le verrais tres bien vouloir revenir a l'esclavagisme a l'époque on parlait des rois nègres avec lui on va parler du gros blond