Stephen Bannon: un sulfureux bras droit de la droite

L’arrivée de Stephen Bannon dans la stratégique aile ouest de la Maison-Blanche signale aussi l’arrivée au pouvoir d’une autre créature du nouveau monde médiatique.
Photo: Gerald Herbert Associated Press L’arrivée de Stephen Bannon dans la stratégique aile ouest de la Maison-Blanche signale aussi l’arrivée au pouvoir d’une autre créature du nouveau monde médiatique.

Le stratège en chef devient chef de la stratégie. L’idéologue Stephen Bannon, un des principaux artisans de la victoire de Donald Trump, a été désigné dimanche haut conseiller et chef de la stratégie de la Maison-Blanche par le nouveau président élu. Une nomination qui a reçu lundi son lot de critiques démocrates, mais aussi républicaines. Portrait.

Dire que la nomination du jeune sexagénaire inquiète tient de l’euphémisme. M. Bannon a été comparé à deux propagandistes nazis, Joseph Goebbels (par un animateur de Fox) et Leni Riefenstahl (par le fondateur du site Breitbart.com). Des critiques ont évoqué Raspoutine, guérisseur mystique qui hypnotisait l’entourage du tsar Nicolas II.

Vincent Boucher, chercheur en résidence de l’Observatoire sur les États-Unis de l’UQAM, rappelle que le principal intéressé, pourtant viscéralement anti-gauchiste, s’est déjà lui-même revendiqué de l’héritage de… Lénine !

« En 2014, il a déclaré au site Web The Daily Beast qu’il se voyait comme un léniniste, explique le chercheur. En ce sens que son action politique visait à détruire les gens au pouvoir présentement. Il déteste l’establishment de droite. Ça fait partie de ses contradictions. Il a critiqué les banquiers après la débâcle de 2007-2008, mais il abhorre encore plus les gens de gauche. Il déteste les politiques d’Obama, les réformes du big government. En même temps il se dit léniniste et il appuie un candidat qui ne va pas réduire la taille de l’État. Trump propose plus de déficits qui vont creuser la dette. En fait, Stephen Bannon est un opportuniste. »

Un poids lourd
Le nouveau conseiller avait aussi été pressenti comme chef de cabinet, responsable de l’agenda du président et cerbère en chef. Ce rôle, considéré comme l’équivalent du second de l’administration, revient finalement au président du Parti républicain, Reince Priebus. Dans les faits, le haut conseiller devrait détenir autant sinon plus de pouvoir que le chef de cabinet. Le communiqué officiel les présente comme des « partenaires égaux ».

« Avec ces deux nominations, on tente de plaire à l’establishment du parti et on tente de plaire à la base plus populiste, commente le spécialiste Vincent Boucher. On veut ménager la chèvre et le chou en se faisant des alliés à Washington pour promouvoir les priorités législatives de Donald Trump tout en montrant aux électeurs qui ont été mobilisés durant la campagne par un discours parfois xénophobe que M. Bannon aura aussi une influence importante. »

Le nouveau conseiller principal pourrait peser sur toutes les décisions, du moins si tel est le souhait du président et si les autres hauts gradés de l’administration (dont ses enfants) ne font pas barrage à son ascendant.

« M. Bannon aura un accès direct au président, sans passer par M. Priebus, et ça, c’est assez novateur à la Maison-Blanche. La ligne hiérarchique habituelle est rompue. Cette décision cadre avec Donald Trump, qui n’est pas un politicien de carrière et qui arrive avec de nouvelles propositions pour organiser le pouvoir. Il a aussi dit qu’il passerait presque autant de temps à New York qu’à Washington. »

D’un écran à l’autre
L’arrivée de Stephen Bannon dans la stratégique aile ouest de la Maison-Blanche signale aussi l’arrivée au pouvoir d’une autre créature du nouveau monde médiatique. Donald Trump a lui-même assis une part de sa reconnaissance publique sur l’animation de téléréalité The Apprentice. Stephen Bannon, lui, vient de plusieurs écrans.

Après avoir fait fortune en acquérant une partie des droits de reprise de la célèbre sitcom Seinfeld, l’ex-militaire s’est lancé dans la défense du Tea Party, mouvement à la droite des républicains, tout en flirtant avec l’« alt-right » qui s’oppose à l’immigration, au multiculturalisme, au politiquement correct tout en assumant parfois des positions ouvertement antisémites, misogynes et islamophobes. Stephen Bannon a pris la tête de Breitbart.com en 2012 et a forcé sa radicalisation outrancière avec des manchettes de ce genre : « Préféreriez-vous que votre enfant attrape le féminisme ou le cancer ? »

L’aile ouest

Le complexe de la Maison-Blanche comprend différents éléments, dont la fameuse aile ouest (en anglais West Wing) qui abrite le bureau ovale, la salle du cabinet, la Situation Room (pour les opérations d’urgence) et les locaux de travail de la cinquantaine des plus proches collaborateurs du président. Le futur bureau de Stephen Bannon, nouveau conseiller principal du 45e président, s’y trouve.
4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 15 novembre 2016 03 h 49

    un petit, un laid, un beau et un faciste

    On peut naitre faciste et ne pas le savoir, en fait Big Brother Trump vient de leur dire, de ne pas se gêner car même la population en redemande, en fait les américains ne l'ont-ils pas toujours étés un peu, si vous les avez fréquenté, vous savez ca, qu'ils sont les seuls qui peuvent traiter des choses les plus importantes en une douzaine de mots , je m'excuse, il y a aussi, mon beau-frere , et oui, ca prend de tout, pour faire le monde

  • Maryse Veilleux - Abonnée 15 novembre 2016 06 h 21

    Antisémite?

    Je me demande ce que va devenir la politique envers Israel dans ce contexte.

    • Benoît Landry - Abonné 15 novembre 2016 10 h 06

      J'ai bien peur que ce soit «Business as usual»

  • Colette Pagé - Abonnée 15 novembre 2016 11 h 04

    Le côté sombre de l'Amérique !

    Commence à se dessiner la garde rapprochée du nouveau président. Et celà fait peur !

    Il faut garder en mémoire que le slogan du candidat Trump " Make America Great Again " s'inspire du mantra de Hitler qui voulait redonner sa grandeur à l'Allemagne avec les dérives que la démogagie de ce discours a connu.

    Donnons le bénéfice du doute au candidat : peut-être ignorait-il la similiarité entre ces deux messages porteurs d'isolement, de xénophobie et de racisme.