On efface tout et on recommence

Des Américains d’origines diverses ont tenu une vigile devant la Maison-Blanche à la suite de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.
Photo: Yuri Gripas Agence France-Presse Des Américains d’origines diverses ont tenu une vigile devant la Maison-Blanche à la suite de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Ce n’était pas un mauvais rêve. Donald Trump a bel et bien remporté l’élection présidentielle. Les États-Unis et le monde entier ont encaissé le choc, mercredi, tandis que les ténors républicains se sont ralliés au vainqueur dans le but de démanteler tout ce qu’a accompli Barack Obama depuis huit ans.

Dès le lendemain de cette victoire stupéfiante, le président élu et sa garde rapprochée ont entrepris de renverser les grandes réalisations d’Obama à la Maison-Blanche. Donald Trump a passé la journée dans son bureau de la Trump Tower, à Manhattan, pour préparer le virage à 180 degrés qu’il compte faire prendre aux États-Unis.

Le président élu aura les coudées franches, puisque les républicains ont gardé leur majorité au Sénat et à la Chambre des représentants. Fait rarissime, Donald Trump a été élu à la présidence même s’il a remporté moins de voix qu’Hillary Clinton.

Les dirigeants politiques de partout dans le monde ont paru sous le choc après l’élection-surprise du magnat de l’immobilier à la Maison-Blanche. Le président du Mexique, Enrique Peña Nieto, compte rencontrer Trump avant son assermentation en janvier prochain.

Il a eu, mercredi, une discussion « cordiale, amicale et respectueuse » avec le président élu, qui a promis de construire, aux frais des Mexicains, un mur géant destiné à bloquer les immigrants illégaux.

Dans une lettre au ton direct, le président français, François Hollande, a écrit à Trump pour le féliciter de sa victoire, après une campagne « parfois brutale ». Il a invité Donald Trump à « dépasser les peurs, mais aussi à respecter les principes qui nous fondent : la démocratie, les libertés, le respect de chaque individu ».

Le GOP serre les rangs

De leur côté, les gros noms du Parti républicain qui avaient rompu de façon fracassante avec Trump au cours des dernières semaines, dont le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, se sont ralliés au vainqueur du scrutin. Le sénateur du Nebraska, Ben Sasse, a indiqué qu’il s’en remet à Dieu pour ramener Trump sur le droit chemin, après ses propos disgracieux envers les femmes.

« Nous prions pour qu’il dirige le pays avec aplomb et qu’il soit fidèle à son serment de réduire le rôle du gouvernement, a déclaré le sénateur, dans un communiqué. À partir de maintenant, je ferai tout en mon possible pour que le président tienne ses promesses. »

Les ténors du Grand Old Party (GOP, surnom du Parti républicain) ont paru les premiers surpris par le triomphe électoral de Donald Trump. En privé, les figures dirigeantes du parti se préparaient à la défaite annoncée par les sondages.

Pour plusieurs républicains, l’imprévisible milliardaire était une bombe à retardement. Mais, maintenant que Trump a les clés de la Maison-Blanche, les gros noms du GOP se disent qu’il vaut mieux influencer le président plutôt que de jouer les gérants d’estrade.

Le sénateur Ted Cruz, qui a combattu Donald Trump durant les primaires républicaines, estime que le parti doit mettre de côté ses divisions internes et tenir sa promesse « d’assécher le marécage ». « Les Américains ont voté pour les républicains à cause de notre promesse de changer les choses à Washington. On doit maintenant passer de la parole aux actes », a dit le sénateur du Texas au New York Times.

Revenir en arrière

« Passer aux actes », pour les républicains, c’est renverser les programmes progressistes mis en place par le gouvernement Obama. La loi sur les soins de santé abordables, le fameux Obamacare, est le premier élément de l’héritage démocrate que les républicains comptent éliminer. Donald Trump a promis d’abolir cette initiative, qui accorde des soins de base à 20 millions d’Américains autrefois privés d’assurance-maladie.

Les républicains font pression sur Trump pour qu’il livre aussi les importantes baisses d’impôt promises aux entreprises et aux contribuables, surtout les plus riches.

Des membres influents du GOP cités dans les médias américains comptent aussi renier l’adhésion de Washington à l’Accord de Paris sur les changements climatiques. Trump a promis de renoncer aux investissements de milliards de dollars prévus pour réduire les changements climatiques et d’investir ces sommes dans la défense et dans la lutte contre le terrorisme.

Le flamboyant milliardaire a nommé, le mois dernier, un climatosceptique, Myron Ebell, responsable de la « transition » à l’Agence de protection de l’environnement, selon le Scientific American.

D’autres ténors du Parti républicain ou de l’élite des affaires sont pressentis pour accéder à des postes d’importance dans le gouvernement Trump : l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, l’ultraconservateur Newt Gingrich et le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, font partie du cercle rapproché de Donald Trump.

L’homme d’affaires Forrest Lucas, fondateur de la société Lucas Oil, ainsi que Steven Mnuchin, de Goldman Sachs, obtiendraient aussi des postes d’influence à Washington, selon des médias américains.

Les démocrates avaient la gueule de bois au lendemain de la cruelle défaite d’Hillary Clinton. Les yeux humides, la candidate âgée de 69 ans a dit être « désolée » d’avoir perdu, après avoir mis tant d’efforts pour accéder à la Maison-Blanche. Elle a exhorté les démocrates à « accepter ces résultats et regarder vers l’avenir ».

« C’est douloureux, et ça le sera pendant longtemps. Notre nation était plus divisée que nous ne l’avons cru », a-t-elle reconnu.

Hillary Clinton s’est aussi adressée aux femmes. « Le plafond de verre n’a pas été brisé. Mais nous le briserons, et peut-être plus tôt que vous ne le croyez aujourd’hui ». « Jeunes filles, ne doutez jamais de votre valeur, de votre pouvoir et de vos chances de poursuivre et de réaliser vos rêves. »

Le président Barack Obama en a lui aussi appelé à une transition harmonieuse des pouvoirs. Il doit recevoir Donald Trump ce jeudi à la Maison-Blanche. Selon des médias américains, Trump a désormais accès aux briefings de sécurité nationale faits au président Obama.

Tout comme Hillary Clinton, Obama a appelé le peuple américain à s’unir. « Tout le monde est triste devant la défaite. Mais, le lendemain, nous devons nous souvenir que nous sommes tous dans la même équipe, nous ne sommes pas démocrates ou républicains, nous sommes des Américains, nous sommes des patriotes et nous voulons ce qu’il y a de mieux pour ce pays. »

« Ne devenez pas cynique, a-t-il demandé. Ne pensez jamais que vous ne pouvez pas faire une différence. »


Avec Amélie Daoust-Boisvert et l’Agence France-Presse


Écoutez le discours de Hillary Clinton : 

14 commentaires
  • Maxim Bernard - Abonné 10 novembre 2016 03 h 05

    Une élection symptomatique

    Le choix des Américains est simple : donner un énorme coup de pied dans le guêpier. Ce qu'ils ont toutefois oublié, c'est que très vite les gûepes iront les piquer.

    Mais qu'importe, ils ont choisi de détruire pour mieux recontruire. Voici ce qui sera détruit : les acquis sociaux, la relance économique, la lutte aux changements climatiques, les relations raciales, etc.

    Trump fera un si mauvais président qu'aux prochaines élections de mi-mandat, les démocrates reprendront le contrôle du Congrès. Ensuite, il sera battu aux élections de 2022.

    La victoire de Trump tient à deux choses :
    - le désenchantement populaire face aux élites (en ce sens, Hillary Clinton était un très mauvais choix pour les démocrates);
    - le piètre travail des médias face à la quantité innombrable de mensonges prononcés par le candidat républicain.

    Le choix de Trump n'était pas rationnel de la part des électeurs, car non basé sur des faits. Il se dit contre les accords de libre-échange, alors qu'il en a lui-même profité. Il veut relancer l'économie en réduisant les revenus de l'État de 9,5 billions de dollars sur 10 ans... tout en promettant que la dette n'augmentera pas ! Penser que le stimulus économique engendré par ces coupes aura un effet multiplicateur sur la croissance qui compensera totalement la diminution des revenus relève de la pensée magique.

    Par ailleurs, le fait que Clinton remporte le vote populaire et perde quand même l'élection démontre que le Collège électoral est dépassé. Les États-Unis doivent adopter le principe du 1 électeur = 1 vote. Bien sûr, certes, ça n'arrivera pas de sitôt, et d'insurmontables difficultés empêcheraient un tel changement dans un avenir prévisible. Introduire un amandement constitutionnel qui réduirait le pouvoir d'une majorité d'États (les moins populeux, dans le cas du Collège électoral) relève de l'utopie.

    Ce détail posera néanmoins la question de l'apparence de légitimité du prochain président.

    • Claude Bariteau - Abonné 10 novembre 2016 09 h 16

      Les deux candidats ont opéré à l'intérieur du système électoral. Elus, ils devaient opérer dans le cadre du régime républicain en force aux États-Unis.

      Ce qui s'est passé fut l'intervention du directeur du FBI dix jours avant les élections, qui a généré des changements dans les sondages impossibles à corriger à deux jours des élections après que le directeur ait déclaré qu'il n'y avait rien d'irrigulier dans les courriels de Mme Clinton.

      Les sondeurs n'ont pas ciblé cette intervention. S'ils l'avaient fait, leurs prévisions eurent été différentes. Qu'a produit cette intervention ? D'abord une baisse dans l'expression du vote démocrate très facile à identifier dans les États stratégiques (Floride, Ohio, Wisconsin, Michigan et Pennsylvania). Ensuite, une motivation en accélérée chez les supporteurs républicains.

      Il y a une règle concernant l'intervention du directeur du FBI. Elle implique qu'elle ne se produise pas. Or, elle s'est produite et a perturbé l'expression démocratique avec d'autant plus de force qu'elle venait du FBI. Qu'il ait dit que l'analyse des courriels n'a rien révélé deux jours avant le vote, ne changeait plus rien. Tous les analystes ont fait la démontration que ce genre d'intervention ne change rien, car le vote est fixée cinq jours avant les élections.

      Pour Trump, qui a fait carrière médiatique en inserrant des effets surprises, cette intervention, commandée ou non, lui a permis de se faire élire.

      Ce fut un point tournant. Les analyses à venir, même les enquêtes qui seront réalisées en feront la démonstration.

      S'il est vrai que le régime politique américain demande des retouches, il est aussi vrai que ce genre d'intervention, qui a causé une dérive imprévue, a perturbé l'expression du vote et conduit à l'élection de Trump qui valorise le militaire et s'est fait l'apôtre d'un nationalisme dépassé qui risque d'engendrer des conflits d'envergure à l'interne et à l'externe.

    • François Dugal - Inscrit 10 novembre 2016 11 h 21

      Les élections présidentielles ont lieu aux quatre ans, monsieur Bernard. Donc, monsieur Trump fera face à l'électorat en 2020, et non en 2022, comme vous l'écriviez.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 10 novembre 2016 04 h 37

    … ?!?

    « Les Américains ont voté pour les républicains à cause de notre promesse de changer les choses à Washington. On doit maintenant passer de la parole aux actes » (Ted Cruz, sénateur du Texas)

    Bien sûr que certes, mais comment va-t-on réaliser ce genre de promesse ?

    En suivant des mesures-politiques de « destruction massive » ?

    En imitant le monde des « totalitaires » ?

    Ou, en se basant sur la justice et la sagesse ?

    Voyons voir …

    … ?!? - 10 nov 2016 -

  • Michel Lebel - Abonné 10 novembre 2016 05 h 06

    Ignorance et vulgarité!

    Trump ne peut renier ce qu'il a dit durant cette campagne présidentielle. Personne ne peut, ne doit l'oublier. Le choix Américains me sidère tout simplement. C'est le triomphe de l'ignorance et de la vulgarité. Quatre années bien difficiles pour les États-Unis et pour plusieurs pays. Voilà bien ce qu'une démocratie et une société malade peuvent donner. Ahurissant!


    Michel Lebel

    • François Dugal - Inscrit 10 novembre 2016 11 h 35

      "Four more years", dit le slogan bien connu. "Trump ne peut renier ce qu'il a dit ...". Désolé de vous contredire, monsieur Lebel, mais gageons que le président Trump, tel un Judas des temps modernes, reniera "tout ce qu'il a dit" avec une aisance déconcertante.
      Gageons en plus que personne ne lui en tiendra rigueur, car cet inculte narcissique dit n'importe quoi : ses interlocuteurs trouvent ça normal. Les américains qui ont voté pour lui l'ont fait parce qu'ils se reconnaissent en lui. Il faut également noter, en filigrane, que l'éducation supérieure est totalement inaccessible à une majorité de la population.
      "Houston, we have a problem" (autre phrase célèbre).

    • Marc Therrien - Abonné 10 novembre 2016 17 h 17

      L'instabilité inhérente à la démocratie.

      Il suffit de relire «La Démocratie en Amérique» de Alexis de Tocqueville pour constater 180 ans plus tard qu’il avait vu juste. Si la démocratie est l’enfant de la révolution, elle est instable par essence, oscillant entre les tentations de l’anarchie et de l’oligarchie. J’imagine que l’inconscient collectif du peuple états-unien, dont le pays est né d’une révolution pour l’indépendance, maintenant fatigué du temps de l’oligarchie institutionnelle, a confiance en les potentialités de son histoire. Il a donc moins peur du renversement, du risque de désordre et des turbulences qui viennent avec le désir de plus de pouvoir et de liberté. On comprend alors de façon expérientielle l’effroi que peut susciter la tyrannie de la majorité.

      Marc Therrien

    • Jean-Marc Simard - Abonné 11 novembre 2016 01 h 53

      Comment un Trump milliardaire capitaliste et mafieux peut renverser des politiques oligarchiques venant d'un Waal Street capitaliste et mafieux bondés d'oligarques...Impossible...Leurs intérêts sont trop convergents...Les électeurs de Trump se sont fait avoir...Ils ont été les acteurs d'une mauvaise téléréalité qui leur a promis l'avènement d'un révolutionnaire, d'un messie virtue qui n'a rien de réel...Avec Trump à la Maison Blanche le spectacle se continuera... The show must go on

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 10 novembre 2016 05 h 49

    Politique

    Trump a été élu parce qu'il n'est pas un «politicien», mais... la politique continue. Les américains vont s'en rendre compte.

    Ce que je disais en privé : Les problèmes de Trump vont commencer le lendemain de son élection, les «pôliticiens» vont se ralier.
    Y a même un représentant de Goldman Sachs (Vous vous souvenez de 2008 ?)

    PL

  • Jacques Rousseau - Abonné 10 novembre 2016 08 h 03

    Victoire ou défaite ?

    Hier, nous avons entendu un journaliste dire que Mme Clinton s’apprêtait à concéder la défaite. Aujourd’hui, ce que j’avais considéré comme un mauvais emploi est écrit dans Le Devoir. Il me semble que Mme Clinton ayant perdu l’élection, c’est la victoire qu’elle a concédée à M. Trump.

    Après quelques recherches, je choisis de citer le Bureau de la traduction du gouvernement canadien:
    Concéder une défaite est un illogisme, car cela signifie « perdre de son propre gré ».
    http://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2guides/guides

    Jacques Rousseau