Libéraux, péquistes et caquistes réunis dans un bar de Montréal espéraient tous une victoire démocrate

À la soirée électorale de la Chaire Raoul-Dandurand, à la Société des arts technologiques de Montréal, les mines étaient consternées devant l'ampleur du vote républicain.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À la soirée électorale de la Chaire Raoul-Dandurand, à la Société des arts technologiques de Montréal, les mines étaient consternées devant l'ampleur du vote républicain.

Au Barouf plein à craquer sur deux étages, des cris de joie se sont fait entendre lorsque CNN a prédit qu’Hillary Clinton allait l’emporter dans l’État-clé de la Californie, ce qui était le cas tout juste avant la tombée, au moment d’écrire ces lignes. Des cris de joie, mais surtout de soulagement. Car dans ce bar populaire de la rue Saint-Denis où nombre de jeunes d’organisations politiques et de syndicats s’étaient réunis à l’initiative de Force Jeunesse, personne ne voulait voir perdre Hillary.

Les yeux rivés sur les écrans plats ou sur leur téléphone, de nombreux jeunes dans la vingtaine s’étaient donné rendez-vous dès 20 h pour vivre l’exaltation de cette soirée électorale tout américaine. Dans le brouhaha du bar, où les haut-parleurs des téléviseurs n’ont eu de cesse de cracher la voix de l’animateur de CNN, les hurlements — surtout d’indignation et de stupéfaction devant l’avance rapide de Trump — et les applaudissements de soulagement — lorsque Hillary remportait des États — se sont fait entendre. Car dans cette ambiance survoltée faite de diversité, il régnait malgré tout une rare unanimité. Même que Forces Jeunesse, qui a eu l’idée d’organiser cette soirée où ont été conviés ses membres ainsi qu’un échantillon de la jeunesse montréalaise, avait installé aux mêmes tables les représentants de l’aile jeunesse du Parti libéral et de celle du Parti québécois ! « Il y a ici les jeunes libéraux, les jeunes caquistes, les péquistes… Et tout le monde appuie les démocrates. On réalise que, finalement, nos divergences sont assez minimes », a constaté Stéphane Stril, vice-président de l’aile jeunesse du Parti libéral. « Si on mettait plus l’accent sur ce qui nous rassemble, on avancerait beaucoup plus vite. »

Assises à une table, dans un recoin du bar, trois copines ont eu toute la soirée les yeux rivés sur CNN, en même temps qu’elles écoutaient une autre chaîne sur Internet, un écouteur enfoncé dans l’oreille. « Je suis une passionnée de politique. C’est Noël ce soir », a lancé Eugénie, qui anime l’émission Les dessous féminins sur les ondes de CISM et qui travaille également comme recherchiste à Radio-Canada. « On est vraiment des fans de politique, et voir que depuis deux ans Mme Clinton tente de fracasser le plafond de verre, c’est quelque chose à regarder ! » La jeune femme avait même mis pour l’occasion des chaussettes Hillary Clinton.

Le « moins pire » des choix

Gracia Katahwa, présidente des jeunes entrepreneurs et des professionnels africains, n’aurait pas manqué cette soirée électorale, même si elle se passe chez les voisins américains. « Les États-Unis influencent les politiques un peu partout dans le monde, y compris sur le continent africain, a-t-elle soutenu. Mais Hillary, comme Trump, n’a pas fait que de bonnes choses concernant l’Afrique. » Extra Junior Laguerre, président du Jeune Barreau, résume ses sentiments en quelques mots. « [Les Américains] ont à faire le choix du moins pire des candidats », a-t-il déclaré. Clara, une jeune Française de 23 ans qui est à Montréal depuis à peine un an et demi, ne se plaint pas de cette élection tout en suspense et riche en rebondissements : elle étudie en cinéma. « Si c’était Hillary, ce serait une très belle histoire à raconter. »