Choc et stupeur à New York

Des partisans démocrates réunis au Jacob-K.-Javits Convention Center, à New York
Photo: Angela Weiss Agence France-Presse Des partisans démocrates réunis au Jacob-K.-Javits Convention Center, à New York

Des faces longues, marquées par la stupeur et l’inquiétude. La foule réunie, mardi soir, à Times Square était prise de court en voyant les résultats défiler sur les écrans géants qui ceinturent le lieu de rassemblement par excellence de la mégapole américaine. « Je croyais que ce serait un raz-de-marée en faveur de Clinton ! Que se passe-t-il ! ? », lance Jefferson Smith, 19 ans.

« Je suis sidérée de voir un résultat si serré. Je ne comprends pas comment des gens intelligents ont pu donner leur vote à Trump. Je comprends que les gens veulent du changement, mais à ce prix-là ? Vraiment ??», affirme Silvana Forti, 59 ans, professeure d’arts visuels. « L’idée d’une présidence Trump me terrifie. Ma mère a vécu sous Mussolini et elle n’hésite pas à les comparer. »

« Je ne veux pas penser à ce que seraient quatre ans avec Trump, renchérit Eric Delgado, 19 ans. S’il gagne, tout ce que je souhaite, c’est que les gens réalisent qu’ils ont fait une énorme gaffe et qu’ils se mettent à travailler ensemble. Mais je n’ose pas penser plus loin. Je veux rester optimiste. »

Les allégeances des gens réunis au coeur de Manhattan laissaient peu de doutes. New York est marquée au fer bleu, tant elle a l’habitude de voter massivement en faveur des démocrates. En 2012, Obama y avait ravi plus de 80 % des voix, contre moins de 18 % pour le républicain Mitt Romney.

L’intersection mythique qu’est Times Square se trouvait à mi-chemin entre les lieux où les camps Clinton et Trump étaient réunis avec leurs partisans : au Centre des congrès Jacob-K.-Javits pour les démocrates et à l’hôtel Hilton pour les républicains. C’était la première fois en plus de 70 ans que les deux candidats présidentiels passaient la soirée électorale à New York.

Si l’inquiétude semblait dominer dans la foule, Derreck Watson, un Afro-Américaine de 72 ans, voulait bien tempérer les appréhensions de ses concitoyens. « Si Hillary Clinton perd, on sera sous le choc pendant quelques jours… puis on s’en remettra. Il faut respecter le choix démocratique. Mon principal souhait est qu’on soit tous capable de travailler ensemble. Nous sommes tellement divisés dans ce pays… »

Peu d’enthousiasme

Les gens réunis à Times Square ont fait le pied de grue toute la soirée en regardant défiler les résultats, sans grand enthousiasme. Seuls les rares moments où Clinton a pris les devants dans le décompte des votes ont poussé la foule à scander de timides « Hillary ! ».

Selon les sondages effectués à la sortie des urnes, l’humeur des électeurs est morose à l’échelle du pays. Quelque 60 % des électeurs ont affirmé que le pays allait dans la mauvaise direction. En même temps, seulement 40 % environ disent avoir confiance en Clinton. Et le score est encore plus faible pour Trump.

« Clinton est OK. Elle traîne certaines affaires douteuses. Mais elle n’est pas Trump. Voilà pourquoi il faut qu’elle gagne », affirme Jefferson Smith.

Au bureau de vote

Un peu plus tôt mardi, des électeurs rencontrés par Le Devoir à la sortie des bureaux de vote ont exprimé leurs souhaits pour l’après-8 novembre.

« Je ne vote pas de façon émotive, je vote avec ma tête. Et, cette fois-ci, l’enjeu principal est d’assurer la survie du legs d’Obama. C’est pourquoi j’ai voté pour Clinton », a confié Carlton Thomas, un Afro-Américain de 81 qui travaille encore dans l’importation et l’exportation. « Personne n’a hérité d’autant de problèmes qu’Obama. Ce serait dommage qu’on perde tout ce qu’il a fait pour faire avancer les choses. Maintenant, je veux aussi un programme d’infrastructures pour le pays, que le 1 % paie davantage d’impôts, que chacun puisse fréquenter l’université et un système de santé pour tous, comme au Canada. Mais si Trump l’emporte… que Dieu nous protège. »

« Ce que je veux ? Oublier que tout ça [la campagne électorale] s’est vraiment passé. Retourner à la normalité, a pour sa part confié Andrew Kosztyo, 52 ans, qui travaille dans le milieu bancaire. J’ai de l’espoir pour l’avenir, mais je ne suis pas optimiste. Cette campagne a dégradé notre pays. Il y a huit ans, nous avons élu pour président un homme issu d’un groupe historiquement opprimé. Et maintenant nous avons défait ce que nous avions construit. Et l’on ne peut remettre le génie dans la lampe. C’est triste à dire, mais j’en viens à croire qu’il nous faudrait une autre attaque terroriste pour que nous nous unissions à nouveau comme pays. »

6 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 novembre 2016 03 h 57

    Bref !

    « C’est triste à dire, mais j’en viens à croire qu’il nous faudrait une autre attaque terroriste pour que nous nous unissions à nouveau comme pays. » (Andrew Kosztyo, 52 ans)

    Possible, mais Donald a été le seul à dire ce qu’il pensait faire à la présidence, et ce, sans hypocrisie !

    Dr ce point de vue, ce personnage, coloré certes, mérite que les USA lui fassent confiance !

    Bref ! - 9 nov 2016 -

    • Louise Collette - Abonnée 9 novembre 2016 09 h 23

      Je ne fais pas confiance à un misogyne, un raciste et un menteur, en tant que femme il m'est impossible d'avoir confiance en ce genre de personnage, il ne faut pas trop en demander Monsieur, c'est une honte pour les États-Unis.
      Si c'est ça que vous appelez un personnage coloré... il faut quand même avoir une certaine classe pour occuper ce poste, ce qu'il n'a pas de toute évidence. Et s'il fait tout ce qu'il a promis de faire ce ne sera pas joli joli dans les mois et les années à venir.
      Ce qui m'inquiète vraiment c'est son impulsivité, ce poste doit exiger un comportement réfléchi, et il ne possède pas cette exigence, c'est plutôt inquiétant à mon avis. En outre, je ne voudrais pas faire partie d'une minorité religieuse ou visible aux E-U présentement, je serais inquiète si je tiens compte de tout ce qu'il a dit sur tout le monde sauf les White Anglo Saxon Protestants bien sûr....

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 novembre 2016 10 h 49

      « Dr » : lire plutôt « De » (nos excuses)

    • Jean Santerre - Abonné 9 novembre 2016 12 h 44

      Erreur!

      Il a dit ce qu'il souhaitait, mais jamais, il a dit ce qu'il ferait pour y arriver, jamais un traître mot de l'ombre d'un plan.

      À l'évidence, ce ne sont que des voeux pieux.
      Le risque étant qu'il fera surement des gestes malheureux pour contenter une faible partie des immenses attentes qu'il a créées.

  • Daniel Gagnon - Abonné 9 novembre 2016 10 h 06

    La boue victorieuse...

    C'est le monsieur qui disait ne pas savoir s'il allait respecter le vote, s'il perdait?

    C'est ce monsieur qui laissait planer le doute sur l'acceptation de sa défaite, c'est ce monsieur qui n'allait pas concéder la victoire, c'rest ce monsieur qui nous demande d'accepter sa victoire, avec, en outre, toute la boue qu'il a sur les pieds?

    • Tristan Roy - Abonné 9 novembre 2016 16 h 08

      C'est le même qui prétendait jusqu'à 21h le soir de l'élection que le scrutin était truqué... Sauf si il gagne!!