Avantage Trump dans les États pivots

Les partisans de la candidate démocrate étaient réunis au Centre de convention Jacob-K.-Javits, à New York.
Photo: Angela Weiss Agence France-Presse Les partisans de la candidate démocrate étaient réunis au Centre de convention Jacob-K.-Javits, à New York.

Ce sont ceux que l’on scrute de près, qui font sursauter les coeurs et les pronostics. Les électeurs de la totalité des 50 États américains se sont rendus aux urnes mardi soir, mais le sort de cette élection se jouait réellement dans 11 d’entre eux.

Ces terrains qui détiennent les clés du pouvoir auront vu Hillary Clinton et Donald Trump déployer considérablement plus d’efforts pour en charmer l’électorat. Les candidats ont choisi de faire sentir plus assidûment leur présence dans ces États charnières, en plus d’y investir davantage en publicité et en organisation. Les résultats dans ces États pivots ont agi comme des baromètres, ayant le pouvoir d’annoncer ou de confirmer un basculement.

Oscillant une bonne partie de la soirée, ils se sont ensuite colorés de rouge, faisant mentir les sondages. Au moment d’écrire ces lignes, les stratégies de Trump avaient fonctionné dans plusieurs de ces États. Toutefois, Clinton n’avait pas dit son dernier mot, ne les laissant pas tous glisser aux mains de ses adversaires.
 


Caroline du Nord. Des problèmes informatiques retardant le vote électronique ont forcé un prolongement de l’ouverture de bureaux de vote. En 2008, Obama fut l’un des rares démocrates à avoir fait une percée dans cet État sudiste de 15 grands électeurs, avant de le perdre au profit de Mitt Romney en 2012. L’État fut donc central dans l’univers politique de Trump tout au long de la campagne, qui y a fait valoir ses « valeurs sudistes ». Hillary Clinton y a terminé son ultime sprint de campagne dans la nuit de lundi à mardi, à Raleigh, avec l’exubérante chanteuse Lady Gaga. Sa stratégie n’aurait pas porté les fruits espérés, puisque l’État poursuit sa longue tradition républicaine.

Colorado. Réputé d’une nature indépendante des autres États qui l’entourent de rouge, il comporte neuf électeurs. Les démocrates d’Obama y sont demeurés en poste durant deux mandats, et ce penchant semble vouloir se poursuivre. L’avance dégagée par Hillary Clinton y était plus ferme qu’ailleurs, et l’annonce de ce gain — parmi les premiers dans les États charnières — a probablement soulagé momentanément les démocrates.

Floride. L’un des États pivots les plus convoités, le troisième en importance dans tout le pays pour sa population, il compte 29 grands électeurs. Le « Sunshine State » s’est positionné comme l’État par excellence à remporter, le « protagoniste » de cette élection, dont l’issue était très incertaine. La forte participation au vote par anticipation était interprétée comme un signe favorable aux démocrates sur ce terrain, particulièrement celle des hispanophones qui en a représenté au moins 15 %.

Les bureaux y fermant plus tôt qu’ailleurs, les résultats y ont été les premiers à filtrer. En 2012, Obama avait arraché une victoire avec à peine un point de pourcentage sur son rival. Les chiffres préliminaires montraient une mince avance de Trump, avec à peine 10 % des voix dépouillées. Puis Clinton y a pris la tête durant près d’une heure de décompte, laissant la place à son rival au coude à coude pendant quelques instants. La course serrée a ensuite fait place à une avance appréciable des républicains, puis à une victoire confirmée pour le républicain.

Iowa. Les résultats arrivaient au compte-gouttes dans cet État où 6 électeurs étaient à remporter. Les deux partis s’échangent traditionnellement cet État. L’avance d’abord affirmée de 10 % par Clinton s’est inversée en son défaveur dans les résultats : Trump l’emporte finalement avec ce même écart.

Michigan. Le richissime homme d’affaires y a terminé sa campagne lundi soir, démontrant toute l’importance pour lui de renverser la tendance bien installée dans cet État de la « Rust Belt ». Comme en Ohio, le déclin manufacturier aura-t-il rendu les électeurs plus sensibles au discours de protectionnisme économique de Trump ? Les démocrates le considèrent comme une partie d’une ceinture « pare-feu », puisqu’ils ne s’y sont pas inclinés depuis 1992. Ce sont 16 grands électeurs qui étaient en jeu, un nombre appréciable pour ravir la présidence. Trump paraissait l’emporter au moment d’écrire ces lignes.

Nevada. Situé à l’ouest des États-Unis, le Nevada était parmi les derniers à fermer ses bureaux de vote. Le résultat Près de 30 % de la population du Nevada est hispanophone, selon le Pew Research Center, un électorat réputé hostile au discours anti-immigration de Donald Trump. C’est finalement les démocrates qui obtiennent les 6 grands électeurs de cet État.

New Hampshire. Un petit État de quatre grands électeurs où Clinton a dû séduire l’électorat progressiste conquis par Bernie Sanders avant les primaires démocrates. Le territoire entouré de « bleu » a voté pour les démocrates lors des trois élections précédentes, mais pourrait avoir choisi l’autre camp cette fois-ci, si la tendance se maintient. Les candidats se sont échangés une avance de moins d’une centaine de votes à tour de rôle jusqu’au dénouement.

Ohio. L’État baromètre par excellence, inégalé dans sa capacité de « prévoir » le résultat de l’élection présidentielle. Son électorat au centre de l’échiquier le fait pencher à coup sûr vers le vainqueur à chaque élection depuis 1964, s’étant trompé une seule fois depuis 1944. Aucun républicain n’a gagné la Maison-Blanche sans d’abord s’assurer de l’appui de l’Ohio. Peu avant 22 h 30, les 18 électeurs de cet État pivot étaient acquis à Donald Trump.

Pennsylvanie. L’État le plus divisé jusqu’au dernier moment. Au sixième rang des États les plus populeux, ses 20 grands électeurs sont aussi une clé importante pour accéder à la Maison-Blanche. Cet État frontalier du lac Érié a connu un afflux d’immigrants hispaniques dans la dernière décennie, ce qui aurait pu conférer une longueur d’avance aux démocrates. Les politiques environnementales d’Obama en ont fait un terrain miné pour Clinton, laissant le champ libre aux promesses de Trump de remettre les mines de charbon en activité. À 95 % des votes compilés, la Pennsylvanie n’avait désigné encore aucun parti, les deux candidats à égalité. Le républicain aura finalement vaincu sa rivale.

Virginie. Les changements démographiques des dernières années indiquaient que le vote démocrate, amorcé en 2008 avec Obama, allait se poursuivre en 2016. Les Virginiens avaient auparavant voté durant un demi-siècle pour les républicains. Ils sont de plus en plus urbains, de classe moyenne et éduqués, confirmant le portrait-robot de l’électeur démocrate en accordant une victoire à Hillary Clinton par 2 points d’avance.

Wisconsin. Un État pivot où la lutte ne s’annonçait pas aussi serrée qu’ailleurs et qui a pourtant tenu tout le monde en haleine. Avec ses 10 grands électeurs, le Wisconsin pourrait causer une surprise. Son électorat blanc de classe moyenne était en plein la cible de Trump. Les républicains y sont de retour, consolidant leur avancée dans la « Rust Belt » où les industries ont souffert ces dernières années.

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