Élections américaines: faut-il se fier aux sondages de sortie des urnes?

Les sondages à la sortie des bureaux de vote sont assez révélateurs et historiquement assez fiables, selon les experts consultés.
Photo: Laura Segall Agence France-Presse Les sondages à la sortie des bureaux de vote sont assez révélateurs et historiquement assez fiables, selon les experts consultés.

Entrevues croisées avec Frédérick Gagnon, directeur de l’Observatoire sur les États-Unis, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand et professeur au département des sciences politiques de l’UQAM, ainsi que Claire Durand, professeure au département de Sociologie de l’UdeM et vice-présidente du World Association of Public Opinion Research (WAPOR).

Ce soir, pourra-t-on se fier aux sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote ?

FG : Les sondages à la sortie des bureaux de vote sont assez révélateurs et historiquement assez fiables. On a rarement vu des distorsions importantes par rapport aux résultats réels des élections, à 3 ou 4 % près. Mais cette élection-ci est vraiment particulière, on pourrait même dire paranormale !

CD : Oui, ils sont en général assez fiables et méritent qu’on leur fasse confiance. Il faut toutefois savoir que l’intervalle de temps entre les résultats de ces sondages, qui sont placés sous embargo jusqu’à la fermeture des bureaux de vote, et les résultats officiels est assez court.

Que diront-ils sur le vote exercé par les Américains ?

CD : Individuellement, les sondages de sortie des urnes permettent de caractériser le vote et de savoir la composition de l’électorat dans chacun des états. Pris tous ensemble, ils révèlent de grandes tendances sur la sociodémographie du vote : Les femmes ont-elles été au rendez-vous ? Le vote hispanophone s’est-il exprimé, etc. ? Ultimement, ils donnent de fortes indications sur les raisons et motivations des électeurs américains.

Les sondages réalisés jusqu’ici donnent-ils une bonne indication de ce qui se passera ce soir dans les bureaux de vote ?

FG : Selon plusieurs analystes et grands experts américains en sondages, on ne doit pas s’attendre à de grandes surprises. Le problème, c’est que le sort de l’élection américaine ne découle pas d’un vote national, mais de l’issue d’une série de votes des grands électeurs dans des états clés. Pour renverser la tendance actuelle en faveur d’Hillary Clinton, Trump a besoin de gagner dans plusieurs de ces États-clés.
 



 

Est-ce que les sondages d’intentions de vote ont minimisé l’appui réservé à Donald Trump ?

CD : C’est la grande inconnue qui plane sur l’ensemble de ces sondages. Le candidat républicain attire des électeurs qui ne votent pas traditionnellement ou qui sont carrément hostiles envers les sondeurs. D’ailleurs, n’a-t-il pas affirmé lors de la campagne que les sondages sont truqués (« rigged ») ?

FG : En effet, les électeurs susceptibles de voter pour Trump pourraient être plus discrets et sous-représentés dans les sondages. Nixon avait parlé d’une majorité silencieuse lors de son élection. Trump pourrait ainsi jouir d’une « prime à l’urne » de la part d’électeurs qui n’osent pas s’afficher ouvertement pour un candidat aussi controversé, mais qui voteront pour lui une fois rendu devant la boîte de scrutin. C’est ce que certains appellent l’effet « Brexit », qui s’est produit lors du référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de la Communauté européenne. Dans les sondages, les supporteurs du Brexit étaient beaucoup plus discrets que ceux du « Remain », et les résultats ont pris tout le monde par surprise.

 

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 8 novembre 2016 15 h 05

    Il faudrait corriger «état» pour «État»

    à au moins 2 endroits.