La conclusion appartient aux Américains

Les Américains décideront aujourd’hui qui, de la démocrate Hillary Clinton ou du républicain Donald Trump, dirigera la plus grande puissance mondiale au cours des prochaines années.
Photo: Jewel Samad Agence France-Presse Les Américains décideront aujourd’hui qui, de la démocrate Hillary Clinton ou du républicain Donald Trump, dirigera la plus grande puissance mondiale au cours des prochaines années.

La parole est aux électeurs. Après la campagne présidentielle la plus déchirante de l’histoire des États-Unis, plus de 130 millions de citoyens, selon les estimations, sont attendus aux urnes ce mardi pour élire le successeur de Barack Obama à la Maison-Blanche.

La démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump ont lancé un ultime appel aux électeurs, lundi, dans des États-clés qui auront un impact déterminant sur l’issue du scrutin.

Mme Clinton, 69 ans, a terminé son marathon électoral par une soirée aux allures de concert rock à Philadelphie. Bruce Springsteen et Jon Bon Jovi sont venus appuyer celle qui aspire à devenir la première femme présidente de l’histoire des États-Unis. Son mari, Bill Clinton, ainsi que Michelle et Barack Obama sont aussi montés sur la scène pour encourager les femmes, les jeunes et les électeurs des minorités noire et hispanique à aller voter.

Donald Trump, 70 ans, a de son côté martelé son message en Floride, en Caroline du Nord, en Pennsylvanie et au New Hampshire. De l’avis des observateurs, les résultats dans ces quatre États de la côte est indiqueront la tendance du vote sur le plan national. Les deux camps ont aussi courtisé assidûment l’Ohio, le Wisconsin, le Michigan, le Nevada et l’Arizona, où des luttes serrées sont prévues.

Hillary Clinton détient une mince avance dans les intentions de vote sur son rival. Les experts s’entendent cependant pour dire que tout peut survenir dans ce scrutin hors de l’ordinaire, qui a été le théâtre de multiples rebondissements et de scènes rocambolesques.

« Le jour avant la tempête », prévenait déjà lundi le New York Times. Les Américains sont inquiets : Trump reconnaîtrait-il sa défaite dans une élection qu’il a qualifiée de « truquée » avant même le déroulement du scrutin ? Assistera-t-on à une reprise du scénario de 2000, quand George W. Bush avait été déclaré gagnant après une bataille devant les tribunaux, à cause du résultat extrêmement serré en Floride ?

New York en état d’alerte

New York se préparait lundi à accueillir les deux candidats présidentiels, qui y tiendront leur rallye avec leurs partisans. Une première en plus de 70 ans. Hillary Clinton et Donald Trump habitent tous deux la mégapole américaine.

Hillary Clinton sera au coeur de Manhattan, au Javits Center. Le centre de congrès a été choisi symboliquement pour sa structure tout en verre. Une référence claire, pour celle qui aspire à devenir la première femme à occuper le bureau ovale, au « plafond de verre » qui représente la difficile ascension professionnelle des femmes.

Donald Trump a prévu un événement plus intime à l’hôtel Hilton de Manhattan, à quelques pas de la tour qui porte son nom et où il avait lancé sa campagne électorale.

La police de New York prévoit déployer plus de 5000 agents pour assurer la sécurité pendant la soirée électorale. Un effort doublement plus imposant qu’en pareille circonstance auparavant, assure le service de police.

L’issue du vote des New-Yorkais fait peu de doutes, tant la ville comprend une forte majorité de démocrates. L’État de New York devrait lui aussi rester bleu foncé mardi soir. Dans les rues de la ville, dans Brooklyn comme dans Manhattan, on peine à trouver des traces de la campagne. Les pancartes des candidats, par exemple, se font extrêmement rares.

« La soirée électorale me rend nerveuse. Un peu. Mais Hillary l’emportera sûrement. Je suis confiante », dit la New-Yorkaise Alison Wadness, une consultante de 29 ans dans le milieu financier. « J’ai surtout hâte que ce soit fini. Je n’en peux plus de toute cette merde : les insultes, les scandales… Je me demande encore si cette campagne a vraiment eu lieu ou si c’était un cauchemar », poursuit-elle, assise au soleil avec son compagnon au parc Washington Square, dans le quartier de Greenwich Village.

« Ça ne m’empêche pas de dormir, mais je suis vraiment nerveuse [à l’idée] de voir Trump gagner », confie également Christine Martorana, une gestionnaire dans le milieu de la santé venue visiter Times Square avec son mari et leurs deux filles. « En même temps, je ne sais toujours pas pour qui je vais voter. Hillary, j’ai vraiment de la difficulté à lui faire confiance… Je ne sais pas. Peut-être le candidat d’un tiers parti. »

Clinton tend la main

« Nous sommes tous d’accord pour dire que ce fut une longue campagne », affirme Hillary Clinton dans un message de deux minutes diffusé lundi soir à la télévision et dans les réseaux sociaux. Dans cette annonce aux allures de discours à la nation, elle a dénoncé la campagne « sombre et axée sur la division » de son rival républicain.

La candidate démocrate a proposé un message « d’espoir et d’inclusion ». Elle a tendu la main aux républicains modérés qui seraient rebutés par les allégations de racisme, de violence et de sexisme qui ont suivi Donald Trump depuis le lancement de sa campagne à l’été 2015.

« Je veux être la présidente de tous les Américains, et non seulement de ceux qui m’appuient dans cette élection », a déclaré Hillary Clinton. « On peut parfois commettre des erreurs, mais je peux vous assurer d’une chose : je n’ai jamais abandonné et je n’abandonnerai jamais », a-t-elle ajouté.

La caravane Clinton s’est arrêtée au Michigan, à Pittsburgh (Pennsylvanie) et à Raleigh, en Caroline du Nord. Donald Trump a aussi consacré énormément d’efforts pour séduire la classe ouvrière blanche de ces trois États, traditionnellement acquise aux démocrates. Les syndicats restent fidèles à la candidate démocrate, mais les syndiqués ou ex-syndiqués, eux, sont sensibles à la rhétorique de Trump, qui promet de ramener aux États-Unis les milliers d’emplois manufacturiers envolés vers la Chine (sans toutefois dire comment il s’y prendrait).

Mise en garde de Trump

« Il ne vous reste plus qu’une demi-journée pour que tous vos rêves, pour vous et votre famille, deviennent réalité pour le reste de vos jours », a lancé Donald Trump dans un long discours à Raleigh, en Caroline du Nord.

« Vous avez une seule chance magnifique. Ça n’arrivera qu’une fois dans votre vie, a ajouté le milliardaire. Si on ne gagne pas, ce sera la plus grande perte de temps, d’énergie et d’argent. »

Comme sa rivale démocrate, Donald Trump s’est engagé à « rassembler » les Américains, qui sont « incroyablement divisés ». Il a promis une nation plus « riche, forte et sûre » dans son discours qui a repris tous les thèmes de ses 18 mois de campagne.

L’animateur de téléréalité s’est engagé à réduire « massivement » les taxes et les impôts, les plus grandes baisses depuis Ronald Reagan. Il propose aussi de réduire de façon importante le financement des programmes de lutte contre les changements climatiques. Trump s’engage à investir les milliards de dollars ainsi épargnés dans l’armée, dans la lutte contre le terrorisme et dans l’expulsion des immigrants illégaux.

Plus de 42,4 millions de personnes ont voté par anticipation, notamment dans des États-pivots où le vote des hispanophones semblait élevé, ce que le camp démocrate interprétait comme un signe encourageant.

2 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 novembre 2016 06 h 56

    Vives les présidentielles ?!?

    « La parole est aux électeurs. » (Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, Marco Fortier, Le Devoir)

    Bien sûr que certes, mais si on regarde de la photo de Jewel Samad (AFP), publiée dans cet article, il est possible d’observer que :

    A Le regard de Hilary ressemble à un Hibou et, que :

    B Celui de Donald, à un Faucon !

    De ces regards, voyons voir ce que l’électorat américain choisira !

    Vives les présidentielles ?!? - 8 nov 2016 -

  • Jean Santerre - Abonné 8 novembre 2016 08 h 16

    L'oeuf ou la poule

    Je me demande si Trump ne dit pas tout haut ce que tous les présidents américains ont toujours fait, peu importe leur discours.
    Les budgets militaires n'ont cessé de croitre tout comme les plus riches n'ont cessé de s'enrichir.
    Obama n’y a pas échappé.
    C’est le congrès et le sénat qui impose ses choix. Et ils sont fortement noyautés par des intérêts puissants.
    On ne vote pas pour le président américain ici, mais malgré toutes les dérives de Trump, n'est-ce pas blanc bonnet ou bonnet blanc?