Femmes de pouvoir, d’hier à aujourd’hui

La première chancelière d’Allemagne, Angela Merkel
Photo: John Macdougall Agence France-Presse La première chancelière d’Allemagne, Angela Merkel

Elles ne sont pas nombreuses. En 2016, elles sont 14 femmes aux commandes des affaires de leur État. Avec Hillary Rodham Clinton, elles seraient 15 à la tête d’un État. Considérant que l’ONU reconnaît officiellement l’existence de 193 pays, il y a environ 7 % de femmes au sommet des appareils d’État dans le monde

Si Hillary Clinton était élue, elle serait la première femme à diriger la superpuissance américaine.

En Angleterre, la reine Élisabeth II règne depuis 1952 sur un État où l’on trouve désormais Theresa May à la tête du gouvernement. La reine du Canada a un record de longévité, mais il faut aussi noter Marguerite II, reine du Danemark depuis 1972.

En Europe, Angela Merkel, physicienne, est devenue la première chancelière d’Allemagne. Elle gouverne depuis 2005 la première puissance économique d’Europe. Le magazine Forbes, habitué des questions de richesse et de pouvoir, en a fait dix années de suite, selon ses palmarès, la femme la plus puissante du monde.

Mais Mme Merkel n’est pas la seule à se trouver en Europe. On trouve aussi Erna Solberg, 55 ans, première ministre de la Norvège depuis 2013 ; Dalia Grybauskaitė, 60 ans, présidente de la République de Lituanie ; Marie-Louise Coleiro Preca, 57 ans, présidente de la République de Malte ; Kolinda Grabar-Kitarović, 48 ans, présidente de la République de Croatie depuis 2015 ; en Pologne, Beata Szydło, 53 ans, est présidente du Conseil, l’équivalent de première ministre. La République d’Estonie a aussi choisi une femme à sa tête en 2016 ; Kersti Kaljulaid, 46 ans, une économiste et ancienne haute fonctionnaire.

7%
Le taux de femmes qui dirigent un État, actuellement, dans le monde. L’élection de Mme Clinton porterait leur nombre à 15, sur les 193 pays reconnus par l’ONU.

Du côté de l’Asie

En Asie, pour une population globale de 4,4 milliards d’humains répartis dans 50 pays, on trouve seulement 4 femmes à la direction d’État. Parmi elles, un cas particulier : la Birmane Aung San Suu Kyi, qui tient les rênes de l’État sans pour autant en avoir le titre officiel.

En Corée du Sud, la présidente est une femme depuis 2013. Park Geun-hye, une conservatrice de 64 ans, est la fille de l’ancien dictateur Park Chung-hee, un militaire qui dirigea la Corée du Sud de 1961 jusqu’à son assassinat en 1979. Sa mère avait été assassinée en 1974. Elle est en ce moment prise dans la tourmente d’un scandale où une amie proche est accusée de fraude et d’abus d’autorité pour servir les intérêts de la présidente.

À Taiwan, depuis le printemps 2016, c’est aussi une femme qui dirige cet État. L’ancienne vice-première ministre Tsai Ing-wen, 60 ans, est devenue présidente de la République depuis le 20 mai 2016.

Le Népal est aussi dirigé par une femme : Bidhya Devi Bhandari. Mais voilà, c’est à peu près tout. Au Bangladesh, Sheikh Hasina, 69 ans, a été première ministre de 1996 à 2001. Elle l’est à nouveau depuis 2009.

Si le sexe d’un individu n’explique pas à lui seul les idées et, partant, la politique défendue, il explique visiblement en revanche l’absence de la moitié de représentantes de la population mondiales au sein des plus hautes officines.

Dans l’histoire

Au Canada, Kim Campbell fut la seule et unique femme à accéder, très brièvement d’ailleurs, à la tête du gouvernement canadien. Elle fut première ministre pendant un peu plus de quatre mois seulement, du 25 juin au 4 novembre 1993.

Au Québec, Pauline Marois, à la tête du Parti québécois, est la première femme à avoir occupé la fonction équivalente, pendant un an et sept mois, de 2012 à 2014.

Du côté de celles qui ont durablement marqué l’histoire, on pense tout de suite à Margaret Thatcher. Surnommée « la dame de fer », elle dirige l’Angleterre entre 1979 et 1990, lance son pays en guerre contre l’Argentine pour récupérer les minuscules îles Malouines, et mène une politique d’austérité au Royaume-Uni qui a une forte influence sur la politique mondiale. Elle sert notamment de modèle pour les perspectives socio-politiques du gouvernement américain de Ronald Reagan.

Une autre grande figure de la politique mondiale sera la reine Victoria, connue pour ses manières austères. Elle règne 63 ans sur un Empire britannique qui s’édifie à mesure qu’elle avance en âge. Cet ensemble territorial composé des dominions, de colonies, de protectorats, de mandats et d’autres territoires gouvernés ou administrés par le Royaume-Uni compte environ un quart de la population mondiale et pratiquement 22 % des terres du globe. À sa mort en 1901, la reine Victoria se trouve au sommet d’une puissance sans équivalent dans l’histoire. Le pays connaît alors une expansion économique sans précédent, dans la foulée de la révolution industrielle.

Au chapitre de la monarchie britannique et des femmes, il faudrait aussi signaler Élisabeth Ire (1533-1603), sous le règne de qui la nation passa du culte catholique à protestant. C’est sous son règne tout puissant que la flotte espagnole, l’Invincible Armada, est battue par les vaisseaux anglais et que ceux-ci s’arrogent désormais le contrôle des eaux.

Ce type de survol, forcément très rapide, se fait souvent en ignorant l’histoire du continent asiatique. Or il est pourtant difficile de ne pas considérer l’impératrice chinoise Cixi (1835-1908) comme une des femmes les plus importantes de son temps. C’est elle, très conservatrice, qui assure la régence au temps de la petite enfance du futur empereur. Elle gouverne d’une main de fer et on l’assimile souvent à la figure d’un despote à l’influence considérable.

On remonte encore le fil du temps pour y trouver Catherine II de Russie, la « grande Catherine », amie des princes autant que des écrivains, qu’elle se fait un devoir de protéger. Au nombre de ses préférés, on trouve le philosophe Voltaire, qui se place volontiers sous sa protection et séjourne auprès d’elle. Très libre au chapitre de ses désirs, elle a une réputation sulfureuse. Mais on oublie souvent un peu vite que Catherine II a non seulement mené la Russie à un sommet politique, mais qu’elle y est parvenue en faisant assassiner son mari pour le remplacer sur le trône.

Dans la lignée de ces femmes au pouvoir énorme, comment ne pas considérer Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), l’archiduchesse, qui règne sur le vaste domaine politique de la dynastie des Habsbourg. Elle est considérée comme le plus grand monarque de son temps.

Il ne faut pas oublier non plus Isabelle de Castille (1451-1504), qui fut la reine la plus puissante du trône espagnol. C’est sous son règne que l’Espagne est unifiée, que l’Amérique est colonisée. Mais comme plusieurs reines, elle règne au même titre que son mari le roi.

Comment ne pas évoquer enfin Cléopâtre, figure quasi légendaire de l’Égypte ancienne ? Elle règne de l’an 51 à 30 avant Jésus-Christ. Habile, elle tente de redonner à l’Égypte, au temps de la domination romaine, un pouvoir et un attrait passé. Devant l’échec de ses tentatives, elle finit par se suicider, se laissant mordre par un serpent. Sa mort marque la chute d’un Empire et le début de sa légende personnelle.

 


 
3 commentaires
  • Yves Desgent - Abonné 7 novembre 2016 05 h 50

    Catherine, Denis et les autres

    Bonjour Monsieur Nadeau,
    Ce survol est intéressant. Peut-être aurait-il fallu faire une place à Catherine de Médicis qui gouverna la France dans des temps agités...
    Denis Diderot fut le protégé de Catherine II tandis que Voltaire fut celui de Frédéric II de Prusse.

    Yves Desgent

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 novembre 2016 09 h 07

    La mort de Cléopâtre par morsure de vipère serait une légende

    Elle se serait plutôt empoisonnée, entraînant avec elle dans la mort deux servantes.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 novembre 2016 14 h 25

    Catherine la Grande s'est certes débarrassée de son mari,

    mais comme cela a fait l'affaire de tout le monde, c'est qu'il l'avait bien mérité...