L’histoire de la fortune de Trump revivra au Yukon

Photo du premier Arctic Hotel du grand-père Trump, lors de son déménagement sur le lac, à Bennett
Photo: Yukon Archives Photo du premier Arctic Hotel du grand-père Trump, lors de son déménagement sur le lac, à Bennett

Dans un coin perdu du Yukon, il se trouve peut-être quelques quidams qui prient en secret pour que le coloré et ébouriffé personnage de Donald Trump remporte la présidentielle américaine.

« Il se peut bien que des gens à Parcs Canada souhaitent encore que Trump l’emporte », lance à la blague David Neufeld, ex-historien de l’organisme fédéral et spécialiste du Grand Nord canadien.

Par un curieux hasard des choses, le destin a fait se croiser les récents projets de développement de Parcs Canada et l’arrivée du truculent candidat républicain dans la course vers la Maison-Blanche.

Parcs Canada, dans la foulée d’une entente conclue avec les Premières Nations de la région de Carcross-Tagish au Yukon, entend ouvrir dès l’été prochain un « hôtel », une salle à manger et des tentes de luxe dans le bucolique site naturel de Bennett, au Yukon, inspirés de l’Arctic Hotel où le grand-père de Trump a fait fortune lors de la ruée vers l’or au tournant des années 1900. Le magot gagné dans « cet hôtel de passe » par le patriarche aurait ensuite été réinvesti à Manhattan, où ses héritiers sont devenus des magnats de l’immobilier.

C’est en 2015 que les biographes de Trump ont braqué les projecteurs sur Bennett, en levant le voile sur le passé haut en couleur de Friedrich Trump. Les médias américains ont fait leurs choux gras du « bordel » sur lequel s’est bâtie la fortune de l’aïeul de Trump.

Un attrait controversé

Depuis, Parcs Canada minimise l’importance du picaresque personnage dans le projet de revitalisation du site historique et naturel de Bennett. « La précédente administration du projet était très intéressée par la filière Trump, mais on ne veut pas tant mettre l’accent sur Trump que sur toute une époque regorgeant d’histoires liées à la ruée vers l’or », soutient Michael Prochazka, responsable du développement de produits à Parcs Canada.

Le projet ne vise plus à reproduire « l’Arctic » en soi, mais à recréer un bâtiment « typique » de l’époque. Dotée de tentes pour prospecteurs « de luxe » et d’un hôtel rustique, la nouvelle destination nature doit ouvrir ses portes en 2018. « L’intérêt pour ce produit touristique d’aventure existait avant que Trump ne devienne candidat. Il est trop tôt pour dire si cela aura un impact sur notre fréquentation », soutient M. Prochazka.

Coup d’argent

Hôtel phare de la ville-champignon de Bennett, étape clé dans le périple parcouru par des milliers de chercheurs d’or, l’Arctic Hotel avait en 1899 l’allure d’une tente, complétée par une façade minimaliste en bois. Deux étages en dur furent ensuite construits, donnant au tout l’allure typique des saloons du Far West remplis de voyageurs peu fréquentables, raconte David Neufeld.

« L’Arctic Hotel, c’était davantage un dortoir avec beaucoup d’hommes sales, peu d’intimité et, ajoute-t-il en souriant, surtout beaucoup d’odeurs. »

Si plusieurs hôtels du coin offraient les services de filles faciles pour appâter des meutes d’hommes sur le point de s’éclipser dans la nature pour des mois, un journal de l’époque laisse planer peu de doute sur la réputation que s’était taillée « l’Arctic » à Bennett.

« Pour les hommes seuls, l’Arctic est un excellent endroit […] Mais je ne recommanderais pas aux femmes respectables de s’y rendre, car elles pourraient entendre des choses répugnantes […] susceptibles de pervertir leur genre », écrit un journaliste dans le canard du village.

Le grand-père Trump n’aurait pas fait tant d’argent comme tenancier d’hôtel, selon Neufeld, « car ce sont les chercheurs d’or et les vendeurs de terrain qui sont devenus millionnaires ».

Après un ou deux étés, l’Arctic Hotel sera déplacé sur une barge à travers le lac jusqu’à la gare. L’arrivée du chemin de fer signera la mort du village, étoile filante née en quelques mois, devenue ville fantôme dès 1902.

Malgré tout, le site demeure un musée à ciel ouvert, affirme l’expert du Nord canadien. « Il reste l’église et, tout le long de la piste, des bouteilles, des fers à cheval et les traces des 50 000 explorateurs qui sont passés par là », dit-il, convaincu du potentiel touristique du lieu.

Quant au « facteur Trump », il reste une arme à double tranchant. « Je ne suis pas certain qu’en matière de marketing, ça soit vraiment un avantage ! Ça pourrait être plus difficile à gérer qu’autre chose… »