Trump règne au pays du charbon

Photo: Dominick Reuteur Agence France-Presse Le candidat républicain à la présidentielle américaine, Donald Trump, durant un rassemblement à Wilkes-Barre, en Pennsylvanie

« Vous voulez que les mineurs de charbon se mettent à fabriquer des panneaux solaires ? Vraiment ? Come on ! » se moque Bryan Snyder, un gaillard de 56 ans issu d’une famille qui creuse les Appalaches depuis trois générations. « On fait ça depuis 100 ans ici, piocher du charbon. C’est notre mode de vie. » Et pour le défendre, cet ancien démocrate de 56 ans votera pour Donald Trump.

Les partisans du milliardaire new-yorkais s’affichent sans réserve dans le comté de Greene, à l’extrémité sud-ouest de la Pennsylvanie, en plein coeur du « pays du charbon ». Les pancartes « Trump-Pence », « Trump digs coal » et « Stop the war on coal : fire Obama » s’alignent les unes après les autres sur les gazons qui recouvrent le riche sous-sol charbonneux. On cherche en vain les « Clinton-Kaine ».

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L’industrie américaine du charbon pique du nez. Plus de 30 000 emplois sont partis en fumée au cours des cinq dernières années.

« Trump est la seule chance qu’on ait pour renvoyer les gars dans les mines, alors que Clinton veut tous nous mettre à la rue », croit M. Snyder, dont 265 confrères ont été mis à pied il y a un an par la minière Emerald, qui menait ses activités souterraines tout juste à l’entrée de la bourgade de Waynesburg.
 

Taux de chômage à la hausse

L’industrie américaine du charbon pique du nez. Plus de 30 000 emplois sont partis en fumée au cours des cinq dernières années. La part de cette roche noire dans la production d’électricité — sa principale utilisation — est passée de 45 à 31 %. Et comme bien d’autres comtés à proximité en Pennsylvanie, en Virginie occidentale, en Ohio et au Kentucky, celui de Greene en paie le prix.

« J’ai travaillé dans les mines pendant 40 ans. Et à l’époque, quand vous étiez remercié, vous saviez qu’on vous rappellerait quelques mois plus tard. Aujourd’hui, les gars de la mine d’Emerald ne seront jamais rappelés. Et il faut leur trouver un emploi », ce qui ne sera pas une mince tâche, affirme le commissaire du comté, Blair Zimmerman.

Donald Trump est la seule chance qu’on ait pour renvoyer les gars dans les mines, alors que Clinton veut tous nous mettre à la rue

 

Le taux de chômage a grimpé à 8,4 % dans le comté, alors qu’il est tombé sous la barre de 5 % à l’échelle nationale. Mais le commissaire est convaincu que la réalité est bien pire encore dans son coin de pays et que le chômage réel a gonflé bien au-dessus de 10 %.

Dans ce contexte morose, la promesse que Donald Trump répète comme un mantra de remettre les mines de charbon en activité sonne comme de la musique aux oreilles des résidants de la place.

« Je pense sincèrement que Trump est notre meilleure chance de redonner de l’expansion aux mines de charbon, affirme M. Snyder. C’est un entrepreneur. Un vrai. »

Mais M. Zimmerman, un élu démocrate, refuse de boire ce « Kool-Aid », comme il l’appelle. « Trump dit qu’il ramènera les emplois dans les mines de charbon ? Hé ! J’aurais dû me lancer dans la course à la Maison-Blanche, parce que, moi aussi, je peux dire la même chose, dit-il avec sarcasme. Il n’a jamais dit comment il ferait ça… Mais dites à un mineur qui gagnait entre 80 000 $ et 100 000 $ par année, qui avait une assurance médicale pour toute sa famille et qui pouvait compter sur une généreuse pension, que vous allez ramener les emplois dans la mine et il répondra : “Wow, c’est ça que je veux !” Je ne peux pas les blâmer d’être attirés par ce discours. »

Le paysage politique n’a pas toujours été « rouge » dans ce comté rural, l’un des plus importants producteurs de charbon aux États-Unis. Jadis démocrate avec une majorité écrasante, cette communauté blanche à 92 % a basculé de justesse dans le camp républicain en 2004, lors de la réélection de George W. Bush. Puis la tendance s’est nettement accélérée en 2012 avec Mitt Romney comme candidat du Grand Old Party.

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C’est le nombre d’électeurs inscrits en tant que républicains à New York. Ils sont 3,1 millions inscrits du côté des démocrates.

Cette année, alors que les habitants de la région portent moins que jamais les démocrates dans leur coeur, Hillary Clinton s’est infligé une blessure quasi fatale en affirmant pendant les primaires : « Je suis le seul candidat qui a une politique pour ramener des opportunités économiques en recourant à des énergies propres, renouvelables, comme la clé pour le pays du charbon, parce que nous allons mettre à la rue plusieurs mineurs et mines de charbon. »

La future candidate présidentielle présentait alors son plan de 30 milliards de dollars pour aider les travailleurs du charbon à réorienter leur carrière. Mais le mal était fait. Le bout de phrase continue de résonner dans les vallons des Appalaches. « Honte à elle d’avoir dit ça ! s’exclame Blair Zimmerman. Je sais de source sûre au Parti démocrate qu’elle regrette d’avoir dit cela plus que toute autre chose. »

 

Environnement

Poser en héritière de Barack Obama n’est rien pour aider sa cause. Le président démocrate, qui avait pourtant recueilli presque autant de votes que son rival républicain en 2008, a vu sa notoriété chuter dès 2011, alors que le gouvernement fédéral imposait des limites sur les émissions de gaz toxiques rejetés par les centrales thermiques. Puis le président a récidivé en 2014 en contraignant les centrales au charbon à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Des coups durs pour l’industrie du charbon, qui subit au même moment la concurrence féroce du gaz de schiste, en plein boom dans la région.

Trump dit qu’il ramènera les emplois dans les mines de charbon ? Hé ! J’aurais dû me lancer dans la course à la Maison-Blanche, parce que, moi aussi, je peux dire la même chose. Il n’a jamais dit comment il ferait ça…

 

« Nous avons perdu notre place à la table des négociations à Washington », se désole le leader syndical Ed Yankovich. Le syndicat qui représente les mineurs, l’United Mine Workers of America, a refusé en 2012 d’appuyer publiquement un candidat, alors qu’il avait donné son appui au démocrate quatre ans plus tôt. « Obama s’est rangé du côté des environnementalistes qui veulent éliminer le charbon et les autres énergies fossiles dès maintenant, sans transition. Ils se foutent des gens qui perdent leur emploi et des communautés qu’ils détruisent… Nous avons perdu ! »

« Nous n’avons jamais traversé de période aussi difficile », conclut M. Yankovich, dont le syndicat a perdu pas moins de 20 000 membres en cinq ans. Il n’en compte que 15 000 aujourd’hui. Et la « vaste majorité » de ceux-ci donneront leur vote à Donald Trump, assure-t-il.

Sous terre, dans les galeries des mines de charbon, les règlements de l’Agence fédérale de protection de l’environnement font rager, assure Bryan Snyder. Et le discours des démocrates qui cherchent à lutter contre le réchauffement climatique, lui, fait bien rire. « Personne ne croit à ce discours, dit-il. Ce ne sont que des mensonges pour recueillir plus de taxes et pour faire grimper les factures d’électricité… Et pendant qu’on ferme nos centrales thermiques pour ne pas se sentir coupables, on laisse les Chinois se chauffer et s’éclairer en brûlant plus de charbon que jamais ! Ce n’est pas sérieux. On se fait avoir. »




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L’industrie américaine du charbon pique du nez. Plus de 30 000 emplois sont partis en fumée au cours des cinq dernières années.




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