Trump est drôle, mais pas longtemps

Hillary Clinton et Donald Trump ont mis leur campagne entre parenthèses pour prendre part au souper-bénéfice de la Fondation Alfred-E.-Smith, au très chic hôtel Waldorf Astoria, à Manhattan.
Photo: Evan Lucci Associated Press Hillary Clinton et Donald Trump ont mis leur campagne entre parenthèses pour prendre part au souper-bénéfice de la Fondation Alfred-E.-Smith, au très chic hôtel Waldorf Astoria, à Manhattan.

La semaine qui s’achève a donné lieu à de nouveaux émois, quand Donald Trump a menacé de ne pas reconnaître une éventuelle victoire d’Hillary Clinton. Les deux rivaux ont quand même échangé des plaisanteries au cours d’un gala à Manhattan. Mais le côté sombre de la politique n’est jamais bien loin, en campagne présidentielle…

Ce fut un des rares moments de rigolade dans cette campagne présidentielle hors normes. Mais, comme toutes les fois où il est question de Donald Trump, les rires ont vite cédé la place aux grincements de dents.

Jeudi soir, les deux candidats à la présidence des États-Unis ont mis leur campagne entre parenthèses pour prendre part au souper-bénéfice de la Fondation Alfred-E.-Smith, au très chic hôtel Waldorf Astoria, à Manhattan. C’est une tradition depuis 50 ans : les candidats à la présidence participent à ce gala, qui rassemble tout le gratin conservateur et catholique de New York.

La tradition veut que les aspirants-présidents livrent un discours humoristique et qu’ils rient un peu d’eux-mêmes. Ce qui fut fait. Oui, même Donald Trump a été capable d’autodérision, mesdames et messieurs. En fait, il a surtout ri d’Hillary Clinton et un peu aussi de sa tendre épouse, Melania Trump.

« Le président m’a dit d’arrêter de me plaindre, mais les médias sont bel et bien biaisés. La preuve ? Michelle Obama livre un discours et tout le monde trouve ça fantastique. Ma femme, Melania, donne exactement le même discours et les gens ne sont pas contents ! »

Les gens ont ri dans la salle de bal. Ils ont ri aussi lorsque Trump a envoyé cette flèche à Clinton : « C’est la première fois qu’Hillary vient parler à des dirigeants d’entreprise sans être payée. »

La candidate démocrate s’est aussi amusée aux dépens de son rival. Elle a raconté que Trump, ce gentleman, a offert de la conduire en voiture au souper-bénéfice. « En fait, c’était un corbillard », a-t-elle lancé.

Elle a fait allusion à l’habitude de Trump de noter l’apparence des femmes sur une échelle de 1 à 10. Elle a évoqué la Statue de la liberté, symbole par excellence de la fierté et des valeurs américaines. Donald Trump, lui, « regarde la Statue de la liberté et voit un 4 », a dit Clinton.

C’était comme ça, ce soir-là. On riait de bon coeur. On se tapait sur les genoux. Mais la rigolade a été de courte durée, d’après des comptes rendus de la presse américaine. À un moment donné, Donald Trump est redevenu Donald Trump : il a attaqué sa rivale de façon fort peu humoristique.

Hillary Clinton est « tellement corrompue » qu’elle n’a rien à proposer aux électeurs, a-t-il lancé. « Quel est son argument de vente ? L’économie tourne à vide, le gouvernement est corrompu, Washington échoue lamentablement. Votez pour moi. »

Trump a été chahuté. Il s’est demandé à voix haute si les murmures s’adressaient à lui ou à Hillary Clinton. La réponse était pourtant claire.

6,3
Nombre de points d’avance d’Hillary Clinton dans les intentions de vote, selon Real ClearPolitics. L’écart a très peu varié depuis 10 jours.

Bébés armés et dangereux

Le débat télévisé mercredi soir a provoqué une série de réflexions sur le port d’arme aux États-Unis. On a ainsi appris cette semaine que pas moins de 51 bébés ont accidentellement tiré des coups de feu depuis le début de l’année 2016. Un bébé qui tire des coups de feu ? Oui, vous avez bien lu. Dans tous les cas, ces bambins, dont plusieurs ne savaient pas encore marcher, se sont emparés d’une arme chargée qui avait été laissée à leur portée sans aucune surveillance.

« L’an dernier, des bambins ont tué par balles plus d’Américains que les terroristes », souligne une publicité toute fraîche de la campagne Brady pour le contrôle des armes. La majorité de ces drames (39 sur 51) ont mis en présence un bambin qui se tire lui-même une balle, a rapporté le Washington Post ; 16 de ces bébés ont succombé aux blessures qu’ils se sont infligées. Douze autres bambins ont tiré sur des proches.

La semaine dernière, un garçon de deux ans s’est emparé d’une arme chargée, rangée dans un garde-robe, et a tiré dans le dos de sa soeur de quatre mois. Une femme de 24 ans a été tirée à bout portant en essayant d’enlever une arme à un enfant de deux ans, en Arizona. Un garçon de trois ans s’est tiré une balle dans la tête avec le pistolet chargé de son père, en Illinois.

En Californie, un bambin de deux ans s’est infligé de graves blessures par balles à la poitrine. Son père a perdu la carte : il s’est rendu dans un café, vêtu d’un gilet pare-balles, et a pointé une arme d’assaut vers deux policiers qui prenaient une pause-café. Ceux-ci l’ont abattu à l’extérieur, quand l’homme a tenté de se sauver.

Revenons au débat télévisé mercredi soir : Hillary Clinton s’est prononcée en faveur d’un contrôle qui forcerait les détenteurs d’armes à entreposer dans un endroit verrouillé leurs fusils non chargés, un peu comme au Canada. Le but est simple : empêcher que des enfants s’emparent d’une arme chargée. Donald Trump s’y est opposé au nom du 2e Amendement de la Constitution.

Je vais accepter totalement les résultats de cette élection historique, si je gagne

 

Le côté sombre de la politique

On est loin d’un vaste complot de « l’élite corrompue », comme le clame Donald Trump. Des vidéos rendues publiques cette semaine montrent tout de même des trucs pas très nets qu’a imaginés le camp démocrate pour faire voter des immigrants illégaux et semer la pagaille dans des rassemblements de Trump.

Deux organisateurs démocrates, Scott Foval et Robert Creamer, sont en vedette dans ces vidéos filmées en secret par Project Veritas, un groupe conservateur dirigé par l’activiste James O’Keefe, reconnu pour ses méthodes peu orthodoxes.

Les stratèges démocrates, filmés à leur insu, élaborent des plans pour infiltrer les rassemblements de Trump. Des fauteurs de troubles feraient éclater la violence, ce qui entacherait l’image des républicains. Ils discutent aussi de stratégies pour faire voter des immigrants illégaux et déplacer des électeurs d’un État à l’autre.

Durant le débat, mercredi, Donald Trump a affirmé que ces vidéos confirment que l’élection est « truquée ». Le Comité national démocrate a mis en doute l’authenticité des vidéos et fait valoir que les images sont montrées hors contexte. Ces tactiques ont peut-être été discutées, mais elles n’ont jamais été mises en place, selon le camp démocrate. Ces explications ont été accueillies avec scepticisme. Et pas seulement par les partisans de Trump.

 

1 commentaire
  • Sandra Jenkins - Inscrite 24 octobre 2016 21 h 08

    Deux poids, deux mesures

    Félicitations M. Fortier d'avoir mis en lumière ces vidéos où l'on peut voir un journaliste qui s'est infiltré dans une équipe de criminels travaillant pour le clan Clinton. Aujourd'hui, nous savons que M. Creamer et Foval ont été congédiés à la suite de la mise en ligne de ces vidéos. Nous voyons également dans la dernière vidéo lancée aujourd'hui que Mme Clinton donnait directement ses ordres à cette équipe de bandits, qui je l'espère vont se retrouver devant les tribunaux. Parcontre, ce que j'apprécie moins de votre article c'est que l'on banalise toujours les preuves de scandale de Mme Clinton. Et quand c'est un scandale qui va nuire à M.Trump, même si ce sont des seulement des allégations et non des preuves, on nous en parlera de long en large et ce dans une proportion plus grande. Je vous encourage tous à aller visionner ces trois vidéos filmées par M. James O'keefe.