Les partisans de Trump «ne sont pas dupes»

Dans les faits, il est à peu près impossible pour un candidat à la présidence de contester le résultat d’une élection dans son ensemble. Ce sont les États qui gèrent les scrutins.
Photo: Ty Wright Getty Images Agence France-Presse Dans les faits, il est à peu près impossible pour un candidat à la présidence de contester le résultat d’une élection dans son ensemble. Ce sont les États qui gèrent les scrutins.

L’appel à la révolte de Donald Trump contre l’élection présidentielle « truquée » et sa menace de ne pas reconnaître une défaite contre sa rivale démocrate provoquent des haussements d’épaules même chez ses partisans.

Bien que sympathisants du milliardaire, les employés d’une usine sidérurgique à proximité de Pittsburgh rencontrés par Le Devoir n’embarquent pas dans la croisade de Trump contre « l’élite corrompue ». « Ça fait partie du côté de Trump avec lequel je suis en désaccord », affirme Jessie Smith, qui travaille sur le pont de commande du processus sidérurgique. « S’il n’y a pas de preuve évidente que l’élection a été truquée, je ne vois pas de raison de refuser le résultat. Même si ça veut dire vivre quatre ans avec Hillary ! » dit l’homme de 37 ans.

Son collègue de 46 ans, Jim Springer, est bien prêt, lui, à excuser son candidat, en qui il a confiance pour ramener des emplois manufacturiers aux États-Unis et sauver l’industrie de l’acier, en déclin depuis des décennies. « Lorsque vous voulez gagner, vous pouvez en venir à dire ce genre de chose pour convaincre des électeurs qui ne se soucient pas trop des vrais enjeux de voter pour vous », dit l’électricien en souriant, boîte à lunch à la main.

Si Donald Trump perd, mettra-t-il sa menace à exécution ? « Oui. Sans aucun doute », répond Marsha Crowley, propriétaire d’un dépanneur à proximité de l’usine. Elle ne votera pas pour le républicain. « Le bonhomme refuse d’accepter quoi que ce soit qu’il ne contrôle pas. Je suis absolument apeurée. S’il est élu, je suis sûre qu’il va nous mener à la guerre à un moment donné. »

La démocratie d’abord

Tim Kaine, le colistier d’Hillary Clinton, a invité les électeurs au calme, au lendemain de la déclaration choc de Trump durant le débat télévisé. « Le scrutin mènera-t-il à un mandat clair le 8 novembre ? C’est ça, l’important. Donald va se plaindre s’il perd, mais si le mandat est clair, je crois que les gens ne le suivront pas », a-t-il dit à CNN.

Jean-François Godbout, professeur de science politique à l’Université de Montréal, a tendance lui aussi à minimiser l’impact possible de la posture de Trump. Une minorité importante de la population croit comme Trump que l’élection est truquée, mais il est peu probable que cette colère citoyenne mène au chaos ou à la violence, selon lui.

« Je ne suis pas inquiet. Les Américains ne sont pas dupes. Ils sont conscients que c’est une espèce de showmanship de Trump pour faire plaisir à sa base », dit le professeur.

La contestation judiciaire de l’élection présidentielle de novembre 2000 par le démocrate Al Gore a pris place à cause des résultats extrêmement serrés en Floride, rappelle Jean-François Godbout. Une fois que la Cour suprême des États-Unis a mis fin au recomptage, Al Gore s’est plié au verdict et a félicité le gagnant, George W. Bush. Ça n’a rien à voir avec l’attitude de Trump, qui clame depuis des semaines que l’élection est « truquée ».

« Si Hillary Clinton remporte les trois quarts des États comme le suggèrent les sondages, il sera extrêmement difficile pour Trump de dire que la fraude est généralisée », estime le spécialiste. D’autant plus que toutes les études récentes sur de possibles fraudes ont conclu à la quasi-absence d’irrégularités électorales.

Dans les faits, il est à peu près impossible pour un candidat à la présidence de contester le résultat d’une élection dans son ensemble. Ce sont les États qui gèrent les scrutins — et même les scrutins nationaux. La contestation d’un résultat se fait ainsi par État.

Si les résultats sont très serrés sur le plan national, le vote dans un État peut avoir une grande importance sur l’issue du scrutin, a expliqué à CNN Steve Vladeck, professeur de droit à l’Université du Texas. Mais des élections remportées par des marges confortables de 7 % ou 8 % (comme l’indiquent les sondages) sont peu susceptibles de donner lieu à des contestations, parce que le résultat dans un État est rarement déterminant pour l’issue de l’élection présidentielle.




Donald Trump acceptera un verdict « clair » des urnes

Delaware — Donald Trump a déclaré jeudi qu’il était prêt à accepter le verdict des urnes le 8 novembre s’il était « clair », dans son match contre la démocrate Hillary Clinton, après avoir déclaré la veille qu’il souhaitait entretenir le « suspense » par crainte de fraudes. « Je verrai à ce moment-là », avait répondu Donald Trump mercredi, interrogé lors du troisième débat présidentiel pour savoir s’il accepterait le résultat de l’élection présidentielle, quel qu’il soit. Jeudi, en meeting à Delaware dans l’Ohio, le candidat républicain a commencé par dire qu’il accepterait « totalement les résultats de cette grande et historique élection présidentielle si [il] gagne ». Puis il a ajouté : « J’accepterai un résultat clair de l’élection, mais je me réserve le droit de contester et de lancer une procédure de justice en cas de résultat douteux. »
2 commentaires
  • Sandra Jenkins - Inscrite 21 octobre 2016 13 h 51

    Les partisans de M. Trump plus éveillés que jamais

    'Une minorité importante de la population croit comme Trump que l’élection est truquée''. Pourquoi ne parlez-vous pas des scandales qui ont éclatés dernièrement démontrant hors de tout doute qu'il y a eu actes criminels venant du clan Clinton. Son équipe a secrètement envoyé ses agents dans les rassemblements Républicains pour y créer « l’anarchie » et « le chaos ». Ce sont les confessions recueillies en caméra cachée des responsables qui ont permis de lever le lièvre.

    Les militants démocrates Robert Creamer et Scott Foval racontent à des journalistes équipés de caméras cachées qu'ils envoyaient des individus entraînés aux rassemblements Républicains pour y inciter à la violence et qu'ils ont même payé des malades mentaux pour créer une atmosphère d'« anarchie » et de « chaos ».

    Bon, c'est juste totalement illégal et la commission devrait être saisie sur le champ pour écarter Mme Clinton de la course, mais vous verrez qu'encore une fois, il n'en sera rien ! Ils vont faire comme si c'était pas grave, et hop, le tour sera joué, puisque tout le système est corrompu jusqu'à la moelle de haut en bas.... Le journaliste qui s'est infiltré depuis plus d'un an est M. James O'Keefe.
    Il a aussi réussi à enregistrer des déclarations sur le fait qu'il y avait magouilles dans les votes au scrutin.

    • Normand R Côté - Inscrit 23 octobre 2016 11 h 23

      Mme Jenkins, au sujet du journaliste infiltré James O'Keefe, il suffit de faire une petite recherche avec Google, par exemple "Trump Foundation Paid Activist Filmmaker James O'Keefe", pour trouver des résultats probants. M. O'Keefe n'a aucune crédibilité, ce qui nuit sensiblement à vos arguments.