Trump agite le spectre d’une élection truquée

Selon une étude, 70 % des électeurs américains ne pensent pas que Donald Trump respecte les femmes.
 
Photo: Evan Vucci Associated Press Selon une étude, 70 % des électeurs américains ne pensent pas que Donald Trump respecte les femmes.
 

En grande difficulté, Donald Trump a de nouveau agité dimanche le spectre d’une élection truquée au bénéfice de sa rivale, Hillary Clinton, dénonçant l’attitude des médias, mais exprimant aussi des soupçons sur le déroulement du vote lui-même. À trois semaines du vote, deux nouveaux sondages réalisés au plus fort de la série d’accusations d’agressions sexuelles envers le milliardaire républicain confirment sa déroute électorale.

Le dernier sondage national NBC/Wall Street Journal donne une avance de 11 points à l’ex-secrétaire d’État face à l’homme d’affaires dans la course à la Maison-Blanche (48 % contre 37 %). Ce coup de sonde a été réalisé auprès de 905 électeurs (marge d’erreur de 3,26 %) entre le 10 et 13 octobre, au moment où un nombre grandissant de femmes l’accusaient publiquement de harcèlement et d’agressions de nature sexuelle. Des accusations que Donald Trump réfute toujours à jour.

Un autre sondage réalisé auprès de 740 électeurs (marge d’erreur de 4 %) au cours de la même période, conduit cette fois pour le compte d’ABC/Washington Post, place aussi Hillary Clinton en tête, mais avec une avance moins marquée (47 % contre 43 %).

Si l’avance de Clinton semble modeste, une projection réalisée par le Washington Post montre que la candidate démocrate aurait l’appui de 341 grands électeurs contre 197 pour Trump si l’élection se déroulait dimanche.

« J’ai perdu un grand nombre d’électrices sur la base d’événements qui n’ont jamais eu lieu. Les médias truquent les élections ! », a lancé dimanche sur Twitter le candidat républicain, mis en cause par une dizaine de femmes pour agression ou harcèlement sexuel.

Le colistier calme le jeu

Au moment où nombre d’élus des deux bords s’inquiètent de l’impact des propos incendiaires de l’imprévisible candidat, souvent tenus devant des foules électrisées, son colistier Mike Pence s’est employé à calmer le jeu. « Nous accepterons bien sûr le résultat des élections », a-t-il affirmé sur NBC, affirmant que le milliardaire dénonçait avant tout le « soutien monolithique » des grands médias en faveur de la candidate démocrate.

Mais preuve des tensions qui traversent son équipe, Donald Trump se faisait encore plus explicite quelques heures plus tard : la question de la validité de l’élection à venir se pose aussi « dans de nombreux bureaux de vote », lançait-il, sans le moindre élément concret à l’appui de ses propos. Certains observateurs redoutent que les appels répétés à surveiller un scrutin présenté à l’avance comme malhonnête soient interprétés comme un encouragement à des manoeuvres d’intimidation le jour du vote.

Samedi soir, c’est le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, qui avait fait clairement entendre sa différence. « Notre démocratie est basée sur la confiance dans le résultat des élections, et [Paul Ryan] est absolument convaincu que les États conduiront cette élection avec intégrité », avait indiqué sa porte-parole AshLee Strong.

Autre source d’inquiétude pour Donald Trump, le « CBS battleground tracker », qui se penche sur le rapport de force dans une douzaine d’États-clés, relève un changement marqué du vote des femmes qui donne une forte impulsion à la candidate avec désormais une avance de 6 points. Selon cette étude, 70 % des électeurs américains ne pensent pas que Trump respecte les femmes.

Silence chez les démocrates

Aux abois, le candidat du Grand Old Party se montre de plus en plus agressif, tandis que sa rivale démocrate, Hillary Clinton, garde le silence et engrange des points précieux à l’approche du troisième et dernier débat qui aura lieu mercredi soir à Las Vegas.

C’est devenu l’une des répliques favorites de l’émission satirique Saturday Night Live : après une énième tirade enflammée de « Donald » (incarné par Alec Baldwin), le commentateur se tourne vers « Hillary » (Kate McKinnon) : « Avez-vous quelque chose à ajouter ? » « Non », répond cette dernière avec un immense sourire, trop heureuse de tirer parti des excès de son adversaire.

L’homme d’affaires de New York, qui clamait il y a un an son enthousiasme pour cette émission culte, l’apprécie de moins de moins. À l’aube dimanche, il a dénoncé sur Twitter une émission « ennuyeuse et pas drôle », qualifiant même celle de samedi soir parodiant le second débat, qui s’est déroulé le dimanche précédent à Saint-Louis, de « job de bras commandité ».

Pour Hillary Clinton, qui n’a pas dit un mot ce week-end et qui n’a aucun événement annoncé pour les trois jours à venir, le calcul est bien sûr de laisser Trump s’empêtrer tout seul au milieu d’une cascade d’accusations.

Mais celle qui espère devenir la première femme présidente de l’histoire des États-Unis sait aussi que les frasques sexuelles passées de son mari, Bill Clinton, que le camp Trump s’emploie à mettre en avant, limitent sa marge de manoeuvre. Si Michelle Obama s’est dite — dans un discours qui a marqué les esprits et a même été salué par le commentateur très conservateur Glenn Beck — « glacée jusqu’à la moelle » par l’attitude « effrayante » de Trump envers les femmes, Hillary Clinton s’est montrée beaucoup plus évasive sur ce thème.

Avec Le Devoir

 

Un local républicain incendié

Un engin incendiaire a totalement détruit, sans faire de victimes, un local du parti républicain dimanche dans une ville de Caroline du Nord. Le local situé à Hillsborough a été détruit par un cocktail Molotov lancé au travers d’une fenêtre, et le message « Nazis républicains, quittez la ville, sinon... » a été inscrit sur le mur d’un bâtiment adjacent. Dallas Woodhouse, responsable du Parti républicain dans cet État, a qualifié l’acte de «terrorisme politique».

Donald Trump a accusé sur Twitter «les animaux représentant Hillary Clinton et les démocrates en Caroline du Nord» d’avoir commis cet incendie « parce que nous allons gagner ». « Je suis complètement avec vous, je n’oublierai jamais. Maintenant, nous devons gagner. Je suis fier de vous tous! », a-t-il ajouté.

Sa rivale démocrate, Hillary Clinton, a dénoncé sur Twitter un acte « terrifiant et inacceptable », ajoutant qu’elle était « très heureuse » qu’il n’y ait pas eu de victimes.


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