Washington suspend ses pourparlers avec Moscou

Les chefs de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et américaine John Kerry
Photo: Bryan R.Smith Agence France-Presse Les chefs de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et américaine John Kerry

Les États-Unis ont annoncé lundi qu’ils suspendaient leurs pourparlers avec la Russie sur un cessez-le-feu en Syrie, après la destruction totale du plus grand hôpital du secteur rebelle d’Alep dans un bombardement aérien.

Le régime syrien mène depuis onze jours, avec l’aide de la Russie, une vaste offensive pour reprendre cette partie d’Alep, au prix de bombardements massifs qui ont suscité l’indignation des pays occidentaux.

« Tout le monde est à bout de patience avec la Russie », a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest. « Il n’y a plus rien dont les États-Unis et la Russie puissent parler » à propos de la Syrie, a-t-il ajouté. Moscou a assuré peu après « regretter » la décision de Washington.

Les États-Unis ont par ailleurs annoncé qu’ils avaient procédé lundi à une frappe aérienne près d’Idleb (nord-ouest) visant un responsable « important » d’al-Qaïda en Syrie, alors qu’ils sont accusés par Moscou de chercher à protéger l’ancienne branche d’al-Qaïda en Syrie, l’organisation djihadiste Front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra). Le Pentagone n’a pas précisé s’il avait été tué et n’a pas dévoilé son identité.

De son côté, le groupe Front Fateh al-Cham, a annoncé peu après la mort de l’un de ses responsables, Ahmed Salama Mabrouk, un Égyptien plus connu sous son nom de guerre de Abu Faraj, « tombé en martyr » dans une frappe aérienne de la coalition menée par les États-Unis.

Malgré la suspension de leurs tractations sur la Syrie, les États-Unis et la Russie vont continuer à échanger des informations à travers le mécanisme qui vise à éviter un incident entre leurs avions au-dessus de la Syrie, selon le département d’État et le Pentagone.

Destruction d’un hôpital

Dans le secteur rebelle de la ville septentrionale d’Alep, le plus grand hôpital a été complètement détruit lundi par des raids.

Moscou s’est félicité de la « grande efficacité » de ses frappes, démentant tout bombardement d’hôpital ou d’école malgré les accusations des Occidentaux. « L’hôpital a été visé directement par des raids aériens », a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). L’Observatoire n’était pas en mesure de confirmer s’il s’agit d’avions du régime ou de son allié russe, qui mènent une campagne de frappes aériennes sans relâche sur le secteur rebelle d’Alep.

Depuis son lancement le 22 septembre, cette campagne militaire a permis aux forces pro-gouvernementales de grignoter du terrain aux rebelles dans le centre et le nord d’Alep, avec des bombardements qui ont fait au moins 220 morts selon l’OSDH.

Divisée depuis 2012 entre secteur Ouest contrôlé par le régime et des quartiers Est aux mains des rebelles, Alep est devenue le principal front du conflit syrien, qui a fait plus de 300 000 morts en cinq ans.

Environ 250 000 personnes, dont 100 000 enfants, vivent dans les quartiers Est assiégés par le régime, selon l’ONU.

« Les accusations selon lesquelles la Russie aurait bombardé des installations médicales, des hôpitaux ou des écoles sont toutes sans fondement », a indiqué un vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, estimant que l’intervention des forces aériennes russes avait aidé à « éviter un chaos absolu » en Syrie.

Le Conseil de sécurité de l’ONU étudiait lundi un projet français de résolution visant à instaurer un cessez-le-feu à Alep depuis l’échec d’un accord instauré par les Américains et les Russes. M. Gatilov a indiqué dans l’après-midi que la Russie ne soutenait pas ce texte.

Attentats suicides

Sur d’autres champs de bataille dans le pays, la rébellion perd également du terrain dans la province de Damas, où la ville rebelle de Douma a été la cible de raids intenses, ses habitants craignant de subir le même sort qu’Alep.

Ces bombardements s’inscrivent dans le cadre d’une offensive gouvernementale lancée il y a cinq mois et qui a rogné progressivement le territoire contrôlé par la rébellion dans cette région.

Soutenues par des milices libanaise, afghane et même iranienne, les forces loyalistes se situent désormais à trois kilomètres à l’est de Douma, la plus grande ville rebelle de la Ghouta orientale.

Dans le centre du pays, le groupe djihadiste État islamique (EI) a revendiqué des attentats suicide lundi dans la ville de Hama contrôlée par le régime, faisant au moins deux morts.

Ces attentats interviennent au moment où une coalition de rebelles et de djihadistes, rivaux du groupe EI, avancent rapidement depuis un mois dans la province éponyme, où ils ont pris une quarantaine de villages et de localités.

En soirée, lundi, un mariage d’un combattant des Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le nord-est de la Syrie s’est transformé en « noces de sang » avec 22 civils tués lorsqu’un kamikaze s’est fait exploser durant la cérémonie, d’après une source médicale et une ONG.

Le groupe EI a revendiqué l’attaque, affirmant dans un communiqué tard en soirée qu’un de ses membres a tiré sur un « grand rassemblement » de combattants kurdes à la périphérie de la ville de Hassaké, avant de faire détonner sa veste explosive. Cette revendication, qui ne fait pas référence à un mariage, évoque un bilan de « plus de 40 morts ».

Hassaké est contrôlée par les forces kurdes, bête noire du groupe EI qui combat le groupe depuis deux ans et qui l’a chassé de plusieurs fiefs.

Moscou a démenti tout bombarbement d’hôpitaux après la destruction d’un hôpital d’Alep.

Moscou suspend un accord de recyclage du plutonium militaire

Moscou — La Russie a suspendu lundi un accord avec les États-Unis sur le recyclage de dizaines de tonnes de plutonium provenant d’ogives nucléaires, « un signal » adressé à Washington en pleine tension entre les deux pays. Vladimir Poutine a signé un décret présidentiel mettant fin à un accord établi en 2000 entre lui-même et Bill Clinton. Le texte prévoyait pour chacun des pays le recyclage en combustible civil de 34 tonnes de plutonium provenant de leurs immenses stocks d’ogives nucléaires héritées de la Guerre froide, dans le cadre de leur engagement à lutter contre la prolifération des armes nucléaires. Vladimir Poutine a justifié sa décision, dans son décret, par le « changement radical des circonstances et l’apparition d’une menace pour la stabilité stratégique en raison des actions inamicales des États-Unis à l’égard de la Russie ». « La décision que nous avons prise est un signal adressé à Washington », a averti le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov, dans un communiqué. Il s’agit, selon lui, d’une réponse « nécessaire » aux États-Unis: aux sanctions occidentales issues de la crise en Ukraine et au renforcement de la présence de l’OTAN près des frontières de la Russie. « Cela ne marchera pas s’ils essaient de parler à la Russie en adoptant la force avec des sanctions et des ultimatums, tout en voulant maintenir une coopération sélective quand c’est dans leur intérêt », a-t-il ajouté. Ce décret est un « geste essentiellement symbolique visant à prouver que les deux parties ne coopèrent plus dans ce domaine », a déclaré à l’AFP l’expert militaire indépendant Alexandre Golts, ajoutant que ce n’est pas le premier accord suspendu dans le domaine de la non-prolifération. Il témoigne toutefois de la tension croissante entre les deux pays dont les relations n’avaient pas connu de telle crise depuis l’époque de la Guerre froide. Elles se sont nettement détériorées avec l’annexion de la Crimée en 2014 et le début du conflit dans l’est de l’Ukraine.
2 commentaires
  • Jean-Pierre Roy - Abonné 3 octobre 2016 15 h 26

    Une suggestion

    Peut-être que les USA et alliés devraient armer avec des armes puissantes et modernes les "rebelles" en choisissant ceux-ci avec grand soin. Ces armes devraient permettre de descendre les avions militaires et d'arrêter les "tanks". Ça presse.

  • Michel Lebel - Abonné 3 octobre 2016 15 h 45

    Le minimum!

    Voilà bien le minimum que les Américains pouvaient faire! Depuis le temps que les Russes se moquent d'eux! Et les civils continuent de mourir à Alep. Honte!

    M.L.