Le Congrès annule un veto d’Obama, une première

Le chef de la minorité démocrate à la Chambre haute, Harry Reid
Photo: Alex Wong / Getty Images / Agence France-Presse Le chef de la minorité démocrate à la Chambre haute, Harry Reid

Le Congrès américain a rejeté mercredi un veto de Barack Obama sur une loi autorisant les proches de victimes du 11-Septembre à poursuivre l’Arabie saoudite, infligeant un cinglant camouflet au président qui s’était opposé au texte en invoquant la sécurité nationale.

C’est la première fois en huit années au pouvoir que M. Obama voit son veto — il en a fait usage à 12 reprises — repoussé par les parlementaires qui doivent pour cela rassembler deux tiers des votes.

Dans un premier temps, le Sénat a voté à 97 voix pour entraver le veto, contre une seule voix soutenant l’initiative de Barack Obama, celle de Harry Reid, chef de la minorité démocrate à la chambre haute. Les élus de la Chambre des représentants se sont ensuite prononcés à 348 voix pour rejeter le veto et 77 voix soutenant le chef de l’État.

Loi risquée

Barack Obama juge que le texte affaiblirait le principe d’immunité qui protège les États (et leurs diplomates) de poursuites judiciaires et risquerait, par un effet boomerang, d’exposer les États-Unis à des poursuites devant divers tribunaux à travers le monde.

Ce texte « ne protégera pas les Américains d’attaques terroristes et n’améliorera pas non plus l’efficacité de notre réponse en cas de telles attaques », avait mis en garde M. Obama dans une lettre adressée aux chefs démocrates et républicains du Sénat. En vain.

Quinze des 19 auteurs des attentats ayant fait près de 3000 morts étaient des ressortissants saoudiens. La responsabilité de l’Arabie saoudite, alliée des États-Unis, n’a cependant jamais été démontrée.

Le directeur de la CIA, John Brennan, a aussi fait part de sa forte opposition au texte : celui-ci « aura de graves implications sur la sécurité nationale des États-Unis », et aura des conséquences pour « les employés du gouvernement qui travaillent à l’étranger pour leur pays ».

Vote dénoncé et salué

Le porte-parole de l’exécutif américain, Josh Earnest, a vivement dénoncé ce vote. « Le fait que des membres du Sénat américain n’aient été informés que récemment de l’impact négatif de cette proposition de loi sur nos militaires et nos diplomates est, en soi, embarrassant », a-t-il déclaré tout en saluant le « courage » d’Harry Reid pour son vote à contre-courant.

Mais les défenseurs du « Justice Against Sponsors of Terrorism Act » ont insisté sur la nécessité pour les proches de victimes de pouvoir réclamer justice. Ils estiment que la position de l’administration Obama est avant tout liée à la crainte de provoquer la colère de Riyad.