La tension persiste à Charlotte, où Clinton repousse sa visite

Le chef de la police de Charlotte-Mecklenburg, Kerr Putney. La police se refuse à rendre publique une autre vidéo montrant l’intervention des agents face à la victime.
Photo: Sean Rayford / Getty Images / Agence France-Presse Le chef de la police de Charlotte-Mecklenburg, Kerr Putney. La police se refuse à rendre publique une autre vidéo montrant l’intervention des agents face à la victime.
Hillary Clinton a repoussé vendredi soir une visite prévue dimanche dans la ville américaine de Charlotte, agitée depuis plusieurs jours par des manifestations et des violences après la mort d’un Noir tué par la police.

Son équipe de campagne qui avait annoncé cette visite quelques heures plus tôt, a expliqué que la candidate démocrate à la Maison-Blanche avait pris cette décision «après plus ample discussion avec les responsables de la communauté [...] pour ne pas impacter les ressources de la ville». Mme Clinton «a l’intention de se rendre à Charlotte le dimanche suivant, si les circonstances le permettent», a précisé sa campagne dans un communiqué.
 

La candidate démocrate à la présidentielle avait demandé un peu plus tôt qu’une vidéo des faits, tournée par les forces de l’ordre, soit rendue publique. Les autorités de Charlotte s’y refusent, malgré la pression populaire et la tension qui ne retombe pas dans les rues.

De fait, la controverse a rebondi vendredi quand la télévision NBC a diffusé une autre vidéo, dramatique, qui montre de façon imparfaite le moment du décès mardi de Keith Lamont Scott, 43 ans.

D’après la police, M. Scott a été mortellement blessé par balle alors qu’il refusait de lâcher son arme de poing. Ses proches affirment au contraire qu’il n’avait qu’un livre en main et qu’il attendait pacifiquement son fils à un arrêt d’autobus.

La vidéo révélée par NBC a été réalisée par la femme de la victime, Rakeyia Scott. Tournant ces images avec son téléphone cellulaire, elle approche de la zone où son mari est tenu en joue par plusieurs policiers portant un gilet pare-balles.

« Ne tirez pas ! Ne tirez pas ! Il n’est pas armé ! Il n’a rien fait ! » implore l’épouse, qui se trouve à une dizaine de mètres de la scène.

« Lâche ton arme ! Lâche ton arme ! » ordonne la voix d’un policier, sans que l’on puisse voir où Keith Lamont Scott se trouve exactement.

« Il n’a pas d’arme ! Il a un problème cérébral. Il ne va rien vous faire, il vient de prendre ses

La femme crie ensuite à son mari la chose suivante : « Keith, ne les laisse pas casser la vitre, sors de la voiture ! Keith, ne fais pas ça ! Keith ! Sors de la voiture ! Ne fais pas ça ! Keith ! »

Plusieurs détonations retentissent alors et l’épouse se met à pousser des cris alarmés : « Vous lui avez tiré dessus ? Vous lui avez tiré dessus ? Vaudrait mieux pour vous qu’il ne soit pas mort ! »

Rakeyia Scott continue à filmer, son mari étant étendu à plat ventre sur la chaussée, entouré par quatre policiers.

« Voici les policiers qui ont tiré sur mon mari et il y a intérêt à ce qu’il vive, car il ne leur avait rien fait », dit-elle enfin.

La vidéo ne montre aucune arme visible près du corps de Keith Lamont Scott. NBC a toutefois indiqué avoir reçu une photo d’un témoin semblant montrer une arme près des pieds de la victime.

À Charlotte, la mort de M. Scott a déclenché un mouvement de protestations tendues, qui ont conduit le gouverneur à décréter l’état d’urgence et à appeler en renfort les militaires de la Garde nationale. Un couvre-feu a également été instauré dans la nuit de vendredi à samedi, comme la veille.

Le couvre-feu n’entre en vigueur qu’à minuit et quelques rassemblements pacifiques étaient en cours en début de soirée.

Persistance du problème racial

Plus largement, ce décès brutal a relancé un débat national sur les violences commises par des forces de l’ordre à l’encontre des Afro-Américains.

M. Scott a perdu la vie quatre jours seulement après qu’un Noir non armé a été abattu par une policière blanche à Tulsa, dans l’État de l’Oklahoma, sous l’oeil des caméras de police.

Au contraire de Charlotte, les autorités de Tulsa ont rapidement rendu publiques les vidéos du drame, permettant une avancée rapide de l’enquête.

La policière auteure du tir mortel a été inculpée jeudi d’homicide involontaire. Visée par un mandat d’écrou, elle a été libérée vendredi après avoir réglé une caution de 50 000 $.

De façon plus générale, les tensions à Charlotte témoignent de la persistance du problème des préjugés raciaux dans une partie des forces de l’ordre américaine. Elles illustrent aussi le fossé de défiance qui continue à séparer les policiers et les communautés noires dans certaines villes du pays.

« Nous avons un passé de disparités raciales, a reconnu vendredi Jennifer Roberts, la maire de Charlotte. Et nous travaillons dur dans cette ville pour combler ce fossé ».

Barack Obama, premier président noir de l’histoire des États-Unis, s’est exprimé brièvement vendredi sur ces événements, alors qu’il s’apprête à inaugurer ce samedi à Washington un musée dédié à l’histoire afro-américaine : l’ouverture de cet établissement va permettre aux Américains de « replacer certains événements dans un contexte historique », a-t-il espéré.

Les gens qui voient ce qui se passe à Charlotte et qui visiteront ce musée comprendront mieux les revendications des Noirs, ce qui leur permettra de prendre du recul et « de dire : je comprends, je compatis ».