La solution de Trump: «arrêter et fouiller»

Donald Trump a précisé jeudi que sa proposition visait uniquement la ville de Chicago, aux prises avec une vague de violence.
Photo: Mark Wilson / Getty Images / Agence France-Presse Donald Trump a précisé jeudi que sa proposition visait uniquement la ville de Chicago, aux prises avec une vague de violence.

Donald Trump est prêt à tout pour « ramener la sécurité » dans les villes éprouvées par la violence. Dans le style sulfureux auquel il a habitué le monde entier, il propose même de relancer une stratégie policière déclarée inconstitutionnelle par un tribunal de New York.

Dans la foulée des émeutes raciales en Caroline du Nord, le candidat républicain a proposé d’étendre à l’ensemble des États-Unis une directive de la police de New York permettant aux policiers d’arrêter et de fouiller toute personne soupçonnée de porter une arme ou de la drogue. Ces arrestations peuvent prendre place sans aucun motif de croire que la personne a commis ou s’apprête à commettre un crime.

Cette stratégie, appelée « stop-and-frisk » (« arrêter et fouiller »), a été mise en place il y a deux décennies par l’un des partisans les plus convaincus de Donald Trump, l’ex-maire Rudolph Giuliani, qui a dirigé la plus grande ville américaine entre les années 1994 et 2001.

Les républicains soutiennent que cette mesure a permis de réduire le taux de criminalité de façon draconienne à New York. Les opposants, dont des chercheurs universitaires, affirment que cette politique de « tolérance zéro » n’a fait que déplacer les pauvres et les marginaux vers d’autres quartiers, notamment vers le New Jersey.

Cette mesure a surtout été dénoncée comme discriminatoire : plus de cinq millions de citoyens (dont 90 % étaient des Noirs ou des Latino-Américains !) ont été arrêtés en vertu de cette règle entre 2002 et 2011, selon les chiffres de la police compilés par l’Union des libertés civiles de New York. Près de 88 % des interventions ont ciblé des citoyens qui n’avaient rien à se reprocher. Et à peine 0,2 % des gens arrêtés transportaient une arme.

Une solution « incroyable »

Ces statistiques ne veulent rien dire pour Donald Trump, qui a suggéré mercredi d’étendre le « stop-and-frisk » à l’ensemble du pays. Le milliardaire a précisé jeudi que sa proposition visait uniquement la ville de Chicago, aux prises avec une vague de violence.

« Une des choses que je ferais, c’est “arrêter et fouiller”. Je pense qu’il faut le faire. Nous l’avons fait à New York, cela a fonctionné de façon incroyable. Vous devez être proactif, vous aidez vraiment les gens à changer d’avis automatiquement [par rapport au crime] », a déclaré Donald Trump, à Fox News, dans une émission enregistrée mercredi.

Le maire démocrate de New York, Bill de Blasio, entré en fonction en 2014, a démoli l’argument de Trump. « C’est la police communautaire qui a permis de réduire le crime, a-t-il indiqué à CNN. Nous avons mis fin à l’usage excessif d’arrêter et fouiller. Donald Trump devrait être très prudent. Si on remettait en place “arrêter et fouiller” dans tout le pays, vous verriez beaucoup plus de tensions entre la police et les communautés. »

Le Tribunal du district sud de New York a déclaré le « stop-and-frisk » inconstitutionnel en 2013 et ordonné à la Ville de refaire ses devoirs pour cesser de violer les droits des minorités. Depuis, la Ville a pratiquement cessé de recourir à cette pratique, qui reste toutefois en vigueur.

Les Blancs d’abord

« Cette mesure est une menace réelle à l’état de droit et ne règle en rien la criminalité », estime Céline Bellot, professeure à l’École de travail social de l’Université de Montréal.

Le « stop-and-frisk » s’inspire de la théorie de la « vitre brisée », née elle aussi à New York. Selon cette théorie, il faut adopter la « tolérance zéro » envers les petits délits, comme uriner en public, produire des graffitis ou consommer de l’alcool dans les parcs. Pour Céline Bellot, ces délits mineurs sont les symptômes de malaises sociaux dans un quartier, et non la cause de la violence.

« Même le FMI [Fonds monétaire international] a dit qu’il faut réduire les inégalités. La vitre brisée peut être révélatrice d’un manque de cohésion sociale, mais ce n’est pas en arrêtant et en fouillant les Noirs et les Latinos qu’on améliore ça ! », dit Céline Bellot.

« Donald Trump se lance là-dedans pour une raison : parce que sa vision du monde totalement simpliste sert les intérêts de sa clientèle blanche, point à la ligne. »


2 commentaires
  • André Côté - Abonné 23 septembre 2016 09 h 41

    Un vide intellectuel...

    Peut-on imaginer un individu avec une pensée aussi simpliste devenir le président des États-Unis? En suivant ses discours, l'un après l'autre, on a l'impression d'un vide intellectuel inversement proportionnel à sa fortune. Comment expliquer cette fascination pour un tel personnage? C'est à n'y rien comprendre!

  • Julie Grimard - Abonnée 23 septembre 2016 19 h 28

    Pourquoi Trump est devenu riche ?

    J'aimerais bien que l'on me l'explique.