Charlotte: troisième nuit de manifestation, sous l'oeil de l'armée

Une atmosphère calme régnait parmi les quelques centaines de manifestants qui arpentaient les rues, en début de soirée.
Photo: Brian Blanco / Getty Images / Agence France-Presse Une atmosphère calme régnait parmi les quelques centaines de manifestants qui arpentaient les rues, en début de soirée.

La ville américaine de Charlotte avait des airs de camp retranché jeudi soir, les militaires de la Garde nationale étant déployés en renfort pour contenir les manifestants qui défilaient pour la 3e nuit consécutive afin de dénoncer l’homicide d’un Noir par un policier.

Une atmosphère calme régnait parmi les quelques centaines de manifestants qui arpentaient, en début de soirée, les rues de cette ville du sud-est des États-Unis, derrière des pancartes proclamant « Arrêtez de nous tuer » ou « La résistance est belle ».
 

Des militaires et un véhicule blindé de type Humvee étaient toutefois déployés devant l’hôtel Omni, scène des pires violences la veille, a constaté un journaliste de l’AFP.

« Nous avons maintenant les ressources permettant de protéger les infrastructures et d’être nettement plus efficaces », avait en effet prévenu le chef de la police de Charlotte-Mecklenburg, Kerr Putney.

Il avait affirmé plus tôt dans la journée que « plusieurs centaines » de membres supplémentaires des forces de l’ordre tenteraient d’empêcher les saccages des deux soirées précédentes, qui ont conduit le gouverneur de la Caroline du Nord à décréter l’état d’urgence.
 

Dans la nuit de mercredi à jeudi, 44 personnes ont été interpellées à Charlotte, a souligné M. Putney et la maire de Charlotte, Jennifer Roberts, a réitéré son appel au calme.
 

Le recours à l’imposition d’un couvre-feu était également envisagé par les autorités locales, après la nuit de mercredi à jeudi au cours de laquelle un manifestant a été mortellement blessé par balle et deux policiers ont subi des blessures mineures à l’oeil.
 

Présent sur le lieu de la contestation, un journaliste de l’AFP a vu cet homme s’effondrer au sol, cible d’un tir qui le faisait abondamment saigner. Il a été touché par une balle non tirée par un policier, ont assuré les autorités, et est finalement décédé jeudi selon NBC.
 

Séquence filmée

La soirée avait pourtant commencé dans le calme, par une veillée en hommage à Keith Lamont Scott, un homme noir de 43 ans qui a été, selon sa famille, victime d’une bavure flagrante mardi sur le parking d’un immeuble.
 

D’après la police, M. Scott a été mortellement blessé par balle alors qu’il refusait de lâcher son arme de poing. Ses proches affirment au contraire qu’il n’avait qu’un livre en main.
 

Mais l’ambiance a dégénéré, des manifestants lançant des projectiles contre les forces de l’ordre, qui ont répliqué avec des jets de gaz lacrymogène.

Pressé par des habitants ainsi que par l’ACLU, puissante association américaine de défense des libertés, de rendre publique une vidéo montrant l’intervention policière contre M. Scott, le chef Putney s’y est refusé.
 

« Il y a ma vérité, votre vérité, et la vérité », a dit le patron de la police de Charlotte. « Nous la rendrons publique quand nous estimerons qu’il existe une raison qui l’impose, mais je ne vais pas mettre en péril l’enquête. »
 

M. Putney a cependant admis que la séquence filmée n’offrait « pas de preuve visuelle indiscutable confirmant que quelqu’un est en train de pointer une arme ». Un aveu semblant affaiblir la thèse policière selon laquelle le policier qui a tiré était directement menacé par Keith Lamont Scott.
 

Ces deux dernières années, aux États-Unis, des policiers ont tué des Noirs parfois non armés dans différentes villes du pays, ou traité des Afro-Américains avec une brutalité gratuite qui a choqué la population.

Retour à l'ordre
 

Mais à Charlotte, l’heure était clairement à la fermeté et au retour à l’ordre.
 

« On ne peut tolérer la violence. On ne peut tolérer les destructions de biens et nous ne tolérerons pas les attaques actuellement perpétrées contre nos policiers », a déclaré sur CNN le gouverneur de la Caroline du Nord, Pat McCrory, un républicain connu pour son conservatisme.
 

Du côté du gouvernement démocrate de Barack Obama, les positions se voulaient plus équilibrées.

« Le président croit profondément au droit des personnes à protester. Mais la population ne doit pas utiliser l’excuse de la contestation pour commettre des actes de violence ou de vandalisme », a déclaré Josh Earnest, porte-parole de la Maison-Blanche.

« Cherchons ensemble une voie pacifique vers l’avant », a souhaité la ministre américaine de la Justice, Loretta Lynch.

Un autre appel au calme a émané de la légende du basket-ball Michael Jordan, propriétaire du club local de la NBA, les Charlotte Hornets.

Enfin, le candidat républicain Donald Trump a expliqué les violences à Charlotte par les abus de stupéfiants. « La drogue joue un très grand rôle dans ce que vous voyez le soir à la télévision », a déclaré le milliardaire.

La mort de Keith Lamont Scott a suivi celle vendredi d’un Noir non armé dans l’État de l’Oklahoma. Terence Crutcher a été abattu alors qu’il était tenu en joue par les policiers après avoir marché jusqu’à son véhicule les mains en l’air.

La policière auteure du tir mortel a été inculpée jeudi d’homicide involontaire.