Madame la candidate présidentielle

La longue carrière politique de Hillary Clinton a atteint un point culminant mardi alors qu’elle devenait la première femme de l’histoire américaine à obtenir l’investiture d’un grand parti comme candidate présidentielle. Pour l’occasion, son mari, l’ancien président Bill Clinton, a tenté de peindre un portrait intime — et peu connu — d’elle devant les démocrates réunis pour la deuxième journée de leur convention.

Après une première journée marquée par des tensions avec des partisans de Bernie Sanders, l’équipe de Hillary Clinton espérait mardi rétablir le calme et fédérer les démocrates autour de la candidate. Les espoirs à cet égard reposaient entre autres sur son mari, l’ancien président Bill Clinton, qui était l’orateur le plus attendu sur la scène du Wells Fardo Center à Philadelphie. M. Clinton, figure démocrate toujours populaire, a livré en fin de soirée un discours au contenu très personnel à propos de Hillary Clinton.

Photo: Robyn Beck Agence France-Presse «Au printemps 1971, j’ai rencontré une fille», a dit Bill Clinton en introduction d’un discours-fleuve de trois quarts d’heure retraçant leur rencontre sur le campus de Yale, la naissance de leur fille Chelsea, les engagements de la première heure de Hillary, leurs campagnes électorales...

À travers l’histoire de leur couple, le 42e président des États-Unis a défendu l’image de sa femme, que les républicains ont caricaturée selon lui en « personnage de bande dessinée ». « Elle est le plus grand agent de changement que j’ai jamais connu », a-t-il répété plusieurs fois dans son discours de 42 minutes, tentant ainsi de renverser sa réputation de tenante du statu quo que Bernie Sanders et ses partisans ont longtemps entretenue.

« Vous devriez élire [Hillary Clinton], parce qu’elle ne vous abandonnera jamais », a également déclaré celui qui pourrait retourner à la Maison-Blanche en tant que premier « First Gentleman » de l’histoire américaine. En vantant sa ténacité, Bill Clinton a mis l’accent sur le travail qu’elle a accompli au cours de sa carrière pour aider les femmes, les enfants et les personnes aux prises avec des handicaps.

Des pro-Sanders tenaces

Si l’investiture de l’ex-secrétaire d’État était une formalité, en raison de la majorité de délégués qu’elle a recueillie au cours des primaires, le suspense mardi résidait dans le ralliement ou non des partisans les plus fervents de son ancien rival, Bernie Sanders. Lundi, plusieurs délégués pro-Sanders avaient fait entendre avec vigueur leur rejet de Hillary Clinton dans l’amphithéâtre, faisant ainsi la sourde oreille aux appels au ralliement sans équivoque de « Bernie » et entachant du même coup la démonstration d’unité que le parti espérait projeter dès le premier jour de la convention.

Pendant la journée de mardi, la même inflexibilité de la part de ces délégués s’était exprimée dans des réunions partisanes, où « Bernie » voyait à nouveau ses appels à l’unité reçus par des huées. « Il est facile de huer, mais il est plus difficile de regarder vos enfants dans les yeux s’ils vivaient sous une présidence Donald Trump », leur a-t-il répondu.

Le dernier mot

Les divisions au sein du parti semblaient enfin atténuées dans le Wells Fargo Center lorsque les délégués étaient réunis en fin de journée pour la procédure formelle de nomination État par État. Dans un geste symbolique de ralliement, la délégation du Vermont — État que représente M. Sanders au Sénat — a été la dernière à annoncer ses votes. Et le sénateur de 74 ans a eu le dernier mot en demandant à ce que « Hillary Clinton soit désignée candidate du Parti démocrate à la présidence des États-Unis » par acclamation, suscitant les cris et les applaudissements nourris de la foule.

Des délégués pro-Sanders visiblement insatisfaits de la nomination de Mme Clinton — une centaine, selon le site Politico — ont néanmoins quitté leur siège et se sont dirigés à l’extérieur de l’enceinte en criant « brayage ! ». D’autres se sont réunis à l’extérieur avec des bandeaux noirs sur la bouche en brandissant des pancartes « Réduit au silence par elle [Clinton] » et « Pas de justice, pas de paix. »

Autres discours

En soirée, avant que Bill Clinton prenne la parole, plusieurs orateurs se sont prononcés sur la scène du Wells Fargo Center, dont un groupe de mères afro-américaines qui ont perdu leur enfant à la pointe d’une arme à feu ou aux mains de la police. La mère de Trayvon Martin, un jeune Floridien abattu dans son quartier par un vigile volontaire en 2012 alors qu’il sortait acheter des bonbons, a notamment donné son appui à Hillary Clinton, affirmant qu’elle « est une mère qui peut assurer que le mouvement réussira ». Le groupe de femmes, surnommé « Mothers of the Movement », exige des réformes en matière de contrôle des armes à feu et d’imputabilité de la part des forces policières.

Les discours furent accueillis positivement par des personnes dans la foule qui criaient « Black lives matter ! », en référence au groupe militant de défense des Afro-Américains.

Le message contrastait avec celui entendu à la convention républicaine la semaine dernière, où les discours penchaient fortement en faveur des forces policières et dépeignaient Black Lives Matter comme un groupe promouvant l’anarchie.
 

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