«La publication de WikiLeaks n’est pas un "scoop"»

Hillary Clinton à Charlotte, en Caroline du Nord, le 25 juillet
Photo: Justin Sullivan Getty images Agence France-Presse Hillary Clinton à Charlotte, en Caroline du Nord, le 25 juillet

Nicolas Arpagian est expert en cybersécurité et directeur scientifique du cycle « sécurité numérique » à l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ).

Quel est l’intérêt pour WikiLeaks de publier ces courriels ?

WikiLeaks a besoin d’exister et de publier régulièrement. Mais je ne suis pas sûr que cette publication leur profite, ni sur le crédit ni sur la confiance que l’on peut accorder à leurs publications. Le problème est que, contrairement à d’autres lanceurs d’alerte comme Edward Snowden [l’ex-consultant de la National Security Agency (NSA) à l’origine des révélations sur le programme de surveillance de la NSA], WikiLeaks est dépendant de ses sources et surtout de la qualité des informations que des tiers lui apportent. Il y a eu violation des correspondances, mais il n’y a pas en contrepartie le bénéfice de la désignation d’un péril supérieur, qui justifierait la violation du secret des correspondances. De plus, même si ce n’est pas systématique, WikiLeaks a pris l’habitude de s’adjoindre les médias, qui venaient mettre en perspective et raffiner leur matière brute. Ici, il y a juste la mise en ligne de données, mais pas de travail éditorial autour. On peut s’interroger sur le fait qu’il n’y ait pas eu de média qui ait été mis dans la boucle. Ont-ils estimé que le jeu n’en valait pas la chandelle ?

Quel est l’enjeu de cette nouvelle publication ?

Ce n’est pas parce que ces messages sont confidentiels qu’ils révèlent quelque chose. On y apprend que les membres du Parti démocrate sont plutôt favorables à Hillary Clinton qu’à Bernie Sanders et qu’il y a des tensions au sein du parti. Mais quel électeur américain peut croire qu’il n’y a pas de tensions quand il n’y a qu’une seule place en jeu ? Ce n’est pas un scoop. Il est aussi logique qu’on ait des distorsions entre les propos qui sont tenus publiquement et ceux qui le sont dans les correspondances, surtout dans l’univers politique, où ne règnent pas forcément la cordialité et l’entente. Mais on n’est pas dans la dénonciation d’un élément qui correspondrait aux lanceurs d’alerte. Pour moi, il n’y a rien d’illégal ou de choquant qui justifie qu’on rende publiques ces communications.

Ce n’est pas la première fois que WikiLeaks révèle quantité de courriels du Parti démocrate. Est-il si simple de pirater une boîte courriel ?

Il n’y a pas de performance technique à pirater le comité national démocrate. Un comité électoral reçoit des appels de gens qu’ils ne connaissent pas, mais qui viennent apporter leur soutien, leur financement… Pour contaminer une boîte courriel, il suffit d’envoyer un courriel avec une pièce jointe qui vous semblera légitime. Mais en cliquant dessus, vous allez activer le logiciel malveillant. Logiciel qui permettra d’enregistrer toute la frappe que vous faites avec votre clavier, de naviguer dans votre ordinateur et, le cas échéant, d’extraire les informations. Le problème est que ces comités électoraux sont dans la réactivité. Ils échangent beaucoup d’informations, font des notes sur tel et tel événement. On est dans l’effervescence de la campagne électorale, qui n’est pas propice au contrôle et à la rigueur. D’autant plus qu’il est difficile de remonter ensuite jusqu’aux pirates.

Quelle est la conséquence de cette nouvelle affaire de piratage ?

Il va y avoir une culture grandissante, qui se fait certes un peu sous la contrainte, de la sécurité numérique. Les gens vont multiplier les canaux pour limiter les risques. Soit en utilisant des messageries chiffrées, soit en gardant de moins en moins de traces de leurs conversations ou en faisant des versions parallèles, qui serviront pour les archives. Je reste d’ailleurs persuadé que l’une des raisons pour lesquelles Hillary Clinton a utilisé un moment sa messagerie personnelle venait de cette problématique. Ce n’était pas par méconnaissance puisque, en tant que secrétaire d’État, elle a été amenée à gérer des échanges électroniques de messages diplomatiques.


Moscou accusé de s’immiscer dans la campagne électorale américaine

Washington — Moscou est soupçonné d’avoir cherché à influencer la campagne électorale américaine en faveur de Donald Trump en orchestrant une fuite de courriels embarrassants pour Hillary Clinton. Mais prouver l’implication russe sera difficile, selon les experts. Furieuse devant ces publications, l’équipe de l’ancienne première dame a contre-attaqué en laissant entendre que la Russie pourrait être à l’origine de ces fuites de courriels volés par des pirates soupçonnés d’être liés aux autorités russes. But de la manoeuvre, selon le clan Clinton : favoriser la campagne de Donald Trump, plus critique vis-à-vis de l’OTAN que sa rivale démocrate. Le FBI a annoncé lundi qu’il enquêtait sur ce piratage, sans donner de détails sur l’identité présumée des pirates, ni sur un éventuel lien avec la publication de courriels par WikiLeaks.
1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 juillet 2016 10 h 51

    Un gros zéro

    pour ce reportage...