Donald Trump, candidat «de la loi et de l’ordre»

Donald Trump a prononcé jeudi soir le discours le plus important de sa carrière, point d’orgue d’une convention républicaine marquée par la controverse et les divisions.
Photo: Joe Raedle Agence France-Presse Donald Trump a prononcé jeudi soir le discours le plus important de sa carrière, point d’orgue d’une convention républicaine marquée par la controverse et les divisions.

Point d’orgue d’une convention marquée par la controverse et la division, Donald Trump a accepté jeudi soir sa nomination en tant que candidat républicain à la présidentielle. À en juger par son discours, le plus important de sa carrière politique jusqu’ici, la campagne républicaine pour la Maison-Blanche se jouera sur le thème du « retour de la loi et de l’ordre » aux États-Unis, avec Donald Trump pour justicier.

Dans le plus long discours de l’histoire des conventions — plus de 75 minutes —, au ton agressif, le prétendant républicain à la Maison-Blanche a fait la part belle à la sécurité. Il a d’emblée planté le décor en peignant une nation « en crise » dans laquelle « les attaques contre la police et le terrorisme dans nos villes menacent notre mode de vie », pour ensuite promettre de « ramener la loi et l’ordre dans le pays ». Insistant surtout sur les malheurs supposés qui s’abattent sur le pays, il a critiqué avec virulence le bilan de Barack Obama. Celui-ci aurait rendu « l’Amérique plus dangereuse pour tout le monde » en raison de son « discours irresponsable » qui a divisé le pays sur les plans de la race et de la couleur.

La foule massée au sein du Quicken Loans Arena à Cleveland a répondu très favorablement au discours en scandant à répétition « USA ! ».

Donald Trump a également martelé l’un de ses thèmes de prédilection : l’immigration. Sans cibler spécifiquement les musulmans comme il l’avait fait pendant les primaires, il a dit vouloir « immédiatement suspendre l’immigration en provenance de pays ayant été compromis par le terrorisme en attendant l’instauration de mécanismes de contrôle ».

« Des décennies d’immigration record ont réduit les salaires et augmenté le chômage de nos citoyens, surtout des travailleurs afro-américains et latinos », a-t-il ajouté avant de s’en prendre à une autre de ses cibles de choix : les accords et traités de libre-échange. Plusieurs seront renégociés, a-t-il promis, dont l’ALENA (dont sont parties le Canada et le Mexique), qu’il a qualifié de « l’un des pires accords commerciaux jamais signés par notre pays ».

En rappelant son slogan « l’Amérique d’abord », le milliardaire new-yorkais a promis de faire de « l’américanisme le nouveau credo » et de faire « à nouveau » du peuple américain la « priorité numéro un ».

Antipathie pour Clinton, sympathie pour Sanders

Photo: Jeff J. Mitchell Agence France-Presse
 

Il s’en en aussi pris allègrement à son adversaire démocrate Hillary Clinton, qui fut la cible de prédilection tout au long de cette convention. En plus de tenir l’ex-secrétaire d’État responsable d’un monde qu’il juge devenu plus dangereux, il est revenu sur l’épisode des courriels privés, réitérant qu’elle avait « menti de toutes les façons possibles » sans en avoir subi les conséquences, preuve selon lui que le système a atteint un niveau de corruption jamais vu auparavant.

Le milliardaire a enchaîné en tentant le tour de force de retourner à son avantage son appartenance à ce « système » tout en appelant du pied les partisans du sénateur de gauche Bernie Sanders. « Je me suis lancé dans l’arène politique pour que le puissant ne puisse plus écraser les gens qui ne peuvent se défendre eux-mêmes, a-t-il déclaré. Personne ne connaît le système mieux que moi. Et c’est pourquoi je suis le seul qui peut le réparer. J’ai vu de mes yeux vu comment le système est truqué au détriment de nos citoyens, tout comme il était truqué contre Bernie Sanders. Il n’avait aucune chance. »

Payant, mais excessif

 

« En insistant sur les menaces extérieures comme le faisait George W. Bush et sur les menaces intérieures à l’instar de Richard Nixon, Trump mise sur les thèmes de la peur et du danger, observe Frédérick Gagnon, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM. Cela pourrait être une stratégie payante, surtout si des événements tels des attentats terroristes en sol américain ou de nouvelles attaques contre des policiers devaient se produire d’ici le 8 novembre. »

Or, poursuit M. Gagnon, le candidat surestime sa capacité à régler tous les problèmes qu’il cible et pour lesquels il offre par ailleurs bien peu de solutions concrètes. « Ses propos sont peut-être utiles sur le plan électoral, mais contrairement à ce qu’il laisse entendre, le président ne peut régler tous les soucis des Américains. J’ai rarement vu un si grand décalage entre un discours de convention d’une part, et la réalité politique et les contraintes institutionnelles propres à la présidence d’autre part. »

Ivanka et les femmes

 

En présentant son père, Ivanka Trump a fait un discours remarqué pour son accent mis sur les femmes, un électorat auprès duquel le candidat républicain reste peu populaire. S’aventurant sur un terrain généralement occupé par les démocrates, la fille du magnat de l’immobilier a insisté sur le fait que Donald Trump se battrait pour l’équité salariale, de meilleurs congés parentaux et des services de garde abordables et accessibles à tous. Tout au long de la convention, les enfants Trump auront occupé une place de choix — et généralement saluée — sur la scène du Quicken Loans Arena.

« Ted Cruz a fait une énorme gaffe politique »

Plus tôt en journée, l’espace médiatique était dominé par le refus de Ted Cruz, mercredi soir, de se rallier à Donald Trump. Dans ce qui était jusqu’alors le moment le plus fort de la convention républicaine, le discours du sénateur du Texas, copieusement hué et intimé par la foule d’appuyer le candidat présidentiel, venait ainsi mettre en relief les divisions qui règnent au sein du Grand Old Party.

Loin de se repentir, le plus sérieux rival de Donald Trump pendant les primaires a persisté et signé jeudi matin, affirmant qu’il n’était toujours pas question qu’il se rallie au vainqueur. « Je n’ai pas l’habitude d’appuyer les gens qui attaquent ma femme et mon père », s’est-il justifié, en référence à des injures et insinuations incriminantes proférées par le milliardaire durant les primaires. « Je ne suis pas un petit chien servile. »

Or loin d’être dommageable, l’incident sera plutôt bénéfique à Donald Trump, croit le délégué du Dakota du Nord Robert Harms, joint par Le Devoir à Cleveland. « Je suis en politique depuis 30 ans et je pense que Cruz a fait une énorme gaffe politique [en n’appuyant pas Trump]. Ted Cruz reste centré sur lui-même ; ça le heurte politiquement et ça galvanise les républicains autour du candidat présidentiel. Son discours aura surtout révélé que la vaste majorité des républicains présents veulent qu’on se rallie à Trump. C’est quelque chose qu’on peut entendre et sentir. »

Alors qu’il était sur le plancher du Quicken Loans Arena, à 10 mètres de la famille Trump, M. Harms, qui était encore récemment président du parti républicain au Dakota du Nord, affirme avoir été sur le bout de sa chaise lors du discours de Ted Cruz. « Je me parlais à voix haute en disant : “Vas-y ! Dis-le ! Rallie-toi !”, mais il m’a laissé en plan », raconte-t-il. Puis, l’entrée théâtrale du candidat républicain en périphérie de la scène au moment où la foule scandait « Nous voulons Trump ! » était « probablement l’un des moments politiques les plus dramatiques que j’ai jamais vécus ».

Robert Harms, dont les allégeances pendant les primaires oscillaient entre les candidats Rand Paul, Chris Christie et John Kasich avant de s’arrêter sur Donald Trump, est convaincu que celui-ci saura enfin rallier les républicains. « Je pense que le langage provocateur ne disparaîtra pas. Trump dit ce qu’il pense et ça, je ne crois pas que ça va changer. Mais il se concentrera sur Hillary Clinton et non plus sur d’autres républicains. »

Selon lui, cela apaisera les craintes que partagent encore plusieurs gros noms républicains — Jeb Bush, John Kasich et bien d’autres — à l’égard du candidat. « Trump n’est pas parfait — personne ne l’est. Mais pour les quatre prochaines années, c’est soit Trump, soit Clinton à la Maison-Blanche. » Il n’y aura pas d’hésitation, assure-t-il.

Fier d’être américain, républicain et gai. Dans cet ordre.

Dans une soirée où, hormis Trump, les orateurs avaient un profil plus bas que lors des trois soirées précédentes, le cofondateur du service de paiement en ligne PayPal, Peter Thiel, s’est démarqué en déclarant, sous les applaudissements improbables de la foule : « Je suis fier d’être gai. Je suis fier d’être un républicain. Mais par-dessus tout, je suis fier d’être un Américain. » Un aveu d’homosexualité lors d’une convention républicaine serait une première, a relevé le média américain NPR. L’un des rares entrepreneurs de la Silicon Valley à appuyer Trump a ajouté que la charge que mènent des républicains contre la directive qui laisse les transgenres choisir leur lieu d’aisance (homme ou femme) est « une distraction ». La réaction de la foule a surpris, étant donné que le parti vient d’adopter le programme électoral le plus conservateur de l’histoire, notamment sur les droits des gais.



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