Sanders et Clinton unis contre Trump

Hillary Clinton et Bernie Sanders étaient réunis mardi au New Hampshire pour la première fois en campagne présidentielle.
Photo: Darren McCollester Agence France-Presse Hillary Clinton et Bernie Sanders étaient réunis mardi au New Hampshire pour la première fois en campagne présidentielle.

L’affrontement a été âpre et parfois teinté de mépris mutuel. Mais mardi, sur la scène d’un lycée du New Hampshire, Bernie Sanders et Hillary Clinton ont scellé à grand renfort de compliments leur réconciliation en vue de la convention démocrate et de l’élection présidentielle de novembre. Avec un mot d’ordre en tête : unité.

Toute ambiguïté est maintenant levée : Hillary Clinton « a gagné le processus des primaires démocrates et je la félicite pour cela », a lancé M. Sanders dans un rassemblement qui voulait marquer un tournant dans la campagne. « Je soutiens Hillary Clinton. Et je ferai tout ce que je peux pour m’assurer qu’elle sera la prochaine présidente des États-Unis. »

Je soutiens Hillary Clinton. Et je ferai tout ce que je peux pour m’assurer qu’elle sera la prochaine présidente des États-Unis.

 

Il aura donc fallu 35 jours après la victoire mathématique de Mme Clinton dans les primaires démocrates pour que M. Sanders lui donne officiellement son appui. Et il l’a fait mardi en prenant soin de rappeler que plus de 12 millions d’électeurs ont voté pour lui et sa campagne de révolte contre Wall Street et les inégalités. « La révolution continue », a-t-il notamment lancé après avoir fait la liste des thèmes qu’il a défendus durant son étonnante campagne.

Dans son discours, Bernie Sanders a évité de rappeler les points de divergence qui demeurent entre lui et Hillary Clinton, notamment la question du Partenariat transpacifique. Il a plutôt souligné ce qui les rassemble : création d’emplois, hausse du salaire minimum horaire à 15 $, lutte contre les changements climatiques, aide aux étudiants, meilleur accès aux soins de santé. Cela tout en consacrant de nombreuses diatribes à Donald Trump

« Nous sommes plus forts ensemble, a pour sa part lancé Hillary Clinton. Nous joignons nos forces pour battre Donald Trump, gagner en novembre et construire un avenir en lequel nous pouvons croire », a-t-elle déclaré en reprenant le slogan de campagne de M. Sanders. Mme Clinton s’est aussi permise d’utiliser une formule chère à son ex-adversaire en disant : « Nous avons besoin d’une économie qui marche pour tout le monde, pas seulement pour ceux au sommet. »

Ralliement

« Les deux ont vraiment voulu dégager une impression d’unité, estime Christophe Cloutier, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. C’est une chose que les démocrates ont, contrairement aux républicains. »

Avec le rapprochement des camps Clinton et Sanders dans les dernières semaines, tout permet de penser que la « majorité des partisans de M. Sanders va maintenant se rallier » à la candidature de Hillary Clinton, pense M. Cloutier. Un sondage Pew Poll publié cette semaine indiquait déjà que 85 % des partisans de M. Sanders prévoient de voter pour Mme Clinton.

Pour l’historien Gil Troy (Université McGill) — auteur de plusieurs livres sur les Clinton et la présidence américaine —, l’opération de mardi était certes « très chorégraphiée », mais néanmoins importante. « La perspective que Donald Trump l’emporte rendait la position de Bernie Sanders intenable, dit-il. Je pense qu’il a senti le fantôme de Ralph Nader [candidat indépendant dont la présence a probablement coûté la présidence à Al Gore en 2000]. La dernière chose qu’il voudrait, c’est que M. Trump l’emporte… et qu’il soit associé à cette victoire. Alors il n’avait pas vraiment le choix d’envoyer le message à ses partisans de voter pour Mme Clinton. »

 

Non verbal

Pourra-t-il influencer davantage le contenu de la campagne de la candidate Clinton ? Gil Troy en doute. « Je pense que Hillary Clinton est encore furieuse contre lui, d’avoir dû lutter si fort et si longtemps. » « Son tour sous le soleil est pas mal terminé », ajoute Christophe Cloutier.

Si le rassemblement de mardi tenait du « love in », M. Troy surveillera de près le langage non verbal de Bernie Sanders lors de la convention démocrate qui aura lieu du 25 au 28 juillet : une manière d’évaluer la sincérité de son soutien à Hillary Clinton. « En 1980, Ted Kennedy avait évité de donner une accolade à Jimmy Carter, rappelle-t-il. Ces gestes-là marquent les esprits. »