Micah Johnson, un ex-soldat empli de colère

Micah Johnson
Photo: Agence France-Presse Micah Johnson

Lorsque les premiers coups de feu ont retenti dans le centre-ville de Dallas, les policiers visés n’ont pas compris d’où ils venaient. De longues secondes se sont écoulées, puis les tirs ont repris, d’un autre endroit. Et d’un autre encore. Dans un premier temps, les autorités ont fait état d’au moins trois tireurs, positionnés en hauteur et en triangle pour ne laisser aucune chance aux victimes. En réalité, le massacre perpétré jeudi soir, en marge d’une manifestation contre les violences policières, a été commis par un seul homme, préparé et entraîné.

L’enquête ne fait que débuter. De nouveaux éléments émergeront au cours des prochaines semaines. Ils permettront d’affiner le trait. Mais d’ores et déjà, un premier profil de Micah Johnson, l’auteur de cette tuerie, se dessine. Celui d’un vétéran noir américain, fasciné par les armes et rongé par un racisme grandissant. « Il voulait tuer des Blancs, a expliqué le chef de la police de Dallas. En particulier des policiers blancs. » Douze agents sont tombés sous ses balles. Cinq d’entre eux, âgés de 32 à 55 ans, en sont morts.

Ancien réserviste

Ce très lourd bilan, le pire pour les forces de l’ordre américaines depuis le 11 septembre 2001, s’explique par plusieurs facteurs : l’effet de surprise, la position surélevée du tireur et son aptitude au maniement des armes. Le massacre n’était pas improvisé. À son domicile, les autorités ont découvert un arsenal de guerre : du matériel servant à fabriquer des bombes, des fusils, des munitions, des gilets pare-balles et un carnet de tactiques de combat, dans lequel il avait écrit sur la méthode dite du shoot and move — tirer, se déplacer et recommencer. Une technique qu’il a mise à exécution jeudi avec une efficacité glaçante, faisant croire à l’existence de plusieurs tireurs. À un quotidien local, des voisins ont raconté l’avoir vu effectuer dans son jardin ce qui ressemblait à des « exercices d’entraînement militaire ».

Fasciné très jeune par le monde militaire, il suit à l’adolescence un programme de formation, soutenu par l’armée américaine. Dès sa sortie du lycée en 2009, il s’engage comme réserviste dans une brigade du génie. Spécialiste en maçonnerie et charpenterie, il est déployé en Afghanistan de novembre 2013 à juillet 2014. Selon plusieurs médias, sa mission aurait été écourtée après des accusations de harcèlement sexuel. Il quitte finalement l’armée au printemps 2015.

Vengeance

Depuis le drame, sa famille reste silencieuse, à l’exception d’un message posté sur Facebook — et effacé depuis — par sa jeune soeur, Nicole. « Les médias diront ce qu’ils pensent, mais ceux qui le connaissaient savent que cela ne lui ressemblait pas », a-t-elle écrit. Ses proches se confient peu à peu. Comme souvent, beaucoup tombent des nues et le décrivent comme un homme sans histoire. « C’était un mec plutôt sympa. Il avait de bonnes ondes. Je ne sais pas comment cela a pu se passer », dit au Daily Beast Israël, qui jouait au basket avec lui et le dit « éduqué » mais « pas très politisé ». D’autres, au contraire, évoquent ses positions tranchées. « Il était toujours très affecté par les histoires impliquant la police et était extrêmement fier d’être noir, confie au Dallas Morning News Caitlyn Lennon, une amie et ancienne collègue de travail. Je ne peux qu’imaginer à quel point il était énervé en voyant toutes les fusillades de l’année écoulée. »

Lors des négociations avec la police, Micah Johnson a confié qu’il était « en colère » après la mort de plusieurs Noirs américains tués par la police. À quel moment cette colère s’est-elle transformée en désir de vengeance ? L’ancien soldat s’est-il autoradicalisé ? L’enquête apportera peut-être des réponses. Mais une chose est sûre : sur son profil Facebook — désactivé depuis —, il avait affiché ces derniers mois son soutien à des groupes extrémistes noirs, dont l’African American Defense League. Classé comme un groupe radical, au même titre que les suprémacistes blancs du Ku Klux Klan, ce groupuscule appelle régulièrement à des violences contre la police. Quelques minutes après la tuerie de Dallas, son fondateur a posté ce message sur Instagram : « Nous n’avons pas d’autre option ! Nous devons tuer des officiers blancs à travers le pays ! » Micah Johnson en a tué cinq. Il est mort quelques heures plus tard, dans l’explosion d’une bombe télécommandée de la police de Dallas.

 

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2 commentaires
  • Francois Cossette - Inscrit 11 juillet 2016 10 h 18

    La comme a bien des places, les politiciens, les medias, les religieux allument des meches un peu partout. La majorité finisse par s'eteindre d'eux memes mais parfois il y en a une qui explose, comme dans ce cas-ci.

    Ce qui fait la différence dans le cas des usa, c'est la disponibilite des armes a feu. Il aurait ete bien plus difficile de faire ce genre de carnage avec un couteau de poche.

    La ou tout le monde est armé, il n'existe aucune sécurité, la betise humaine et la cupidité ont entrainé les usa ou ils sont et on sait tres bien que tout cela ne finira jamais bien.

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 11 juillet 2016 16 h 32

      De plus, bien des gens aux U.S.A. sont entrainés très jeunes aux armes et à la guerre. Plusieurs jeunes américains ont déjà tué des afghans, des irakiens, etc.

      Ils ont ainsi appris à ne pas trop s'en faire devant la mort de la personne ennemie, de la personne à détester et à éliminer.

      D'autres ont fait leur apprentissage souvent en famille dans les ''stand'' de tirs.

      Dans le cas de Dallas, l'ennemi pour ce jeune noir était le policier blanc, celui qui tire 21 fois plus souvent sur un noir que sur un blanc, toutes proportions gardées.

      Dans l'église de Charleston il y a pratiquement une année jour pour jour, c'était un jeune blanc qui détestait les noirs et qui en a tué neufs avec une arme à feu.

      Malheureusement, ça se reproduira, les américains ont banalisé les armes à feu, même les semi-automatiques, et ont appris à s'en servir pour plusieurs occasions qu'ils croient justes à leurs yeux.

      Je pense ici entre autres à George Zimmerman un simple citoyen qui jouait à la police en Floride en 2012, et qui a abattu un jeune noir de 17 ans, non armé, simplement parce qu'il n'aimait pas son allure. Zimmerman a été acquitté. Il a même mis aux enchères l'arme du crime, disant qu'elle est passée à l'histoire du pays.