États-Unis: plus de 200 arrestations et de vives tensions entre Noirs et policiers

Les forces de l’ordre américaines ont procédé à plus de 200 interpellations dans plusieurs villes lors de manifestations dans la nuit de samedi à dimanche, dans un contexte de vives tensions entre Noirs et policiers, selon la police et les médias.

Ces arrestations sont intervenues 48 heures après qu’un ancien soldat noir a ouvert le feu sur des policiers de Dallas, tuant cinq d’entre eux et en blessant sept autres.

Le président Barack Obama se rendra mardi dans cette grande ville du Texas, où il s’exprimera lors d’une cérémonie œcuménique, a annoncé dimanche la Maison-Blanche.

Mais les manifestants qui se sont rassemblés samedi soir voulaient eux rendre prioritairement hommage aux Noirs abattus par des policiers, après deux décès emblématiques, en Louisiane et dans le Minnesota, filmés par des témoins. Ces vidéos ont été visionnées des millions de fois sur Internet et ont choqué l’opinion publique.

Un autre Noir a succombé après avoir été touché par des tirs policiers samedi à Houston, la première ville du Texas. Alva Braziel portait une arme de poing qu’il a refusé de lâcher, a assuré la police citée par la presse.

Plus de 500 personnes ont déjà été tuées par balle par la police en 2016 aux États-Unis, selon une base de données compilée par le Washington Post. Philando Castile en fait partie. Cet employé de cantine scolaire a été mortellement blessé mercredi sur une route de Saint Paul, lors d’un banal contrôle routier.

21 agents blessés
Un total de 21 agents maintenant l’ordre dans cette ville du Minnesota ont été blessés dans la nuit de samedi à dimanche, ont indiqué les autorités, quand une manifestation a dégénéré, les participants jetant des pierres et refusant d’évacuer un axe routier. Un total de 102 personnes ont été interpellées.

« Cela n’a rien à voir avec le deuil, cela n’a rien à voir avec une manifestation, cela s’appelle une émeute, cela s’appelle de la violence », a déclaré le maire de Saint Paul, Chris Coleman. « Nous ne tolérerons pas ce genre de violences inqualifiables ».

« Les manifestants se sont transformés hier soir en délinquants. Je suis littéralement révolté par les actes de certains d’entre eux. Nous ne l’accepterons pas », a prévenu pour sa part le chef de la police de la ville, Todd Axtell.

Manifestation tendue à Baton rouge
Une autre manifestation tendue s’est déroulée à Baton Rouge, ville de Louisiane où un Noir, vendeur de CD à la sauvette, a été plaqué au sol par deux policiers avant d’être abattu mardi à bout portant. Plus de 100 personnes ont été interpellées selon la presse locale citant la police.

Lors de ce rassemblement, Deray McKesson, une figure du groupe « Black Lives Matter » (les vies des Noirs comptent), mouvement à la pointe des dénonciations des bavures policières à l’encontre des Noirs, a filmé sa propre arrestation via l’application Periscope.

« La police nous a provoqués toute la nuit », a affirmé ce militant très actif sur les réseaux sociaux. Dans une vidéo on entend des manifestants, suivis par des policiers, scander : « Pas de justice, pas de paix, police raciste ». Puis l’image disparaît brutalement et on entend : « Police. Vous êtes en état d’arrestation, ne vous débattez pas ».

« L’heure a sonné de dire “trop, c’est trop” ! », a réagi sur CNN dimanche Cornell William Brooks, le président de la NAACP, la plus grande organisation de défense des Noirs américains. « Un jeune Noir court 21 fois plus de risques qu’un Blanc de perdre la vie en étant confronté avec la police », a-t-il souligné.

Appels au calme 
Dimanche depuis Madrid, le président Obama a renouvelé ses appels au calme, en précisant que les attaques contre les policiers « desservaient la cause » de ceux qui s’inquiètent légitimement des carences du système judiciaire américain.

Le tireur « dément » qui a endeuillé jeudi soir cette grande ville du Texas ne représente ni les Noirs américains, ni « l’esprit avec lequel nous devons aller de l’avant », a dit M. Obama.

Cet ancien soldat nommé Micah Johnson avait « d’autres projets dévastateurs », a révélé dimanche le chef de la police de Dallas, au vu de l’arsenal de guerre retrouvé chez lui.

Menaces
Signe de la nervosité qui continue à régner, le quartier général de la police de Dallas a été mis en alerte pendant quelques heures samedi après avoir reçu une menace contre ses fonctionnaires. Les recherches n’ont toutefois rien donné.

Autre illustration, l’archipel des Bahamas, dont plus de 90 % de la population est noire, a appelé ses citoyens en vacances aux Etats-Unis à faire preuve de prudence en présence de la police.

« En particulier, il est demandé aux jeunes hommes de faire preuve d’une extrême prudence dans les villes concernées s’ils se retrouvent en contact avec la police. Evitez la confrontation et soyez coopératifs », a indiqué le ministère des Affaires étrangères des Bahamas sur son site Internet.
 

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1 commentaire
  • Maryse Veilleux - Abonnée 10 juillet 2016 12 h 19

    Cancres sociaux

    Ce pays fait figure de cancre social, et certains de leurs élus font tête de proue. "Cela n'a rien à voir avec le deuil, cela s'appelle une émeute, cela s'appelle de la violence", non mais il pense quoi?... comme si ces dérapages sociaux n'avaient aucune racine, il ne fait que marteler ce message pour justifier la brutalité et poursuivre les arrestations.