La mort filmée d’un Noir abattu par la police choque une Amérique déjà en deuil

La vidéo d’un Noir agonisant après avoir été abattu par un policier dans le Minnesota, visionnée plus de trois millions de fois jeudi, a choqué une Amérique déjà endeuillée par une affaire semblable en Louisiane et rouvert la plaie des brutalités policières aux États-Unis.
 

Ces morts coup sur coup sont le symbole d’un « grave problème » dans la société américaine, a déploré jeudi Barack Obama.
 

« Ce qui est clair, c’est que ces fusillades meurtrières ne sont pas des incidents isolés », a ajouté le président américain, qui a pour habitude de s’exprimer après ce genre d’événements.
 

« Elles sont symptomatiques de défis plus larges au sein de notre système judiciaire », a-t-il lancé, ainsi que « des disparités raciales qui apparaissent dans le système année après année et le manque de confiance qui en résulte entre les forces de l’ordre et de trop nombreuses communautés ».
 

Enquête

Pour la seconde fois en autant de jours, une enquête fédérale sur l’homicide d’un homme noir par la police a été réclamée jeudi. Le gouverneur du Minnesota (nord) Mark Dayton a demandé à la Maison-Blanche « que le ministère américain de la Justice démarre immédiatement une enquête fédérale indépendante sur cette affaire », assurant que « justice sera rendue ».
 

Sur les images, filmées mercredi soir par la petite amie de la victime et diffusées en direct sur Facebook Live, on voit gémir Philando Castile, un employé de cantine scolaire de 32 ans dont le tee-shirt blanc est maculé de sang au niveau du bras et du thorax, sur le siège conducteur d’une voiture.
 

Le jeune homme est atteint par plusieurs balles et se vide de son sang, tandis qu’un policier le tient en joue, sous les yeux de la fillette de quatre ans de sa compagne, assise sur la banquette arrière.

 

« Oh mon Dieu, ne me dites pas qu’il est mort, ne me dites pas que mon petit ami s’en est allé juste comme ça […]. Vous lui avez tiré quatre balles dessus, Monsieur », s’insurge Diamond Reynolds, dans la vidéo de dix minutes.
 

En cherchant ses papiers

Elle explique que le policier a tiré sur son ami, dans la ville de Falcon Heights, alors qu’il cherchait ses papiers d’identité après que la voiture a été arrêtée pour un phare cassé.
 

Lors du contrôle, a-t-elle raconté jeudi à des journalistes après avoir passé la nuit en détention, l’agent a émis des demandes contradictoires, exigeant de Philando Castile qu’il lève les mains en l’air et qu’il présente ses papiers d’identité, qui se trouvaient dans sa poche arrière.
 

Castile, dont la mort a été déclarée à l’hôpital, avait prévenu le policier qu’il possédait une arme, a-t-elle dit, pour laquelle il avait un permis.
 

« Rien dans son langage corporel ne laissait entrevoir de l’intimidation. Rien dans son langage corporel ne disait "tire-moi dessus". Rien dans son langage corporel ne disait "tue-moi je veux mourir" », a-t-elle relevé, dénonçant des policiers « très très racistes ».

« Ils sont là pour nous assassiner, ils sont là pour nous tuer parce que nous sommes Noirs », a protesté Diamond Reynolds, qui en veut pour preuve que les policiers n’ont « pas essayé de prendre son pouls » après avoir tiré sur le trentenaire.
 

« Je pense qu’il était juste Noir au mauvais endroit », avait déclaré, résignée, sa mère Valerie Castile sur CNN.
 

La police, pour sa part, a simplement confirmé la mort d’un homme tard mercredi après un contrôle routier dans la ville du Minnesota.

 

Gros effet

L’effet des images, troublantes en elles-mêmes, a été décuplé par l’impression d’enchaînement des brutalités policières envers les Noirs, sujet de tensions latentes aux États-Unis.
 

Hasard du calendrier, un policier était jugé jeudi à Baltimore pour l’homicide de Freddie Gray, affaire emblématique de ce jeune Noir mortellement blessé dans un fourgon de police il y a plus d’un an. La cité portuaire s’était à l’époque embrasée et avait connu des émeutes raciales, comme Ferguson avant elle.
 

Surtout, l’affaire Philando Castile intervient après un autre homicide qui s’est produit mardi en Louisiane et a pris une ampleur nationale lorsqu’une vidéo a été diffusée.
 

Les autorités américaines ont lancé mercredi une enquête fédérale sur la mort sous des balles de la police d’Alton Sterling, un Noir de 37 ans.
 

Sur la vidéo amateur, qui ne montre pas toute la séquence des faits, ce vendeur de CD à la sauvette semble refuser d’obtempérer aux agents. Il est plaqué et maîtrisé au sol par deux policiers.
 

« Il est armé ! », entend-on crier. Les deux policiers dégainent alors leur arme et plusieurs détonations retentissent. M. Sterling semble avoir été abattu à bout portant.
 

Sur une seconde vidéo ayant émergé plus tard et filmée sous un autre angle, le père de cinq enfants est vu saignant abondamment du thorax.
 

Les deux policiers impliqués ont été mis en congés pendant la durée de l’enquête.

6 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 7 juillet 2016 09 h 45

    Surpris ?

    Il aurait fallu qu'un voisin possédant une arme, puisse tirer sur le policier avant que ce dernier ne puisse tirer sur le suspect...

    Au paradis du "pow pow" tout est possible.

    N'est-ce pas.

    Tsé veux dire...!

  • André Mainguy - Inscrit 7 juillet 2016 10 h 36

    La mort fait partie de la vie des noirs au USA

    Au pays de l'oncle Sam, il est très dangereux d'être un noir, si ce dernier entre en contact avec un ou des policiers blancs.

    Semaine après semaine, jour après jour, on apprend qu'un noir maîrisé par des policiers est abattu par l'un de ces derniers.

    Est-ce que l'Amérique est encore un pays démocratique ?

  • Sylvain Auclair - Abonné 7 juillet 2016 12 h 26

    Des armeses pour se protéger

    Qui dit qu'avoir des armes permet de se protéger?

    • François Dugal - Inscrit 7 juillet 2016 17 h 10

      Qui a dit?
      La NRA, monsieur Auclair

  • André Côté - Abonné 7 juillet 2016 16 h 21

    On presse la gachette

    Une affaire à faire frémir. Et une fois de plus, au delà du problème raciste endémique dans ce pays, l'accès déraisonnable aux armes à feu fait en sorte qu'au moindre soupçon de leur présense, on presse la gachette. Cet incident le démontre une fois de plus.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 7 juillet 2016 17 h 07

    permis de tuer

    Pourquoi leur donne t-on le droit de tuer?