Le rapport sur Benghazi met une fois de plus Clinton sur la sellette

Une commission du Congrès américain dominée par les républicains a publié mardi son rapport sur l’attaque de la mission américaine à Benghazi en 2012, accusant Hillary Clinton, alors secrétaire d’État, d’avoir minimisé la menace extrémiste en Libye.

En 800 pages, ce rapport revient sur la nuit du 11 septembre 2012, lorsque des assaillants extrémistes avaient attaqué en Libye l’enceinte diplomatique américaine à Benghazi et l’annexe de la CIA située à proximité, tuant l’ambassadeur Chris Stevens et trois autres Américains.

Mais après deux ans d’enquête et sept millions de dollars d’argent public déboursés, aucune révélation fracassante susceptible de porter un coup fatal à la campagne d’Hillary Clinton pour la présidentielle de novembre ne semblait s’être glissée dans l’épais dossier.

« Je laisserai le soin à d’autres de commenter ce rapport, mais il me semble assez clair qu’il est désormais temps de tourner la page », a réagi la candidate démocrate, que cette histoire empoisonne depuis des années. Elle avait défendu ses décisions devant cette commission au cours d’une audition marathon de 11 heures en octobre 2015.

Le rapport renforce toutefois la thèse que l’administration américaine a été trop lente à mesurer la montée du danger pesant sur ses diplomates en Libye. Et qu’elle a été trop rapide à attribuer les faits à une poussée de colère isolée, au lieu de reconnaître qu’il s’agissait d’une attaque terroriste.

De quoi envenimer encore une campagne présidentielle déjà virulente, d’autant que son opposant républicain dans la course à la Maison-Blanche Donald Trump se fait un plaisir à exploiter l’affaire, l’accusant notamment récemment d’avoir laissé mourir l’ambassadeur pendant qu’elle « dormait profondément ».

Le président de la commission d’enquête, le républicain Trey Gowdy, a défendu la valeur d’un travail fondé sur « plus de 100 auditions, dont 80 de témoins qu’aucune autre commission parlementaire n’avait interrogés, et des dizaines de milliers de pages de documents ».

Pour un autre membre républicain de la commission, Mike Pompeo, l’affaire est claire : « Nous attendons de notre gouvernement qu’il fasse tout ce qui est possible pour préserver la vie des Américains qui se mettent en danger [pour servir le pays]. Ce n’est pas ce qui s’est passé ».

« La politique a primé sur la vie d’Américains », a-t-il asséné.

Considérations politiques

Le rapport ne met pas en évidence de retard dans l’opération de sauvetage du personnel pris au piège dans la mission diplomatique. Mais il souligne des points montrant que des considérations politiques ont pu jouer dans la communication de l’administration sur les événements, alors que le président Barack Obama était engagé dans une difficile bataille électorale contre le républicain Mitt Romney.

Dans les jours suivant l’attaque, des responsables de l’administration avaient blâmé une manifestation contre un film islamophobe produit aux États-Unis, qui aurait dégénéré.

Or, le rapport des républicains affirme que plusieurs membres de l’administration ont très vite su qu’il s’agissait d’une « attaque terroriste » planifiée, et non une poussée de colère localisée.

Il évoque également une possible hésitation dans le déploiement de Marines basés en Espagne, les précédentes enquêtes ayant toutefois établi qu’aucune force militaire américaine n’aurait pu arriver à temps pour sauver les diplomates.

Les membres démocrates de la commission d’enquête ont eux dénoncé son contenu.

Clinton dénonce le « ton partisan »

De son côté, Hillary Clinton a souligné depuis Denver que la commission « n’a rien trouvé qui contredise les conclusions » d’un premier rapport indépendant élaboré par le département d’État, « ni les conclusions des précédentes et nombreuses enquêtes parlementaires mixtes au Congrès ». Et elle a dénoncé « le ton partisan » du nouveau rapport.

La Maison-Blanche l’a également éreinté. Son porte-parole Josh Earnest a assuré qu’il n’avait fait que prouver que « les théories de la conspiration qui ont fleuri du côté républicain sont des fantasmes politiquement motivés ».

« Les faits essentiels concernant les attaques de 2012 à Benghazi sont connus depuis longtemps », a souligné Mark Toner, porte-parole de la diplomatie américaine.

Reste que l’enquête sur Benghazi a conduit à l’autre affaire pesant sur la campagne électorale d’Hillary Clinton : son usage d’un serveur privé de courriels plutôt qu’un compte gouvernemental lorsqu’elle était secrétaire d’État.

Cet arrangement a été découvert par les enquêteurs parlementaires lorsqu’ils ont réclamé les communications de la démocrate relatives à la Libye.