Les femmes et Clinton

Des partisanes d’Hillary Clinton, dans un rassemblement organisé par l’organisme Planned Parenthood, vendredi
Photo: Alex Wong Getty Images Agence France-Presse Des partisanes d’Hillary Clinton, dans un rassemblement organisé par l’organisme Planned Parenthood, vendredi

Depuis qu’il n’a plus qu’elle comme adversaire, Donald Trump reproche régulièrement à Hillary Clinton de jouer la « carte des femmes ». À l’entendre, ce serait là son seul et unique atout. Le candidat républicain présumé à la présidence s’est permis d’ajouter que « les femmes ne l’aiment même pas ».

Il est vrai que l’ancienne première dame ne soulève pas un enthousiasme délirant au sein de l’électorat dans son ensemble, mais elle détient tout de même sur le coloré milliardaire un avantage de quelques points de pourcentage chez les femmes qui ont déclaré une préférence dans les sondages.

Le vote féminin a presque toujours différé sensiblement de celui des hommes aux États-Unis, et ce, depuis plusieurs décennies. Cette différence pourrait s’avérer particulièrement déterminante aux élections de novembre.

Ce n’est pas fini !

Rien n’est encore joué, cependant, puisqu’il reste cinq longs mois de campagne d’ici le scrutin et que M. Trump devance légèrement l’ancienne secrétaire d’État dans certains sondages récents, bien que pas dans tous les sondages. Soit dit en passant, Bernie Sanders, qu’elle a battu assez clairement lors des primaires démocrates, aurait été en meilleure position pour l’emporter sur Donald Trump, selon certaines enquêtes. Ce détail a sans doute joué dans la décision du sénateur du Vermont de disputer l’ultime élection primaire, dans le District de Columbia (Washington), question de se présenter à la convention démocrate en juillet dans une position suffisamment forte pour faire pencher le parti un peu plus à gauche.

À première vue, on peut penser que, pour la suite des choses, la meilleure stratégie consiste pour la candidate démocrate à continuer de jouer la carte féministe à fond et ainsi faire le plein de votes chez les femmes qui demeurent indécises. Elle peut se fonder sur le fait que les électrices démocrates l’ont largement préférée à Bernie Sanders dans certains États lors des primaires.

Ce n’est évidemment pas aussi simple que cela. « Si le message féministe est poussé trop loin, cela peut se retourner contre elle. La position d’Hillary Clinton est précaire parce qu’elle n’est pas aimée de la majorité des électeurs. Mais comme son adversaire [Donald Trump] est très vulnérable devant l’électorat féminin, elle prend un risque calculé », croit Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand. La majorité des hommes se déclarent plus enclins à voter pour Donald Trump que pour Hillary Clinton, selon la plupart des sondages d’opinion.

Huit ans plus tard

La carte féminine, voire féministe, Hillary Clinton la joue actuellement très fort, contrairement à ce qu’elle avait fait lors de la campagne de 2008, qui avait mené au triomphe de Barack Obama à ses dépens. Il y a huit ans, elle avait plutôt tenté de convaincre les Américains et les Américaines qu’elle pourrait faire aussi bien qu’un homme, sans toutefois mettre en avant ses qualités typiquement féminines.

Cette semaine, on a pu voir en boucle des extraits du discours qu’elle a prononcé à l’issue du dernier « Supermardi », au terme duquel elle a raflé quatre États, dont la Californie. Elle a alors souligné avec emphase le caractère « historique » de cette victoire, qui lui assure pratiquement l’investiture démocrate. Elle deviendra en effet la première femme à briguer la présidence sous les couleurs d’un des deux grands partis.

Les préférences des hommes et des femmes lors d’élections présidentielles ont souvent différé de façon marquée aux États-Unis, à tout le moins au cours des six dernières décennies. Depuis 1992, les femmes votent plus volontiers pour les candidats démocrates et les hommes, sauf exception, pour les candidats républicains.

À titre d’exemple, en 2000, George W. Bush obtenait 11 % de votes de plus qu’Al Gore chez les électeurs masculins, tandis que ce dernier se voyait créditer de 10 % de suffrages de plus de la part des électrices. Le réseau National Public Radio a dressé à cet égard sur son site Internet un tableau éloquent en se basant sur les résultats de divers sondages de sortie des urnes.

Gauche-droite

« Les démocrates sont plus à gauche que les républicains. Ils favorisent davantage l’intervention de l’État et le développement du secteur public, alors que les femmes sont particulièrement nombreuses à occuper des emplois financés par des fonds publics. Ce n’est d’ailleurs pas un phénomène spécifique aux États-Unis », fait remarquer Rafael Jacob.

Il faut souligner un paradoxe. C’est en grande partie en raison de leurs politiques plus progressistes sur le plan socio-économique que les femmes tendent à voter pour les démocrates. Lors des récentes primaires, pourtant, elles ont majoritairement choisi Hillary Clinton de préférence à Bernie Sanders même si c’est davantage ce dernier qui a mis en avant des politiques de type sociales-démocrates. Le sénateur du Vermont a ainsi séduit les jeunes et une bonne partie des électeurs démocrates associés à la gauche traditionnelle.

Depuis le début de l’année, on a assisté à de véritables débats au sein du parti, ce dont se réjouit notamment la chroniqueuse Gail Collins du New York Times. « Les démocrates n’auront peut-être pas besoin de l’appui de tous les pro-Bernie en novembre, mais le parti a certainement besoin d’une transfusion de sang progressiste à tous les niveaux. Franchement, on dirait que tous ses élus sont à leur poste depuis l’époque du disco », écrivait-elle jeudi.

« C’est une course très serrée, qui divisera aussi bien les démocrates et les républicains que les jeunes et les vieux, les Noirs et les hispanophones, les maris et les femmes, pendant les mois à venir », a résumé Tim Malloy, l’assistant directeur de l’institut de sondage Quinnipiac, cité récemment par le magazine TIME.

Comme on l’a souligné à juste titre, la présence d’une femme dans la course revêt un caractère historique. D’autres caractéristiques, beaucoup moins enthousiasmantes, la distingueront des précédentes, au premier chef le fait que la majorité des Américains n’aiment aucun des deux candidats qui croiseront le fer.

 

Ce texte fait partie de notre section Perspectives.

 

2 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 11 juin 2016 10 h 56

    Bernie Sanders

    Pour accompagner la candidature de Hillary Clinton à la présidence des États-Unis, il me semble qu'il serait génial d'avoir Bernie Sanders comme vice-président, s'il le voulait bien.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 juin 2016 19 h 20

    Un certain Tim Malloy a dit :

    « C’est une course très serrée, qui divisera aussi bien les démocrates et les républicains que les jeunes et les vieux, les Noirs et les hispanophones, les maris et les femmes, pendant les mois à venir. »

    À mon avis, les Noirs et les hispanophones ne seront pas divisés: ils voteront majoritairement pour les démocrates.