Votre guide pour les primaires américaines

Vous êtes perdus dans le dédale des primaires? Normal, la vie partisane est décentralisée à l’extrême aux États-Unis, ce qui en fait un processus électoral des plus byzantins. Pour vous y retrouver, suivez le guide, en retenant que pour tous les candidats qui aspirent à porter les couleurs de leur parti lors de la présidentielle, ce marathon électoral se résume à un simple enjeu mathématique : recueillir le plus grand nombre de délégués possible.

Combien y a-t-il des délégués en jeu ? Et combien faut-il en cumuler pour obtenir l’investiture de son parti ?

Il y a au total 2472 délégués chez les républicains et 4765 chez les démocrates. Pourquoi un nombre différent ? Tout simplement parce que les partis jouissent d’une grande liberté dans le choix des règles qui balisent le processus d’investiture. D’où des variantes notoires tout au long de celui-ci.

Mais dans les deux camps, la règle pour gagner est la même: ravir la majorité des délégués (50 % + 1). Dans le « Grand Old Party » (GOP), ça représente 1237 délégués et chez les démocrates, 2383.

Il y a les primaires et les caucus. Quelle est la différence ?

Ils servent le même objectif : attribuer les délégués aux différents candidats en fonction des résultats. C’est le procédé qui est différent.

Les primaires se déroulent comme une élection générale : les États organisent un scrutin lors duquel les électeurs se prononcent en remplissant un bulletin de vote.

Les caucus, pratique plus rare héritée des premières années du système partisan américain, sont organisés par les partis. Des militants et membres du parti se réunissent dans des salles paroissiales, des écoles ou même chez des particuliers. Ils échangent, tentent de se convaincre, puis votent à main levée ou se divisent en autant de groupes qu’il y a de candidats.

Qui peut voter ?
 

Cela varie d’un État à l’autre.

Dans les primaires ouvertes, tout électeur peut voter dans un parti ou dans l’autre. Dans les primaires fermées, seuls les électeurs inscrits comme républicains ou démocrates peuvent voter et ne peuvent le faire que dans le scrutin de leur parti. Enfin, les primaires semi-ouvertes ont les mêmes règles que les fermées, en plus de permettre aux électeurs inscrits comme indépendants de voter dans un scrutin ou dans l’autre.

Les États ou territoires ont-ils tous le même poids ?

Pas du tout. Deux facteurs déterminent le nombre de délégués pour chaque État : la taille de la population et la popularité du parti dans chacun d’eux. Un État qui vote souvent « rouge » lors de la présidentielle verra donc la délégation républicaine gonflée, et inversement pour la délégation démocrate.

Ainsi, si vous êtes un républicain qui remporte haut la main les petits Vermont, Maine, Maryland et Connecticut (des États qui votent plutôt démocrate), mais perdez le gigantesque Texas (qui vote largement républicain), votre série de gains vaudra bien peu à côté de cette unique défaite.

Comment sont distribués les délégués dans chaque État ou territoire ?


Cela dépend du parti, ça dépend de l’État.
 

Les démocrates y vont au plus simple : les délégués sont partout répartis à la proportionnelle. Seule contrainte dans tous les États et territoires : les candidats doivent franchir le seuil de 15 % des voix. Autrement, 0 délégué.

Sous la tente républicaine, comme on surnomme parfois le parti, c’est plus complexe. Trois systèmes cohabitent. Dans les États qui adoptent la proportionnelle, c’est comme chez les démocrates. Sauf que les seuils minimaux pour avoir droit à ses délégués varient entre 5 % et 20 %. D’autres États ont adopté un système «winner-take-all», qui octroie tous les délégués au candidat qui a ravi le plus de voix. Enfin, certains États ont un système mixte.

Autre subtilité toute républicaine, les premiers États du calendrier votent à la proportionnelle. Ce n’est qu’à partir du 15 mars que les systèmes « winner-take-all » et mixte se multiplient. Le but : accélérer le cumul des délégués en faveur du meneur, histoire d’éviter une longue et, potentiellement, dommageable lutte au sein du parti.

Enfin, originalité démocrate, le parti a prévu des « superdélégués », qui représentent environ 15 % du total des délégués. Ce sont essentiellement des leaders du parti qui sont entièrement libres de donner leur voix au candidat qu’ils préfèrent.

Et si aucun candidat n’obtient une majorité de délégués (50 % + 1) avant la fin des primaires, que se passe-t-il ?

C’est alors à la convention nationale du parti — événement qui couronne le candidat présidentiel — que ça se décide. Dans un tel scénario, on parle d’une contested convention. C’est rarissime, mais bien probable cette année dans le camp républicain.

Comme d’habitude, un premier tour se tiendra et les délégués se prononceront. Si aucun candidat n’obtient une majorité de délégués, il s’agira alors d’une brokered convention. Un second tour aura lieu, puis un troisième si nécessaire, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’un candidat obtienne plus de 50 % des délégués.

Mais chaque délégué n’est-il pas rattaché à un candidat ? Et pourquoi ce changement de nom, de contested à brokered convention ?

Comme les probabilités d’un tel scénario sont très faibles dans le camp démocrate, concentrons-nous sur les règles propres au GOP.

Lors du premier tour, oui, presque tous les délégués (car il y a de rares exceptions) sont contraints de voter pour le candidat auquel ils sont liés en vertu du résultat électoral dans leur État lors des primaires.

Mais dès le second tour – si second tour il y a –, toute contrainte tombe. Les délégués sont libres d’appuyer le candidat de leur choix, ce qui mène à d’importantes – et potentiellement interminables – négociations. D’où brokered convention (convention négociée).

Voilà pourquoi chaque candidat républicain mène déjà dans l’ombre une campagne parallèle, État par État, afin de convaincre les délégués de l’appuyer au cas où un second tour devait se tenir à la convention nationale.

Qu’arrive-t-il avec les délégués remportés par les candidats qui ont jeté l’éponge en cours de route : Marco Rubio, Ben Carson, Jeb Bush, Carly Fiorina, Ron Paul et Mike Huckabee ?

Les possibilités sont nombreuses. C'est le parti, dans chaque État, qui décide de leur sort.

Dès le premier tour à la convention, plusieurs de ces délégués seront des agents libres et pourront donc voter pour le candidat de leur choix. D’autres voteront selon la volonté du candidat auquel ils sont liés, alors que certains devront voter pour « leur » candidat, quoi que veuille celui-ci. Enfin, une minuscule poignée de délégués seront répartis proportionnellement entre les candidats.

Quand et où auront lieu les conventions nationales ?

Les républicains convergeront à Cleveland, en Ohio, du 18 au 21 juillet, tandis que les démocrates se réuniront à Philadelphie, en Pennsylvanie, du 25 au 28 juillet.

Quand le prochain président sera-t-il élu ?

Le 8 novembre.