Barack Obama appelle les Cubains au changement

Barack Obama a prononcé un véritable plaidoyer pour les libertés dans le pays communiste.
Photo: Nicolas Kamm Agence France-Presse Barack Obama a prononcé un véritable plaidoyer pour les libertés dans le pays communiste.

Au dernier jour d’une visite historique, Barack Obama a appelé mardi les Cubains à enterrer le dernier vestige de la Guerre froide avant d’assister, au côté de Raúl Castro tout sourire, à un match de baseball, passion cubaine autant qu’américaine.

« Je pense que les citoyens devraient être libres d’exprimer leurs opinions sans peur », a lancé le président des États-Unis, dans un discours centré sur la réconciliation entre les deux anciens pays ennemis, retransmis en direct à la télévision cubaine.

Assis dans une loge en hauteur, face à la scène, son homologue cubain Raúl Castro, 84 ans, avec lequel il a engagé il y a 15 mois un rapprochement longtemps inimaginable, est resté largement impassible face à ces piques, applaudissant cependant à l’évocation de Nelson Mandela.

Insistant sur ce qui unit Cubains et Américains, défendant le réchauffement des relations entre les deux pays, figées depuis la révolution castriste de 1959, M. Obama a prononcé un véritable plaidoyer pour les libertés dans le pays communiste. « Je crois que les électeurs devraient pouvoir choisir leur gouvernement dans des élections libres et démocratiques », a-t-il martelé, sous les applaudissements d’une partie de la salle. « J’ai clairement dit que les États-Unis n’avaient ni la capacité ni l’intention d’imposer des changements à Cuba », a-t-il ajouté. « Les changements à venir dépendront du peuple cubain ».

L’embargo

Évoquant les critiques récurrentes de La Havane sur les dysfonctionnements et les injustices de la société américaine, M. Obama a reconnu que certaines d’entre elles étaient fondées. « Ce n’est pas facile. Nous avons encore d’énormes problèmes, mais nous travaillons à les résoudre par le biais de la démocratie », a-t-il insisté à l’attention du régime cubain de parti unique.

Le président a reçu une salve d’applaudissements lorsqu’il a appelé le Congrès américain à lever l’embargo qui étrangle l’économie cubaine depuis 1962. « C’est un poids pour le peuple cubain et cela n’a plus lieu d’être », a-t-il lancé. « C’est un poids pour les Américains qui veulent travailler et investir à Cuba. Il est temps de le lever ! »

« Si se puede ! » (Oui, c’est possible), a-t-il conclu, en allusion à son célébrissime slogan électoral « Yes we can ! ».

Barack Obama n’a cependant pas pu prendre un bain de foule à son arrivée ou à sa sortie du grand théâtre Alicia Alonso : les rues de la vieille Havane étaient totalement désertes, sous bonne garde de la sécurité d’État.

Pour Lazaro Bosch, un employé portuaire de 62 ans, « Obama a touché les Cubains » avec son discours. « Nous l’avons écouté avec attention mais, comme il l’a dit, les problèmes de Cuba seront résolus par les Cubains. »

Les opposants

À l’issue de son allocution, il a néanmoins rencontré un groupe d’une douzaine d’opposants cubains à l’ambassade des États-Unis. « Tous les individus autour de cette table ont fait preuve d’un courage

Parmi les invités, le dissident modéré Manuel Cuesta Morua a déclaré que la rencontre avait été très positive. « Il a clairement indiqué qu’il continuerait à appuyer ce type de lutte pacifique et a condamné les violences contre la société civile », a-t-il ajouté.

Était également présente Berta Soler, du mouvement dissident des Dames en blanc, qui avait été brièvement interpellée dimanche par la police quelques heures avant l’arrivée du président américain.

Autre image forte de ce séjour de trois jours : MM. Obama et Castro se sont retrouvés en milieu d’après-midi dans un stade bondé, sans cravate mais avec lunettes de soleil, pour un match de baseball, passion partagée des deux côtés du détroit de Floride.

Air Force One, l’avion présidentiel a décollé peu après 16 h pour rejoindre l’Argentine, deuxième et dernière étape du voyage présidentiel.

J’ai clairement dit que les États-Unis n’avaient ni la capacité ni l’intention d’imposer des changements à Cuba

2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 23 mars 2016 12 h 55

    Un grand président

    Barack Obama voit juste et grand. L'Histoire le reconnaîtra bien un jour; il aura grandement contribué à rendre la liberté aux Cubains.

    M.L.

  • Pierre Lalongé - Inscrit 23 mars 2016 20 h 52

    Au tour des électeurs

    En espérant que les électeurs rééliront un gouvernement démocrate et un congrès démocrate pour continuer le travail.
    L'inertie de la politique internationale des États-Unis est telle que deux mandats sont insuffisants pour faire des réformes dignes de ce nom.