Le Michigan et l’EPA sont dans l’eau chaude

Sommés de s’expliquer sur le scandale de l’eau contaminée au plomb dans la ville américaine de Flint, le gouverneur du Michigan et la directrice de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) sont apparus jeudi en grande difficulté devant une commission parlementaire à Washington.

Essayant de convaincre que cette catastrophe sanitaire résultait d’un « échec à tous les niveaux », le gouverneur républicain Rick Snyder s’est vu reprocher de diluer sa responsabilité. L’administratrice de l’EPA, Gina McCarthy, accusée également d’avoir pendant des mois laissé les enfants de Flint s’empoisonner sans agir, a refusé d’envisager de démissionner.

Les deux responsables sur la sellette ont été bombardés de questions par des élus des deux bords, les démocrates ciblant le républicain Snyder et les républicains préférant s’en prendre à Mme McCarthy, l’EPA étant une agence fédérale sur laquelle Barack Obama s’est appuyé pour promouvoir sa politique environnementale.

Climat tendu

Exercice fréquent sau Capitole, les auditions parlementaires sont souvent l’occasion d’échanges polis, ponctués de remerciements, mais celle-ci s’est déroulée dans un climat tendu, tant cette affaire choque l’opinion publique.

De nombreux habitants de Flint avaient fait le déplacement jusqu’à Washington, sans pouvoir tous entrer dans la salle.

« Si un p.-d.g. avait agi comme l’a fait M. Snyder, il serait poursuivi devant la justice pénale, a lancé le représentant démocrate Elijah Cummings. Nous allons avoir une génération complète d’enfants qui vont souffrir de dommages cérébraux, de difficultés d’apprentissage et de beaucoup d’autres conséquences effroyables de l’empoisonnement au plomb que leur a fait subir l’administration du gouverneur Snyder. »

Flint est une ancienne cité industrielle, aujourd’hui économiquement sinistrée, dans l’Amérique des Grands Lacs. Quelque 57 % de ses 100 000 habitants sont Noirs et plus d’un tiers vivent sous le seuil de pauvreté.

Des remords

Les services du gouverneur Snyder avaient décidé par mesure d’économie d’utiliser en avril 2014 pour le réseau de distribution d’eau de Flint la rivière locale, pourtant acide et polluée. L’eau très corrosive a rongé les conduites en plomb, exposant les habitants au saturnisme.

« Je m’en veux tous les jours de ne pas avoir posé davantage de questions aux experts », a tenté de se défendre M. Snyder, qui a maintenu n’avoir appris la dangerosité de l’eau que 17 mois après le changement de mode de distribution. Ses collaborateurs les plus directs étaient pourtant bien au courant, comme l’ont montré des courriels rendus publics.

« Je ne crois pas que vous ignoriez tout jusqu’en octobre 2015 », a déclaré, cinglant, le député démocrate Matt Cartwright. « Vous n’avez quand même pas été plongé dans un coma artificiel durant un an ! »

M. Snyder et Mme McCarthy ont donné l’impression de se renvoyer la balle, la directrice de l’EPA accusant l’État du Michigan d’avoir transmis des informations minimisant la gravité de la pollution, le gouverneur accusant en retour l’EPA de ne pas avoir pris les mesures nécessaires.

Louvoiements

À plusieurs reprises, les membres de la commission les ont poussés dans leurs retranchements, leur demandant de démissionner en assumant les erreurs manifestes imputables à leurs équipes.

« Est-ce que l’EPA a quelque chose à se reprocher ? » ont demandé des élus, en s’adressant à Mme Mcarthy, qui a louvoyé. « Je ne sais pas si nous avons tout bien fait », a-t-elle assuré, ou encore « L’EPA a travaillé énormément ».

« Vous êtes à côté de la plaque », lui a alors asséné le député républicain Jason Chaffetz, avant de lui conseiller également de démissionner.

Le scandale de Flint illustre selon certains un « racisme environnemental », c’est-à-dire l’exposition disproportionnée des Noirs aux polluants. Elle rappelle aussi l’inquiétante dégradation des infrastructures dans certaines zones urbaines des États-Unis.