Trump récidive, Clinton prépare le duel

Donald Trump a prédit mercredi des émeutes si le Parti républicain devait s’opposer à son investiture, jouant la surenchère face à ceux dans son camp qui entendent lui faire barrage au prix d’une convention houleuse cet été.

Hillary Clinton se prépare pourtant ostensiblement à un duel contre Donald Trump à l’élection présidentielle américaine de novembre, chacun des candidats ayant fortement consolidé mardi soir sa position pour l’investiture aux conventions de juillet.

« Je pense que vous auriez des émeutes, je représente un nombre énorme… des millions de gens », a déclaré le milliardaire sur la chaîne CNN, estimant qu’il devait obtenir l’investiture même s’il ne lui manquait que quelques dizaines de délégués pour avoir la majorité. Pour obtenir l’investiture, le candidat républicain doit obtenir une majorité de délégués, soit 1237.

Par ailleurs, Fox News a annulé mercredi le débat prévu lundi prochain entre les trois candidats à l’investiture républicaine, après l’annonce de boycott de Donald Trump. « Le débat de Salt Lake City est annulé », a indiqué dans un communiqué Michael Clemente, vice-président exécutif des informations de Fox News, qui organisait le débat en partenariat avec le parti républicain.

« Je pense que nous avons eu assez de débats », avait annoncé plus tôt Donald Trump sur la même antenne. Le milliardaire avait prévenu vendredi dernier qu’il estimait qu’il était temps d’arrêter les débats. Douze ont eu lieu depuis août, bien que le milliardaire en ait boycotté un fin janvier dans l’Iowa, également sur Fox News.

Le meneur

Donald Trump mène très largement la course à l’investiture mais son populisme dérange au sein du Parti républicain même et certains évoquent des scénarios alternatifs pour l’écarter. Lors des cinq primaires de mardi, Trump a triomphé en Floride, dans l’Illinois et la Caroline du Nord, mais il a dû concéder l’Ohio à son gouverneur, John Kasich. Les résultats dans un cinquième État, le Missouri, n’étaient pas encore connus mercredi à la mi-journée.

« Si Trump dispose de centaines de délégués de plus que son adversaire, […] il sera extrêmement difficile de lui refuser l’investiture. Et même, tenter de le faire serait garantir un fiasco historique à Cleveland », où se tiendra la convention du parti, souligne le politologue Larry Sabato. Ils ne sont plus que deux républicains à défier Donald Trump : le sénateur texan Ted Cruz et John Kasich, après l’abandon du sénateur de Floride Marco Rubio, cruellement battu à domicile.

Les démocrates

La démocrate Hillary Clinton a de son côté battu Bernie Sanders dans au moins quatre des cinq primaires : Floride, Caroline du Nord, Illinois et même l’Ohio industriel où le sénateur du Vermont comptait pourtant sur le vote ouvrier.

Dans le dernier État, le Missouri, les résultats étaient si serrés (moins de 1 % d’écart avec un léger avantage à Mme Clinton) que le dépouillement a été interrompu et qu’un nouveau comptage était envisagé.

Pour Hillary Clinton, les victoires de mardi amplifient son avance en nombre de délégués pour la convention d’investiture. En comptant les près de 500 super délégués la soutenant, elle dispose de plus de 1500 délégués, contre moins de 800 pour Bernie Sanders. La barre des 2383 est en vue.

« Notre avance en nombre de délégués est si conséquente que même une série de victoires du sénateur Sanders dans les prochaines semaines n’aurait pas beaucoup d’impact sur la position de Mme Clinton », a écrit Robby Mook, directeur de campagne d’Hillary Clinton, dans une note mercredi.

Hillary Clinton s’est donc projetée au-delà des primaires en donnant un aperçu de sa stratégie contre Donald Trump. « Nous allons défendre les travailleurs américains pour que personne n’abuse de nous, ni la Chine, ni Wall Street, ni les dirigeants d’entreprises surpayés », a-t-elle lancé mardi soir à West Palm Beach, à quelques kilomètres de la propriété de Donald Trump où se tenait sa soirée électorale, en Floride.

Elle répliquait ainsi à la fois à Bernie Sanders, qui l’accuse de collusion avec Wall Street, et à Donald Trump, focalisé sur l’idée que les États-Unis se font escroquer par leurs partenaires commerciaux.

Hillary Clinton a aussi clairement ciblé l’homme d’affaires en reprenant ses déclarations. « Quand un candidat à la présidentielle veut rafler 12 millions d’immigrés, interdire aux musulmans d’entrer aux États-Unis, quand il approuve la torture, il n’a rien de fort, a-t-elle tonné. Il a tort. »

Bernie Sanders a jugé lui que la suite du calendrier, jusqu’en juin, lui sera plus favorable. Mais les obstacles, sur cette route, apparaissaient de plus en plus insurmontables.