L’Ohio, l’un des derniers remparts contre Donald Trump

Une défaite dans l’Ohio freinerait les ardeurs du milliardaire Donald Trump.
Photo: Brian Blanco / Getty Images / Agence France-Presse Une défaite dans l’Ohio freinerait les ardeurs du milliardaire Donald Trump.

Un autre mardi de primaires qui a tout de super, sauf le nom. Depuis le « Super Mardi » du 1er mars, ce sont les primaires de ce jour qui mettent le plus de délégués en jeu, et dans le camp républicain, et dans le camp démocrate. Or c’est dans le parti de Ronald Reagan et de George W. Bush que les enchères sont les plus élevées. Si le meneur Donald Trump remporte les deux grands prix de la soirée — la Floride et l’Ohio —, son avance deviendra alors quasi insurmontable. L’Ohio représente toutefois l’un des derniers remparts pour les républicains qui espèrent faire barrage au pétulant milliardaire.

Les primaires républicaines prennent ce mardi un virage qui ne pardonne plus les défaites. Question de règles électorales. Afin d’éviter une longue agonie, la répartition proportionnelle des délégués en fonction des voix devient l’exception. Plusieurs États adoptent ainsi la formule du « winner-take-all », selon laquelle la totalité des délégués vont au candidat qui obtient la pluralité des votes. C’est notamment le cas en Floride et en Ohio, qui octroient un joli pactole de 99 et 66 délégués, respectivement.

Il faut 1237 délégués pour avoir la majorité et ainsi être couronné candidat républicain à la présidentielle. Pour l’heure, Donald Trump mène avec 460 délégués. Il est suivi par Ted Cruz (369), Marco Rubio (163) et John Kasich (63).

Ohio, Ohio, Ohio

Si les sondages avaient valeur de prédiction, Trump l’emporterait dans presque tous les États ce mardi. Il mène partout avec une avance souvent confortable. Seule exception : l’Ohio, où il est virtuellement à égalité dans les intentions de vote avec le populaire gouverneur de l’État, John Kasich.

Selon Rafael Jacob, chercheur associé à l’Observatoire sur les États-Unis à l’UQAM, les chances de l’emporter sont bonnes pour celui qui traîne pourtant en queue de peloton en nombre de délégués. Les raisons ? « En Ohio comme dans plusieurs autres États du Midwest, le plafond des intentions de vote pour Trump est généralement plus bas que dans les États du Sud, où il est particulièrement populaire, fait-il remarquer. Kasich y est très populaire et le vote anti-Trump est moins divisé qu’en Floride. Kasich est clairement en avance parmi ceux qui s’opposent au meneur. »

Effrayées par une fin de semaine émaillée de violence dans les rassemblements du candidat Trump, qui en a rajouté dimanche en menaçant le démocrate Bernie Sanders d’envoyer ses partisans perturber ses activités partisanes, des têtes d’affiche du parti sont venues prêter main-forte à Kasich dans « son » État. Parmi eux : l’ancien candidat républicain à la Maison-Blanche Mitt Romney et l’ex-président de la Chambre des représentants John Boehner.

Pour éviter de diviser le vote contre Trump en Ohio, son rival Marco Rubio, qui n’y récolte que 5 % dans les sondages, a même encouragé les électeurs à voter pour Kasich. Une faveur que ce dernier a toutefois refusé de rendre à Rubio en Floride…

Pauvre Rubio

Les choses vont de mal en pis pour le sénateur de la Floride. En plus de tirer de l’arrière d’environ 20 % derrière Trump et d’être talonné de très près par Cruz selon les derniers sondages, Marco Rubio n’a attiré que des foules clairsemées aux plus récents rassemblements dans « son » État. Ses alliés, conseillers et partisans parlent désormais d’une éventuelle victoire comme d’un « miracle », a rapporté vendredi le New York Times.

« Sauf surprise, Donald Trump ravira les 99 délégués de la Floride, assure Ray La Raja, professeur de science politique à l’Université du Massachusetts. Il est clair que Ted Cruz fait mal à Marco Rubio en lui subtilisant des votes. »

Cruz, grand gagnant ?

Bien que les yeux soient surtout tournés vers l’Ohio et la Floride, reste que trois autres États volumineux en nombre de délégués votent aussi ce mardi : la Caroline du Nord (72 délégués), l’Illinois (69) et le Missouri (52). Et Ted Cruz, qui a concentré ses efforts dans ces États, pourrait bien s’en tirer honorablement et émerger en fin de soirée comme l’un des principaux gagnants, consolidant ainsi sa deuxième place, fait remarquer Rafael Jacob. Trump mène dans ces trois États, mais les sondages placent Cruz dans une solide deuxième position, et deux de ces États octroient leurs délégués de façon proportionnelle.

Mieux encore pour le sénateur du Texas, sa candidature risque fort de profiter dès ce soir de l’éclaircissement du champ de bataille républicain. Il y a fort à parier en effet que Kasich et Rubio, qui ont tous deux misé leur campagne sur l’Ohio et la Floride, respectivement, abandonneront la course en cas de défaite. Ce qui est fort probable pour Rubio. « Cruz serait alors dans une bonne position pour empêcher Trump d’obtenir les 1237 délégués nécessaires pour emporter l’investiture », affirme Rafael Jacob, qui ajoute que les sondages sont sans équivoque sur le fait que dans l’éventualité d’un duel entre Cruz et Trump, les électeurs républicains préfèrent le premier.

Sanders et le Midwest

Du côté des démocrates, l’optimisme règne dans le camp d’Hillary Clinton en Floride et en Caroline du Nord, où des électeurs afro-américains, hispaniques et plus âgés lui sont habituellement favorables. Elle y mène d’ailleurs dans les intentions de vote avec une avance oscillant entre 24 % et 30 %.

C’est dans les trois États du Midwest que cela se corse. Bernie Sanders, qui talonne Clinton en Ohio, en Illinois et au Missouri selon les derniers sondages, espère bien répéter l’expérience de sa victoire-surprise la semaine dernière dans le Michigan, un État du Midwest (il l’avait emporté de justesse malgré les sondages qui le plaçaient une vingtaine de points derrière sa rivale). Le sénateur du Vermont mise entre autres sur sa critique virulente du libre-échange, qui aurait participé au déclin de cette région industrielle et manufacturière.

L’ex-secrétaire d’État a remporté jusqu’ici 14 États ou territoires contre 9 pour Bernie Sanders, avec des marges généralement plus grandes que son rival. Fait notoire, les démocrates continuent d’octroyer les délégués à la proportionnelle, contrairement aux républicains.

En incluant les superdélégués (qui représentent 15 % du total), elle a amassé jusqu’ici 1231 délégués, contre 576 pour Bernie Sanders. Il en faut 2383 pour gagner l’investiture démocrate.