« Maintenant, on gagne, gagne, gagne »

Donald Trump a rencontré ses partisans lundi soir, après les primaires dans le Nevada.
Photo: Ethan Miller Agence France-Presse Donald Trump a rencontré ses partisans lundi soir, après les primaires dans le Nevada.

Donald Trump gagne, gagne, gagne. Des ultra-conservateurs aux centristes, le candidat républicain à la Maison-Blanche rassemble une coalition indéfectible d’électeurs en colère qui pourraient bien, sans réaction de sa concurrence, le pousser jusqu’à l’investiture en juillet.

« Nous avons gagné chez les évangéliques. Chez les jeunes. Chez les vieux. Les diplômés, et les gens qui n’ont pas fait d’études. J’adore les gens qui n’ont pas fait d’études », a déclaré Donald Trump mardi soir après avoir remporté la consultation du Nevada, en se référant, avec exactitude, aux sondages réalisés à l’entrée des bureaux de vote.

« Selon les experts, on n’était pas censé gagner grand-chose, et maintenant on gagne, gagne, gagne le pays. Et bientôt, le pays va recommencer à gagner, gagner, gagner », a-t-il dit, répétant son mot favori.

Les chances de Donald Trump, 69 ans, s’améliorent, car il a prouvé qu’il n’était pas le candidat d’une faction. Il est arrivé premier aux primaires de trois États très différents : le New Hampshire, où plus d’un quart des votants étaient modérés ; la Caroline du Sud, où les trois quarts étaient chrétiens évangéliques ; et le Nevada, où 15 % des votants n’étaient pas blancs, la plus forte proportion de minorités à ce jour aux primaires républicaines. Systématiquement, Donald Trump réalise son meilleur score parmi les Américains ayant moins qu’un baccalauréat. Mais il domine aussi chez les diplômés.

Désabusement

Il arrive donc avec le vent en poupe dans les 11 États, surtout dans le sud, qui voteront aux primaires mardi prochain, avec un quart des délégués en jeu. Loin derrière lui, les sénateurs Marco Rubio (Floride) et Ted Cruz (Texas) se battent pour la deuxième place. Et deux autres candidats plus marginaux continuent aussi la course : le gouverneur de l’Ohio, John Kasich, et le neurochirurgien à la retraite, Ben Carson.

Dans chaque État, les sondeurs demandent à un échantillon d’électeurs républicains s’ils sont « en colère » ou « insatisfaits » contre l’État fédéral : environ 90 % répondent oui. Il y a quatre ans, une autre question était posée : soutenez-vous le Tea Party ? C’est cette souche de mécontentement que Donald Trump a saisie en la faisant prospérer mieux qu’aucun de ses prédécesseurs.

Cary Covington, politologue à l’Université de l’Iowa, voit une filiation avec le mouvement des électeurs de « l’ordre » dans les années 1960, les démocrates pro-Reagan des années 1980 ou encore la « majorité morale » des années 1990. Leur point commun : au-delà de la déception envers un Parti républicain jugé incapable de concrétiser ses promesses conservatrices, ces électeurs sont désabusés, désenchantés.

« Le phénomène le plus significatif des 30 ou 40 dernières années est la défiance croissante des Américains envers leurs institutions politiques, dit Cary Covington. Le puits du Parti républicain est contaminé aux yeux de ce groupe. S’ils perçoivent un candidat comme proche de l’establishment, il devient inacceptable. »

Idéologie flexible

En théorie, Donald Trump était censé se heurter à un plafond, mais, au Nevada, il a apparemment sauté : il y a remporté 46 % des voix, bien plus que le tiers d’électeurs républicains auquel il était habitué à ce stade. Les sondages indiquent même que, parmi les 8 % de républicains d’origine hispanique ayant voté dans cet État, 45 % ont voté pour lui. Une partie de l’électorat latino n’apparaît donc pas rebutée par les déclarations anti-Mexicains de l’homme d’affaires.

Donald Trump a des réserves de voix, car il n’est pas figé idéologiquement. Il fut longtemps démocrate. Cette année, sur les armes à feu et l’avortement, il est ultra-conservateur. Mais il sait aussi appâter les centristes voire la gauche. Il répète qu’il veut abolir la réforme du système de santé de Barack Obama, qui vise à ce que chaque habitant soit assuré. En même temps, il promet que sous une présidence Trump, « personne ne mourra dans la rue parce qu’il est malade et n’a pas d’argent ».

« Je suis conservateur, au fait, pour information », a-t-il précisé en meeting mardi.

Mais même sa vision du capitalisme est teintée de protectionnisme : « Je crois au libre-échange, mais il faut que ce soit intelligent, on ne peut pas continuer à se faire arnaquer. »

Pour Cary Covington, cette flexibilité idéologique pourrait faire de Donald Trump un président in fine plus acceptable pour l’appareil républicain que Ted Cruz, champion d’une droite idéologique et intransigeante, d’ailleurs détesté par la plupart de ses collègues du Congrès. « Nous accueillerons quiconque gagnera l’investiture », a éludé sur CNN mercredi Reince Priebus, le président du Parti républicain.

3 commentaires
  • Colette Pagé - Inscrite 24 février 2016 09 h 07

    Des électeurs déboussolés prêt à tout essayer même le pire !

    Comment expliquer que ce grand pays continue à supporter ce narcissique xénophobe qui déteste les femmes malgré 3 mariages, les pauvres, les mexicains et qui au lieu de vouloir bâtir des ponts avec le reste du monde préfère ériger des murs.

    Se pourrait-il que ses supporters démontrent leur ras-le-bol face à l'etablishement, wall street, les lobbys et les pouvoirs de l'argent. Des électeurs qui sont près à tout essayer pour réaliser un changement, quitte à être oublié une fois l'élection terminée.

  • François Dugal - Inscrit 25 février 2016 08 h 44

    Le mur

    Si monsieur Trump est élu président des USA, le Canada devrait sérieusement songer à ériger un mur le long de la frontière entre les deux pays afin de se protéger contre la bêtise.

  • Marc Leclair - Inscrit 25 février 2016 12 h 17

    De quel autre pays peut-on dire autant qu'ils n'auront pas eu besoin d'ennemis, tellement ils furent la cause de leur propre déchéance. S'il y a bien un peuple qui peut courir à sa perte par sa bêtise, sans jamais en tirer de leçons, c'est bien les États-Unis d'Amérique.

    Le prochain chapitre de l'histoire des USA préoccupe, et avec raisons. Car l'inquiétante montée patriotique des Américains et la confiance aveugle et inconditionnelle qu'accordent ces derniers à leur "Chef" Donald Trump, n'est pas sans rappeler un autre sombre et effrayant chapitre de l'histoire. Lorsqu'on en vient à utiliser de jeunes enfants pour chanter des airs belliqueux lors de rassemblements politiques devant une foule hytérique, il y a lieu de s'interroger.