Cruz écarte Trump, Sanders talonne Clinton

L’Iowa, première étape des primaires dans la course à la Maison-Blanche, a livré son verdict : Donald Trump, roi des sondages, a trébuché face à Ted Cruz, tandis qu’Hillary Clinton était au coude-à-coude avec un tenace Bernie Sanders dans le camp démocrate.

Au fur et à mesure de la soirée, l’ancienne secrétaire d’État a vu son avance se réduire à peau de chagrin. Mme Clinton était créditée de 49,8 % des appuis contre 49,6 % pour son rival selon un décompte de 99 % des circonscriptions par le parti démocrate. Le troisième larron de la course, l’ancien gouverneur du Maryland, Martin O’Malley, ne récoltait que des miettes.

Même si elle n’a pas revendiqué la victoire au cours de son discours, Mme Clinton a tenté de secouer ses partisans en prononçant un discours très énergique, se montrant ferme dans la défense du programme politique démocrate, mentionnant l’assurance-santé, les changements climatiques, l’accessibilité à l’éducation et la protection des droits.

« Il est rare que nous ayons vraiment l’occasion de confronter nos idées. Il est rare que nous devions réfléchir sérieusement à ce que doit être le Parti démocrate », a-t-elle affirmé.

Bernie Sanders, vigoureux lui aussi, a été accueilli comme un véritable héros par ses nombreux partisans qui ont scandé son prénom à de nombreuses reprises. « Il semble que nous sommes sur un pied d’égalité virtuel. Nous allons obtenir environ la moitié des délégués », a-t-il lancé sous les acclamations de la foule.

« La population de l’Iowa a lancé un profond message à l’establishment politique, à l’establishment économique et à l’establishment médiatique. Nous avons terminé des politiques de l’establishment. Les Américains, qu’ils soient libéraux, conservateurs ou modérés, ont dit qu’ils ne voulaient plus d’un système financier corrompu. Êtes-vous prêts à entendre une idée radicale ? Nous allons créer une économie qui fonctionnera pour les familles, les travailleurs, pas pour les milliardaires. »

Le sénateur du Vermont de 74 ans, clairement ancré à gauche, éreinte sans relâche l’ex-secrétaire d’État sur ses liens avec Wall Street et promet à l’Amérique une véritable « révolution politique ».

Même s’il a terminé deuxième, le bouillant Bernie Sanders pourrait revendiquer une victoire relative : à son entrée en campagne en avril, il recueillait moins de 10 % des intentions de vote ici.

Trump perd son pari

Du côté des républicains, Ted Cruz a enlevé la victoire, défaisant ses 10 rivaux en obtenant 28 % des suffrages. Le sénateur du Texas a notamment devancé celui que les sondages donnaient gagnant, l’homme d’affaires milliardaire Donald Trump, par quatre points de pourcentage.

« Cest la victoire de la base. C’est une victoire pour les courageux conservateurs de tout l’Iowa et de toute cette formidable nation », a-t-il lancé, micro à la main avant de prononcer un discours se voulant très anti-establishment.

« L’Iowa a proclamé à la face du monde que le jour allait se lever », a-t-il ajouté.

Créature du Tea Party, détesté au Congrès pour son obstruction permanente, le vainqueur du jour a fait campagne contre « le cartel de Washington ».

Faisant mauvaise fortune, bon coeur, M. Trump s’est dit honoré de finir en deuxième position, félicitant le vainqueur et ses autres adversaires. Il n’a pu s’empêcher de fanfaronner en prédisant sa victoire prochaine au New Hampshire et à la convention républicaine. « On va battre Hillary, on va battre Bernie, on va battre quiconque [les démocrates] nous opposerons », a-t-il lancé pour consoler ses partisans.

Le très bon score de Marco Rubio, solide troisième chez les républicains, devait faire pousser un « ouf » de soulagement aux ténors du « Grand Old Party ».

Ces derniers sont en effet en quête d’un candidat plus consensuel pour l’élection du 8 novembre qui désignera le successeur de Barack Obama.

« Pendant des mois, on nous a dit que je n’avais aucune chance car je portais un message optimiste […] ou que mes cheveux n’étaient pas gris », a immédiatement réagi, tout sourire, le sénateur de Floride au visage de jeune premier.

Grand perdant de la soirée : Jeb Bush, l’ancien gouverneur de Floride fils et frère de président, qui termine très loin derrière.

 

Bulletin secret

Appelés à choisir entre douze républicains d’un côté et trois démocrates de l’autre, les électeurs des deux partis se sont rendus en nombre dans les bureaux de vote (écoles, bibliothèques, gymnases…) de ce petit État agricole du Midwest.

Lors de ces « caucus » (réunions) au format singulier, les républicains votent à bulletin secret, les démocrates forment des groupes par candidat afin de répartir des délégués.

« La procédure est assez confuse », constatait Aaron Menick, étudiant. « C’est très chaotique, mais je suis content que tant de gens se soient déplacés… », souriait-il.

Au lycée Lincoln High, à Des Moines, les caucus sont une affaire de famille. Mais tout le monde n’est pas d’accord.

Roberto Roney, 47 ans, soutient Hillary Clinton et met en avant son « expérience » : « Elle a davantage présenté ses idées et elle a des points de vue réalistes », dit-il à l’AFP.

Des arguments qui n’ont pas convaincu son fils Jacob : celui-ci a choisi le camp de Bernie Sanders : « Il est différent, c’est un outsider », dit le lycéen de 18 ans, qui participe à ses premiers caucus, qui reproche à l’ancienne First Lady d’être « trop modérée ».
 

Premières victimes de cette soirée électorale inaugurale : le démocrate Martin O’Malley, ancien gouverneur du Maryland, et le républicain Mike Huckabee, ex-pasteur baptiste et ex-gouverneur de l’Arkansas, ont jeté l’éponge.

Le neurochirurgien Ben Carson, arrivé en quatrième position, a lui annoncé qu’il ne suspendait pas sa campagne après les primaires de l’Iowa, mais qu’il rentrait chez lui « chercher du linge propre ».
 

Avec l’Agence France-Presse

Hillary Clinton a fait son discours avec son époux, Bill, et sa fille, Chelsea, à ses côtés.

Photo: Win McNamee / Getty Images / Agence France-Presse
«Les habitants de l’Iowa ont envoyé un message au monde politique, au monde économique et aux médias», a lancé Bernie Sanders à la foule.

Photo: Joshua Lott / Getty Images / Agence France-Presse
Donal Trump n’a pu s’empêcher de fanfaronner en prédisant sa victoire prochaine au New Hampshire et à la convention républicaine.

Photo: Kiichiro Sato Associated Press

Les principaux résultats

Chez les républicains

Ted Cruz: 27,7 %
Donald Trump: 24,3 %
Marco Rubio: 23,1 %
Ben Carson: 9,3 %
Rand Paul: 4,5 %

Chez les démocrates

Hillary Clinton: 49,8 %
Bernie Sanders: 49,6 %
Martin O'Malley: 0,6 %
1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 2 février 2016 14 h 36

    Monsieur Sanders, mon préféré

    Je voterais pour lui, pour ses idées, ses positions, ses valeurs.
    Garanties : son passé.