Freddie Gray: le jury délibère

Jugé depuis deux semaines aux États-Unis à la suite du décès de Freddie Gray, William Porter a tour à tour été dépeint lundi comme un policier fautif et insensible, puis comme un fonctionnaire consciencieux et innocent de la mort brutale d’un jeune Noir dans son fourgon de police.

Juste après avoir reçu les instructions finales de la bouche du juge Barry Williams, le jury s’est retiré à 14 h 30 pour délibérer. Trois heures plus tard, leurs discussions à huis clos ont été ajournées au lendemain. C’est maintenant aux 12 jurés des assises de Baltimore de trancher entre ces deux versions, pour un verdict qui aura une résonance nationale tant l’affaire Freddie Gray, du nom de la victime de 25 ans, est devenue emblématique.

Le verdict est susceptible d’enflammer à nouveau Baltimore, même si les autorités de la ville ont offert un montant compensatoire de 6,4 millions à la famille de Freddie Gray.

Lundi la tension était palpable, avec de nombreux véhicules des forces de l’ordre positionnés préventivement autour du tribunal. La maire, Stephanie Rawlings-Blake, et le chef de la police locale, Kevin Davis, ont appelé les habitants de Baltimore à conserver leur calme et à respecter la décision de justice qui sera prise.

Ici l’affaire Freddie Gray illustre le fossé entre la communauté noire et la police, dans une ville qui connaît une envolée inquiétante des homicides : il y en a déjà eu 315 en 2015, un record depuis 1999.

Pour beaucoup, ce dossier est un cas d’école des abus policiers contre la communauté noire, et un acquittement de Porter, même s’il est lui-même noir, s’inscrirait dans une longue liste d’injustices avérées et impunies. Pour d’autres, la mort de Freddie Gray ne fut qu’un tragique accident et rien ne justifierait que Baltimore, cité portuaire côté atlantique, soit à nouveau livrée à la rage et aux émeutes qu’elle a connues au printemps.

C’est dire le poids qui reposait sur les épaules de l’avocate générale, Janice Bledsoe, qui a accusé lundi William Porter et ses cinq collègues d’avoir transformé leur fourgon en un « cercueil sur roues », dans lequel ils auraient assisté sans ciller à l’agonie de la personne qu’ils venaient d’interpeller.

Un simple regard

Les faits, imprégnés de racisme selon les amis de la victime, remontent au 12 avril dernier. Freddie Gray avait été contrôlé pour un simple regard jugé fuyant. Il avait ensuite été interpellé après que les forces de l’ordre eurent trouvé sur lui un couteau à cran d’arrêt. Le jeune homme a subi une grave blessure aux vertèbres cervicales lors de son transport sous la garde de six policiers et était décédé une semaine après. Ce « coup du lapin », probablement contre une paroi du fourgon, a été d’autant plus violent que Freddie Gray n’a pu amortir le choc de ses bras menottés.

« C’est mépriser la vie humaine », a asséné Mme Bledsoe, qui a appelé le jury à tenir pour responsable M. Porter. Celui-ci répond d’homicide involontaire, violences, mise en danger de la vie d’autrui et faute professionnelle. « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », a justifié la procureure.

Cet « homicide », ainsi que l’avait qualifié la procureure de l’État du Maryland, avait déclenché des émeutes, des pillages et de graves actes de vandalisme. Les autorités avaient déclaré l’état d’urgence, instauré un couvre-feu nocturne et appelé en renfort les militaires de la Garde nationale.

Le président Barack Obama avait condamné les violences, tout en relevant les « questions troublantes » restant en suspens.

Les six agents, trois Noirs et trois Blancs, sont jugés séparément, les débats s’étalant sur plusieurs mois.

Lundi les avocats de William Porter ont plaidé l’accident tragique et insisté sur le fait que c’était à l’accusation de prouver l’homicide de Freddie Gray.

« Il n’y a pas le début du commencement d’une preuve avancé par un témoin de l’accusation que l’agent Porter ait agi de façon erronée », a affirmé Joseph Murtha, l’un des conseils du policier.

1 commentaire
  • Marc Leclair - Inscrit 14 décembre 2015 18 h 30

    Le fric n'est pas un baume

    "même si les autorités de la ville ont offert un montant compensatoire de 6,4 millions à la famille de Freddie Gray"

    Cette phrase à elle seule me donne la nausée. Non l'argent n'achète pas tout. Une vie n'a pas de prix, surtout lorsqu'elle est volée aussi absurdement à un si jeune age. J'imagine la rage des parents. Hélas nous savond d'ores et déjà que ce genre de bavure demeure impuni et que le policier sera fort probablement blanchi.