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Trump provoque un tollé à travers le monde

La proposition du milliardaire américain Donald Trump, candidat républicain à la Maison-Blanche en 2016, de barrer l’entrée des musulmans aux États-Unis a suscité une salve de réactions indignées, et parfois excédées, en Amérique et à travers le monde.

« J’ai des amis musulmans, ce sont des gens très bien, mais ils savent qu’il y a un problème, et on ne peut plus le tolérer », avait expliqué Donald Trump, ovationné en meeting en Caroline du Sud, quelques heures après avoir annoncé lundi qu’il souhaitait fermer les frontières des États-Unis aux musulmans « jusqu’à ce que nous soyons capables de déterminer et de comprendre ce problème ».

Même à l’échelle des déclarations incendiaires du candidat en tête des sondages pour les primaires de son parti, la proposition est extraordinaire et les réactions politiques à la mesure d’une proposition qui semble directement enfreindre la Constitution américaine et l’interdiction des discriminations religieuses.

Une avalanche de condamnations politiques s’est abattue sur l’homme d’affaires, y compris venant de ses rivaux républicains pourtant habituellement peu enclins à défendre les musulmans, de Marco Rubio à Chris Christie. Jeb Bush, qui avait lui-même après les attentats de Paris proposé d’exclure uniquement les réfugiés syriens musulmans, l’a traité de « déséquilibré ».

« Savez-vous comment rendre à l’Amérique sa grandeur ? » a questionné mardi matin Lindsey Graham, un autre républicain, reprenant le slogan de campagne du milliardaire. « Dites à Donald Trump d’aller au diable ».

Disqualifié

Côté démocrate, la Maison-Blanche a immédiatement dénoncé lundi une idée « contraire à nos valeurs ». Elle en a remis une couche mardi en estimant que cette énième diatribe « moralement répréhensible » le « disqualifie pour être président ».

« La vraie question pour le Parti républicain est de savoir s’ils se laisseront entraîner dans les poubelles de l’histoire avec Donald Trump », a dénoncé avec une rare virulence le porte-parole de l’exécutif américain.

« Donald Trump, vous ne comprenez rien. Cela affaiblit notre sécurité », a réagi Hillary Clinton sur Twitter.

« Donald Trump ressemble plus au leader d’une foule prête au lynchage que d’un grand pays comme le nôtre », s’est pour sa part désolé Nihad Awad, directeur du Comité de relations américano-islamiques (CAIR).

La déclaration « porte seulement atteinte à la campagne légitime contre le fondamentalisme islamiste » et « ne fait que renforcer le recrutement d’État islamique à travers le monde », ont aussi déploré Marvin Hier et Abraham Cooper, fondateurs du centre juif Simon Wiesenthal pour les droits de l’homme.

Ailleurs

La proposition a également provoqué un tollé chez les dirigeants mondiaux. Pour Dar al-Iftaa, la plus haute autorité religieuse d’Égypte, il s’agit de « remarques extrémistes et racistes » et « cette vision hostile à l’islam et aux musulmans va attiser les tensions au sein de la société américaine ».

Le premier ministre britannique, David Cameron, est lui en « désaccord total » avec cette proposition, qu’il juge « tout simplement mauvaise, inutile et de nature à semer la discorde », a déclaré un porte-parole du chef de l’exécutif britannique.

Pour sa part, le premier ministre français, Manuel Valls, a fustigé la proposition de M. Trump, estimant qu’il « entretient la haine et les amalgames ». « Notre seul ennemi, c’est l’islamisme radical. »


Serein

Insensible aux condamnations internationales, Donald Trump était mardi matin sur toutes les télévisions américaines pour défendre son idée, estimant au passage sur CNN que Paris « devrait peut-être » adopter la même stratégie, au vu des « immenses » problèmes que connaît la ville avec sa communauté musulmane.

La veille, il affirmait que de nombreux musulmans sont favorables au djihad violent contre les Américains ou qu’ils préfèrent vivre en vertu de la charia (loi islamique) plutôt que de la Constitution américaine.

« Donald Trump appelle à l’arrêt total et complet de l’entrée des musulmans aux États-Unis jusqu’à ce que les élus de notre pays comprennent ce qui se passe », expliquait son communiqué.

« La haine dépasse l’entendement », avait-il lancé, évoquant le couple de tueurs de San Bernardino (14 morts) et les auteurs des attentats de Paris (130 morts). « Ça ne fait qu’empirer et on va avoir un autre World Trade Center », prévenait-il.

Sur son évasive proposition de lundi, il a simplement précisé que les soldats américains musulmans basés à l’étranger pourraient revenir. Et que les musulmans déjà ici pourraient rester.

L’annonce de lundi peut se lire comme une réponse à Barack Obama, qui dans un discours à la nation dimanche avait enjoint les Américains à éviter les amalgames entre le groupe État islamique et l’islam.

Donald Trump n’en est pas à sa première salve anti-musulmans depuis sa tonitruante entrée en campagne à l’été. Après les attentats de Paris en novembre, il a appelé — comme le reste de son parti — au rejet des réfugiés syriens. Il avait aussi approuvé l’idée de forcer les musulmans à se déclarer sur un registre afin d’être surveillés, déclenchant un premier malaise dans son camp.

Trump critiqué à Ottawa

Ottawa — La proposition d’interdire aux musulmans l’entrée aux États-Unis formulée par le candidat à l’investiture républicaine Donald Trump a été qualifiée mardi de « déplorable » et « décevante » à Ottawa. Invoquant sa « position », le premier ministre Justin Trudeau n’a pas voulu commenter directement et en détail ces propos qui ont provoqué un tollé au sud de la frontière. Il a simplement plaidé que les Canadiens savent très bien où il loge et qu’ils se sont par ailleurs clairement prononcés « contre la politique de peur et division » au scrutin du 19 octobre dernier. Dans un communiqué publié lundi, Donald Trump a réclamé une interdiction d’entrée « complète et totale » des musulmans aux États-Unis. Si Justin Trudeau a fait preuve d’une certaine réserve, quelques membres de son cabinet ont condamné ces propos. La ministre des Institutions démocratiques, Maryam Monsef, qui est de confession musulmane, a affirmé qu’ils étaient « décevants ». Sa collègue au Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a pour sa part parlé d’une prise de position « déplorable » de la part de Donald Trump. Dans son communiqué, le candidat à l’investiture du Parti républicain explique que sa proposition vise à répondre au niveau de haine envers les Américains d’une « grande proportion de la population musulmane ». L’interdiction d’entrer au pays s’appliquerait à tous les musulmans, incluant ceux qui font une demande de visa d’immigration et les touristes, a précisé son directeur de campagne, Corey Lewandowski. La Presse canadienne

«Plus méchant que Voldemort»

Londres — «Mauvais, inutile» et «plus méchant que Voldemort» : du premier ministre David Cameron à l’auteur d’Harry Potter, de nombreuses personnalités britanniques ont critiqué mardi la proposition de Donald Trump d’interdire l’entrée des musulmans aux États-Unis. Le premier ministre est en «total désaccord» avec cette proposition qu’il juge «tout simplement mauvaise, inutile et de nature à semer la discorde», a déclaré un porte-parole du chef du gouvernement britannique. Le maire de Londres, Boris Johnson, a, quant à lui, qualifié d’«idiotie totale» et de «ridicules» les propos de Donald Trump selon lesquels certains quartiers de la capitale britannique étaient si radicalisés que les policiers y craignaient pour leur vie. «La seule raison pour laquelle j’éviterais certains quartiers de New York est le risque réel d’y tomber sur Donald Trump», a ajouté le maire. J.K. Rowling, à qui l’on doit le personnage d’Harry Potter, a également choisi l’humour pour réagir aux propos de Donald Trump en écrivant sur Twitter : «Quelle horreur. Voldemort [le sorcier maléfique de la saga Harry Potter] était très loin d’être aussi méchant».
11 commentaires
  • André Côté - Abonné 8 décembre 2015 09 h 42

    Si le ridicule ne tue pas...

    Ce monsieur Trump semble posséder une qualité éthique et un quotien intellectuel inversement proportionnels â l'importance de sa fortune. Après autant de déclarations incendiaires, si le ridicule ne tue pas...

  • Christian Beaudet - Abonné 8 décembre 2015 10 h 59

    Une réponse de l'ex Gouverneur de l'État de NY

    Lu ce matin dans le site de CNN - Georges Pataki suggère...: "Next thing we will be banning loudmouth, racist billionaires" Que dire de +++?

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 8 décembre 2015 12 h 22

    Le journaliste pose la question:

    « Mais quid des citoyens américains musulmans? »

    Il a sa réponse dans son article :

    «Comme c’est l’habitude avec M. Trump, son annonce est aussi tonitruante que floue. Il a précisé que les soldats américains musulmans basés à l’étranger pourraient revenir. Et que les musulmans déjà ici pourraient rester...»

  • Marc Leclair - Inscrit 8 décembre 2015 12 h 30

    Il n'en rate pas une!

    "J’ai des amis __________ , ce sont des gens très bien, mais..... "

    Ça commence toujours très bien une tirade raciste.

    J'aimerais bien la voir la photo de lui et ses amis musulmans en train de faire un barbecue dans sa cour.

  • Sylvain Dionne - Inscrit 8 décembre 2015 21 h 34

    Trump: un mal pour un bien?

    Ça me rassure dans le fond qu'il soit populaire chez les républicains. On a beau critiquer les américains mais ils ne sont quand même pas assez stupide pour en faire un président! Donc une situation qui avantage grandement le parti Démocrate (même si ce n'est pas l'idéal, mais dans un système bipartiste, pas d'autre option). Des fois je me demande si M. Trump n'est pas un démocrate qui a infiltré le parti Républicain pour le saboter une fois pour toute... Il ne lui manque qu'une casquette avec une hélice sur la tête et de la musique de cirque en arrière-plan!