Hillary relancée après un faux départ

Hillary Clinton
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Hillary Clinton
Sauf poussée extraordinaire de Bernie Sanders, Hillary Clinton a désormais la voie ouverte pour l’investiture démocrate. Le vice-président Joseph Biden a renoncé à se présenter. Bernie Sanders a évacué du débat électoral des démocrates l’affaire de son usage d’une adresse personnelle de courriel. Mais Hillary Clinton, sur la sellette jeudi au Congrès, traîne toujours les boulets que sont l’attentat de Benghazi et ses courriels dans la campagne en vue du scrutin présidentiel.
 

Hillary Clinton était radieuse, vendredi, lors d’une réunion électorale à Alexandria, proche banlieue de Washington située en Virginie. Dans cet État figurant parmi la dizaine d’indécis qui couronneront le prochain président, l’ancienne première dame et ancienne ministre des Affaires étrangères est apparue comme en pays conquis.

Elle a prononcé un discours combatif mais détendu devant la mairie d’Alexandria, contrôlée par les démocrates depuis des lustres, et aux côtés de Terry McAuliffe, ex-directeur de sa campagne de 2008 qui a ravi le poste de gouverneur aux républicains en 2013.

« Je suis pleine d’enthousiasme et d’optimisme », a lancé une Hillary Clinton tournée « vers l’avenir » à une foule d’invités par courriel, pour la plupart des sympathisants ayant contribué à sa campagne de 2008 ou à celles de Barack Obama.

Radieuse, Hillary Clinton pouvait l’être. Après une campagne laborieuse depuis l’annonce de sa candidature en mars, le chemin menant à l’investiture du Parti démocrate s’est dégagé devant elle.

Joe Biden

Mercredi, Joseph Biden a mis aux spéculations autour d’une possible candidature. Le vice-président de Barack Obama se remet de la mort de son fils et ne se sent pas d’attaque pour une campagne éprouvante à travers les États-Unis.

La renonciation de Joe Biden est une très bonne nouvelle pour Hillary Clinton. Sans être candidat, Joe Biden, au CV plus solide que le sien pour gouverner le pays, était crédité d’environ 15 % des intentions de vote. Selon les sondages, ses électeurs entendent se rabattre sur Hillary Clinton plutôt que sur son seul rival démocrate sérieux, Bernie Sanders.

Quant au sénateur du Vermont, il s’est privé d’une des rares lignes d’attaque dont il disposait contre Hillary Clinton. Lors du premier débat télévisé entre les prétendants démocrates, le 13 octobre, Bernie Sanders a fait un énorme cadeau à Hillary Clinton en évacuant de la campagne pour l’investiture démocrate la controverse autour des courriels personnels de l’ex-ministre. « Je ne suis pas sûr que ce soit bon pour moi politiquement, mais la ministre a raison, les Américains en ont marre d’entendre parler de ses sacrés courriels ! » déclarait le sénateur à l’animateur du débat. « Moi aussi ! Merci, merci, merci ! » s’empressait de répliquer la candidate avant de serrer la main à son adversaire avec un immense sourire aux lèvres. À la suite des retraits de Jim Webb et de Lincoln Chafee cette semaine, Hillary Clinton n’a plus que deux rivaux démocrates, Bernie Sanders et Martin O’Malley.

Au Congrès

Par ailleurs, Hillary Clinton s’est sortie sans grosse égratignure, jeudi, de plus de neuf heures d’interrogatoire serré, public et sous serment par la commission spéciale d’enquête du Congrès sur l’attentat de Benghazi qui, le 11 septembre 2012, tua l’ambassadeur des États-Unis et trois autres employés du gouvernement américain. Cette commission est celle qui a découvert qu’elle utilisait un serveur personnel de courriel pour diriger la politique étrangère américaine.

Contrairement à sa première convocation en 2013, l’ancienne patronne du Département d’État a gardé son sang-froid et s’est exprimée d’une voix très posée. Elle a indiqué assumer la « responsabilité » du drame, mais sans accepter de préciser quelles erreurs engageaient sa responsabilité. Elle a aussi laissé entendre plusieurs fois que l’ambassadeur avait une part de responsabilité dans sa mort et celle de ses collègues parce qu’il s’était porté volontaire pour Benghazi.

Politisation

Hillary Clinton a surtout remis en cause la nécessité de la commission spéciale tout en laissant sagement ses cinq amis démocrates siégeant à la commission monter sa défense la plus agressive. Ceux-là ont accusé la commission dirigée par les républicains de politiser une tragédie. Ils ont réclamé sa dissolution en affirmant que la majorité républicaine vise seulement à « faire dérailler la campagne présidentielle » d’Hillary Clinton.

Malgré le soulagement que lui procurent sa bonne prestation devant la commission sur Benghazi, son excellente prestation lors du premier débat démocrate, la renonciation de Joe Biden et la capitulation de Bernie Sanders, Hillary Clinton est encore loin de la Maison-Blanche.

Si le chemin de l’investiture démocrate lui est désormais grand ouvert, celui qui pourrait la mener de l’investiture à la Maison-Blanche demeure semé d’embûches.

L’affaire de Benghazi et celle des courriels personnels à des fins professionnelles resteront en toile de fond de sa campagne jusqu’au scrutin, car le Congrès poursuit l’enquête sur Benghazi, le FBI enquête sur ses courriels et la justice a enjoint au Département d’État de publier les courriels par lot mensuel.

Son image

Ces affaires nuisent à l’image présidentiable d’Hillary Clinton. Elles touchent en effet à des questions relatives à son jugement en temps de crise et à sa transparence dans l’exercice de fonctions gouvernementales. Si les Américains de tendance démocrate semblent acquis à sa cause dans ces affaires, la présidentielle de novembre 2016 se jouera auprès des électeurs indépendants des partis démocrate et républicain. Or, 65 % des indépendants sont mécontents de la manière dont Mme Clinton a géré l’attentat de Benghazi.

Si sa candidature a un potentiel historique dans la mesure où elle serait la première femme à diriger les États-Unis, sa candidature est déjà historique, mais négativement, puisque l’ex-ministre est dans la situation sans précédent d’être un candidat à la présidence qui fait l’objet d’une enquête de la police fédérale.

Bien qu’elle soit le candidat le plus qualifié et le plus au fait des dossiers de tous les prétendants en lice, Hillary Clinton est jugée « pas honnête ni digne de confiance » par la majorité de ses compatriotes, est mal vue des électeurs blancs et n’a pas encore rassemblé les minorités de la « rainbow coalition » qui porta et maintint Barack Obama au pouvoir.

Les sondages montrent qu’elle perd face à tous les principaux candidats républicains, sauf Donald Trump et Marco Rubio, alors que Joe Biden les battait tous, et largement. Hillary Clinton est chef de file, mais vulnérable. Elle n’attire toujours pas les foules qui courent entendre Bernie Sanders, Donald Trump et Ben Carson. Pour la réunion électorale d’Alexandria vendredi, le personnel de Mme Clinton contactait de nouveau les invités la veille pour leur dire qu’il restait des places disponibles et les inciter à convaincre leurs « amis et parents » de venir avec eux. Cependant, la place du marché d’Alexandria, lieu du rassemblement, n’a finalement pas fait le plein.