C’est l’accord ou la guerre, dit Obama

Barack Obama a prononcé son long discours à l’Université américaine de Washington.
Photo: Alex Wong Agence France-Presse Barack Obama a prononcé son long discours à l’Université américaine de Washington.

Face à la menace de rejet de l’accord sur le nucléaire iranien des républicains, Barack Obama durcit le ton. Pour la première fois, le président des États-Unis a brandi mercredi le spectre d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient, en cas d’échec de l’accord.

Il jubilait il y a quelques semaines à peine au moment d’annoncer cette entente, qui limite les ambitions nucléaires de Téhéran en échange de la levée progressive et réversible des sanctions qui étouffent son économie. Mais mercredi, les traits tirés, le président a insisté sur l’urgence d’agir afin de l’officialiser, alors que les républicains du Congrès songent sérieusement à s’y opposer.

« Un rejet de l’accord par le Congrès laisserait toute administration américaine absolument déterminée à empêcher l’Iran de se doter d’une arme nucléaire face à une seule option : une autre guerre au Moyen-Orient. Je ne dis pas cela pour être provocateur. C’est un fait », a martelé M. Obama.

Si le Congrès en vient à « tuer cet accord », « la crédibilité des États-Unis comme leader diplomatique, la crédibilité des États-Unis comme ancre du système international » sera « perdue », a également affirmé le président, dans un long discours défendant l’accord conclu entre Téhéran et les grandes puissances le 14 juillet.

Le ton « alarmiste » de M. Obama a été dénoncé peu après par le président du Parti républicain, Reince Priebus. Selon lui, le président démocrate « devrait avoir honte » d’utiliser un tel ton alors que les parlementaires en sont à étudier le bien-fondé de l’entente.

Guerre de mots

Chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, l’expert de la politique américaine Rafaël Jacob donne en partie raison au leader républicain. Si le projet du président subit l’échec au Congrès, M. Obama pourra toujours invalider le vote en imposant son veto présidentiel, rappelle-t-il.

Oui, le Congrès pourrait lui-même casser ce veto si suffisamment de démocrates contre l’accord décident de se ranger derrière les républicains, deux tiers des votes étant nécessaires, mais cela semble peu probable selon lui, vu l’importance historique de ce traité ayant mis fin à 12 ans de crise diplomatique.

« Ce discours est une tentative de répliques à plusieurs des critiques de l’accord, qui disent que l’accord va mener tôt ou tard à la guerre parce que l’accord permettrait à l’Iran d’obtenir la bombe. Obama affirme l’inverse. Or, la réalité, c’est qu’on ne le sait pas et qu’il s’agit d’abord et avant tout de spéculations », affirme Rafaël Jacob.

M. Obama l’a lui-même concédé, la levée des sanctions laisse à Téhéran le champ libre sur la gestion de son économie. Une partie des fonds débloqués par la levée des sanctions pourra ainsi être consacrée à des « activités terroristes », a-t-il reconnu, faisant écho aux arguments de ses détracteurs. Mais pour le président américain, l’essentiel de l’argent devra être consacré par les autorités iraniennes à améliorer la situation de la population, qui a souffert de plusieurs années d’asphyxie économique en raison des sanctions.

Même « un régime aussi répressif que l’Iran ne peut ignorer les espoirs » suscités parmi la population, a-t-il estimé.

Lors de son long discours prononcé à l’Université américaine de Washington, Barack Obama a défendu le caractère historique et pacifique de l’accord, estimant que ce débat était pour les élus « le plus conséquent » depuis le vote sur la guerre en Irak, en matière de politique étrangère.

Le débat sur l’accord de Vienne a considérablement refroidi les relations entre les États-Unis et Israël, qui estime sa sécurité menacée. Barack Obama n’a pas ménagé son allié durant le discours, désignant Israël comme étant le seul pays à s’être publiquement exprimé contre l’accord.

« Toutes les nations du monde qui se sont publiquement exprimées, à l’exception du gouvernement israélien, ont apporté leur soutien » au texte, a affirmé Barack Obama dont le discours était retransmis et traduit en hébreu à la radio publique israélienne.

Réitérant les engagements de son chef de la diplomatie, John Kerry, qui a âprement négocié le texte, Barack Obama a promis d’être ferme à l’égard des Iraniens, malgré cet accord. Si l’Iran triche sur le nucléaire, « nous pourrons les attraper et nous le ferons », a-t-il déclaré.

L’AIEA échoue à rassurer

Les parlementaires américains sont ressortis « moins rassurés » à propos de l’accord sur le nucléaire iranien qu’avant une réunion avec l’Agence internationale de l’énergie atomique, a indiqué mercredi le sénateur républicain et président de la Commission des affaires étrangères, Bob Corker. « La majorité des membres ici sont partis avec bien plus de questions qu’ils n’en avaient avant que la rencontre ne se tienne », a expliqué Bob Corker à des journalistes à l’issue d’une réunion de plus d’une heure avec Yukiya Amano, le directeur de l’AIEA, agence qui supervisera les activités nucléaires iraniennes. Amano s’est rendu au Congrès, dominé par les républicains, dans le but de les rassurer sur le texte de l’accord historique sur le nucléaire iranien. « On n’arrive même pas à avoir confirmation que nous aurons un accès physique [au site de] Parchin », où des parlementaires suspectent l’Iran d’avoir travaillé au développement de l’arme atomique par le passé, a déploré Bob Corker. Le directeur de l’AIEA devait notamment évoquer deux arrangements parallèles conclus avec Téhéran, mais il a finalement invoqué son obligation de protéger la confidentialité.


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