Le mariage homosexuel légalisé partout aux États-Unis

Washington — «L’Histoire a été écrite!» Dans une décision qualifiée de toutes parts d’historique, la Cour suprême des États-Unis a légalisé vendredi le mariage homosexuel partout dans le pays.

La nouvelle a été accueillie dans une explosion de joie sur les marches du temple de la justice américaine. Partout, les drapeaux gays étaient agités et les comptes Twitter et Facebook de la Maison Blanche arboraient les couleurs arc-en-ciel.

«L’Histoire a été écrite, et vous en faites partie!», s’est félicitée la puissante Union américaine de défense des libertés (ACLU). «Ce moment a pris des décennies, c’est un jour incroyable pour la liberté et pour l’Amérique.»

Le président Barack Obama s’est immédiatement réjoui de cette «grande étape dans notre marche vers l’égalité». «C’est une victoire pour l’Amérique», a-t-il déclaré depuis les jardins de la Maison Blanche. «C’est une victoire pour les alliés, les amis et les soutiens [du mariage gay] qui ont passé des années, voire des décennies, à travailler et prier pour que le changement intervienne.»

«Nous ne pourrions pas être plus fiers», a renchéri le vice-président Joe Biden, qui a toujours plaidé pour la légalisation du mariage gay sur tout le territoire américain.

Seulement deux ans après avoir décrété que le mariage n’était pas réservé aux couples hétérosexuels, la haute Cour a jugé que les 14 États américains (sur 50) qui refusent aujourd’hui d’unir deux personnes de même sexe devaient non seulement les marier, mais en plus reconnaître leur mariage lorsqu’il a été célébré ailleurs.

Un droit «fondamental»

Au nom de l’égalité de tous devant la loi, «le 14e Amendement requiert d’un État qu’il célèbre un mariage entre deux personnes de même sexe», a écrit le juge Anthony Kennedy, s’exprimant au nom de la majorité de la Cour suprême.

«Le droit au mariage est fondamental», a jugé la haute Cour, qui était saisie par seize homosexuels de quatre États interdisant leur mariage. «Les décisions sur le mariage font partie des plus intimes qu’un individu puisse prendre. Et c’est vrai de toutes les personnes quelle que soit leur orientation sexuelle», a ajouté le juge Kennedy.

La majorité de la haute Cour a en outre réaffirmé que les couples homosexuels avaient les mêmes droits que les couples hétérosexuels de «satisfaire une association intime» et estimé que les États qui interdisent le mariage homosexuel «font du tort et humilient les enfants des couples de même sexe».

Attendu pour être l’arbitre suprême dans cette décision, le juge conservateur, qu’on savait fervent défenseur des droits des gays, a ajouté son vote à celui des quatre juges progressistes pour permettre aux homosexuels de se marier aux quatre coins des États-Unis.

«La Cour a considéré la Constitution comme une chose vivante et noté que la société américaine était parvenue à une profonde reconnaissance de l’identité et de la dignité des gays, lesbiennes et bisexuels», a commenté à l’AFP le professeur David Cruz.

Courroux de la droite

Le président de la haute Cour, John Roberts, s’y est opposé, ainsi que les trois autres juges conservateurs. Ils estiment que «cette Cour n’est pas une législature». «Que le mariage homosexuel soit une bonne idée ne devrait pas nous concerner», mais est du ressort de la loi, a écrit le juge Roberts.

Connu pour ses formules imagées, le juge ultra-conservateur Antonin Scalia a parlé de son côté de «putsch judiciaire» qui «vole au peuple la liberté de se gouverner lui-même».

«Aucune Cour ne peut renverser la loi de la nature», a abondé l’organisation Family Research Council (FRC), qui voit là «un abus de pouvoir» et prévoit de «gros dégâts pour l’héritage» que laissera cette décision.

«Cinq juges suprêmes renversent le vote de 50 millions d’Américains et exigent que l’Amérique s’écarte de millénaires d’histoire et de la réalité de la nature humaine», ajoute Tony Perkins, président de l’organisation.

Le parti républicain a pour sa part fustigé une infraction au sacro-saint fédéralisme, la Cour suprême refusant de reconnaître le rôle constitutionnel des États fédérés s’agissant des lois du mariage.

Sur les marches de la Cour suprême, quelques mécontents dénoncent le jugement. «Si vous voulez changer la loi en fonction de la Constitution, vous devez avoir l’accord du peuple et non pas d’un groupe de gens», a déclaré Chauncey Killens, venu de Californie pour dire «non» au mariage gay.

«Nous avons franchi une frontière aujourd’hui, nous avons commis un péché légal», a renchéri Christine Weick, venue du Michigan, un des quatre directement concernés par la décision.
7 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 26 juin 2015 11 h 25

    Une question de civilisation!

    La loi positive en est une, la loi naturelle en est une autre. Chacun son opinion, mais je ne partage pas celle de la majorité des juges de la Cour suprême. Selon moi, la question de fond n'en est pas une d'égalité mais plutôt celle de dire ce qui est un mariage et ce qui ne l'est pas. C'est donc essentiellement une question de civilisation, ce qui n'est pas une mince affaire!

    Michel Lebel

    • Sylvain Dionne - Inscrit 26 juin 2015 15 h 36

      À M. Lebel,

      Et qu'est-ce qu'une question de civilisation? Les lois dérivent de la morale depuis le début de la civilisation! Franchement! Donc, c'est merveilleux, on assiste à un assomplissement bénéfique de la morale (vivre et laisser vivre tout en évitant de nuire à son voisin). Aussi, de toute manière, c'est la loi qui détermine ce qu'est un mariage et ce qui ne l'est pas. Quant au mariage religieux, c'est tout autre chose. Il ne faut pas confondre les deux. Si une Église ne veut pas reconnaître un mariage au point de vue religieux, c'est son affaire. Mais il restera valide au point de vue de la loi et c'est ce qui prime pour la société dans son ensemble! Fini le temps où la religion dictait tout! Pour ceux que ça dérange, essayez de travailler sur votre bien-être personnel et arrêtez de vouloir rendre les autres malheureux parce que vous l'êtes...

    • Gaston Meilleur - Abonné 26 juin 2015 15 h 42

      Et qui doit répondre à cette question... Le mariage est un acte d'amour et de partage.. point è la ligne - les religions l'ont récupéré tout simplement... c,est payant....

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 juin 2015 19 h 58

      Légalement, un mariage est le choix de deux personnes de vivre ensemble avec tous les droits et obligations que cela amène. Avez-vous une autre définition?

    • Loraine King - Abonnée 26 juin 2015 23 h 27

      Monsieur Auclair, j'ajouterai que le mariage implique une relation conjugale, c'est à dire une relation sexuelle entre deux personnes.

      Je pense à mes deux fils qui ont acheté une maison ensemble. Ils ont tous les deux un bon emploi, se partagent les frais, etc. L'un est handicappé. Ils ont choisit de vivre ensemble avec tous les droits et obligations, mais ils ont une relation filiale. Ils s'aiment quand même profondément ! Puisque leur relation n'est pas sexuelle, je doute qu'ils aient droit, par exemple, au fractionnement du revenu lorsqu'ils seront retraités.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 juin 2015 12 h 04

      Madame King,
      Aucune loi n'oblige les membres d'un couple marié à avoir ensemble des relations sexuelles, bien que ce soit fort habituel, j'en conviens. Ni même à s'aimer, d'ailleurs. Par contre, pour vos deux fils, c'est une autre histoire, bien entendu.

  • Eric Lessard - Abonné 26 juin 2015 15 h 36

    Une victoire méritée

    Il était temps que l'amour gay soit enfin reconnu légalement aux États-Unis. Ici, on parle d'une minorité qui compte de millions de personnes, et qui ont été persécutés pendant des siècles à cause de leur différence.

    On se demande combien de décennies il faudra aux pays hostiles aux gays à comprendre ce que les pays avancés comprennent maintenant.