Woodfox reste en prison

Albert Woodfox
Photo: Courtesy of International Coalition to Free the Angola 3 Associated Press Albert Woodfox

Washington — Un procureur américain s’est opposé à la libération d’un ancien militant noir, incarcéré depuis 43 ans en cellule d’isolement pour un meurtre qu’il a toujours nié, et dont le maintien en prison avait provoqué l’indignation des défenseurs des droits de la personne.

À 68 ans, Albert Woodfox détient le record du nombre d’années passées en isolement dans une prison américaine bien que sa condamnation ait été cassée à deux reprises.

Sa libération immédiate et sans conditions avait été ordonnée lundi par un juge fédéral mais le procureur général de Louisiane a fait appel de la décision et obtenu le maintien provisoire de Woodfox en détention, au moins jusqu’à vendredi.

Les défenseurs des droits de l’Homme estiment que la longue détention, dans des conditions difficiles, de Woodfox et de deux de ses anciens compagnons, illustre les défaillances du système judiciaire dans le pays.

Albert Woodfox avait été placé à l’isolement, en compagnie de deux codétenus, à la suite d’une émeute au célèbre pénitencier d’Angola (Louisiane) en 1972, au cours de laquelle un gardien blanc avait été tué.

Le dernier

Woodfox, qui a toujours lutté pour faire reconnaître son innocence, était le dernier des dits Angola » encore derrière les barreaux. Herman Wallace est mort d’un cancer en 2013, quelques mois seulement après avoir été libéré. Robert King avait été libéré en 2001. Les trois hommes étaient d’anciens militants des Black Panthers, mouvement radical de lutte contre les discriminations raciales dans les années 1960 et 1970 aux États-Unis.

Amnesty international, qui avait défendu la cause des trois hommes pendant des années, avait salué la décision du juge de libérer Woodfox, la qualifiant d’« avancée capitale en direction de la justice » visant à redresser un processus judiciaire « bourré de vices de forme ».

Les trois hommes avaient dénoncé les conditions extrêmement dures au pénitencier d’Angola, ainsi baptisé car il fut construit sur une ancienne plantation où les esclaves venaient de ce pays d’Afrique australe. Ils avaient affirmé que la détention à l’isolement leur avait causé des traumatismes physiques et mentaux.

En novembre, la libération de Woodfox avait été ordonnée par une cour d’appel, mais ce jugement avait été cassé en février par une décision fédérale.

Lundi, en rendant sa décision, le juge fédéral James Brady avait fait état de l’existence de preuves de l’innocence du détenu. « Des preuves soutenant les affirmations de M. Woodfox sur son innocence donnent à ce tribunal encore plus de raisons de mettre en doute les deux condamnations précédentes », avait-il estimé.

Le juge Brady a mis en avant cinq « circonstances exceptionnelles » autorisant une libération immédiate et sans conditions de Woodfox, dont son âge, son mauvais état de santé, le préjudice consistant à laisser un détenu confiné pendant plus de 40 ans, et le fait qu’il a déjà été jugé par deux fois pour un crime survenu il y a plus de 40 ans.

L’ancien militant radical américain a pour sa part toujours clamé son innocence, affirmant notamment qu’il existait un témoin capable de prouver qu’il n’était pas impliqué dans le meurtre. Il cite également l’analyse scientifique effectuée sur le lieu du crime et souligne avoir été soumis au détecteur de mensonges qui a conclu qu’il disait la vérité.

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 11 juin 2015 09 h 00

    La justice

    La justice appartient aux riches. Cet adage Se vérifie tous les jours au pays de l'Oncle Sam.