Obama veut rassembler le monde

Les États-Unis ont voulu jeudi galvaniser la communauté internationale contre le « terrorisme » djihadiste, lors d’un sommet mondial à Washington qui doit encore accoucher d’une stratégie concrète pour cette « nouvelle guerre contre un nouvel ennemi ».

Le président Barack Obama et son secrétaire d’État John Kerry bouclaient jeudi trois jours de réunion internationale « contre l’extrémisme violent » en présence de représentants d’une soixantaine de gouvernements et organisations, dont le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et les ministres de l’Intérieur français et britannique, Bernard Cazeneuve et Theresa May. Un rendez-vous préparé de longue date par la Maison-Blanche et le département d’État, qui a pris toute sa résonance après les attentats islamistes de Paris et Copenhague et en pleine mobilisation militaire contre le groupe État islamique (EI) en Irak et en Syrie.

« Nous sommes ici aujourd’hui parce que nous sommes unis contre le fléau de l’extrémisme violent et du terrorisme », a lancé Barack Obama à son auditoire. Il a exhorté les gouvernements alliés de rester « inébranlables dans le combat contre des organisations terroristes ». Mais, a prévenu le président américain, cette lutte « n’a rien à voir avec le fait d’être juif, chrétien ou musulman : nous sommes tous dans le même bateau et nous devons nous épauler pour sortir de cette crise ».

Prudence

M. Obama a bien pris soin, comme toute son administration, de ne jamais parler de lutte contre l’islamisme radical, une précaution de langage que lui reproche son opposition républicaine. Aux yeux de Barack Obama, « l’idée selon laquelle l’Occident est en guerre avec l’islam est un horrible mensonge ».

« Les communautés musulmanes, y compris les intellectuels et les dignitaires religieux, ont la responsabilité de lutter non seulement contre les interprétations erronées de l’islam, mais aussi contre les mensonges selon lesquelles nous serions engagés dans un choc des civilisations », a insisté le chef de l’exécutif américain, qui, dès 2009 dans un discours resté fameux au Caire, avait tendu la main au monde musulman.

Son chef de la diplomatie, John Kerry, a inscrit la lutte contre le « terrorisme », notamment islamiste, dans un contexte historique plus large : « Le XXe siècle s’est défini par la lutte contre la grande dépression économique, l’esclavage, le fascisme et le totalitarisme. C’est maintenant à notre tour […]. On nous demande aujourd’hui de mener une nouvelle guerre contre un nouvel ennemi », s’est exclamé M. Kerry, parlant du « combat fondamental de notre génération ».

La guerre

Pour son homologue jordanien, Nasser Judeh, il s’agit même de la « Troisième Guerre mondiale, notre guerre en tant que musulmans. […] notre guerre collective en tant que communauté internationale ».

De fait, a renchéri Ban Ki-moon, « l’émergence d’une nouvelle génération de groupes terroristes comme Daech et Boko Haram représente une grave menace pour la paix et la sécurité mondiale ».

Outre que Washington s’alarme que ces organisations contrôlent de vastes pans de territoires, il estime que plus de 20 000 combattants étrangers de plus de 100 pays ont rejoint l’EI en quelques mois, dont 4000 venus d’Europe. C’est « sans précédent », a dit John Kerry et c’est autant que le nombre de djihadistes partis « se battre en Afghanistan dans les années 1980 […] au cours d’une décennie ».

Le Français Cazeneuve a réaffirmé que « plus de 400 jeunes Français sont aujourd’hui présents dans la zone irako-syrienne » et que « près de 1400 Français sont impliqués, d’une façon ou d’une autre, dans les filières combattantes ». Alors, « il nous faut nous rassembler afin de nous interroger sur notre stratégie », a plaidé John Kerry, qui a promis un « programme d’action contre l’extrémisme violent ».

« Seule, la force militaire ne garantira pas la victoire », a prévenu ce grand sceptique de l’interventionnisme armé à tous crins. « Sur le long terme, cette guerre ne sera remportée qu’en déployant un arsenal bien plus large et créatif », a-t-il réclamé, citant pêle-mêle la bonne gouvernance, l’État de droit ou encore l’éducation.

Une annonce

Seule annonce concrète jusqu’à présent, Washington s’est engagé à accélérer le partage de renseignements avec ses alliés sur les candidats au djihad, tout comme sa coopération avec l’agence Interpol.

M. Ban, qui a dénoncé la « stratégie délibérée de choc et d’effroi » de l’EI au moyen de ses terribles vidéos de décapitations d’otages, a annoncé un sommet mondial dans les mois qui viennent de dignitaires religieux pour « envoyer un puissant message de solidarité et de tolérance ».