Course à la fermeture de Guantánamo

Un détenu était escorté par des militaires américains, en mars 2002, au centre de détention de Guantánamo, sur l’île de Cuba.
Photo: Andres Leighton Associated Press Un détenu était escorté par des militaires américains, en mars 2002, au centre de détention de Guantánamo, sur l’île de Cuba.

Treize ans après l’arrivée des premiers hommes à Guantánamo, sous le soleil écrasant de Cuba, l’administration Obama multiplie les vols nocturnes pour vider le plus vite possible les geôles de la prison américaine. Avec toujours l’espoir de la fermer complètement.

En 2014, 28 détenus ont retrouvé le chemin de la liberté, « la baisse annuelle de la population carcérale la plus importante » de la présidence Obama depuis 2009, s’est félicité Paul Lewis, l’envoyé spécial du Pentagone chargé de la fermeture de la prison.

Alors que le centre de détention militaire entre dans sa 14e année dimanche, « nous nous efforçons de maintenir le rythme », a-t-il ajouté, dans un entretien à l’AFP.

« La route pour fermer Guantánamo est dégagée et bien éclairée », a écrit son homologue démissionnaire du département d’État, Cliff Sloan. « Il y a eu beaucoup de zigzags mais nous avons réalisé de grands progrès », juge-t-il dans un éditorial du New York Times.

Travail à finir

Mais Noor Mir, pour Amnesty International USA, somme l’administration Obama d’« agir vite ». « Malgré le sinistre décompte de treize années depuis l’ouverture de Guantánamo, des dizaines d’hommes continuent de croupir là-bas, sans aucune idée du moment où leur détention prendra fin », relève-t-il.

Les premiers détenus sont arrivés le 11 janvier 2002, quand, quatre mois après les attentats du 11-Septembre, le président George W. Bush faisait enfermer dans des cages à ciel ouvert les « pires des pires » de sa guerre contre le terrorisme.

Aujourd’hui, il reste 127 détenus, sur un maximum de quelque 680 dénombrés en 2003, mais la population carcérale pourrait tomber sous la barre des 100 dans les deux mois, avec pour objectif de la diviser par deux d’ici fin 2015.

Parmi eux, 83 Yéménites, l’un des plus gros obstacles à la fermeture de Guantánamo, car leur rapatriement est impossible en raison de l’actuelle situation explosive au Yémen.

La semaine prochaine, cinq Yéménites seront transférés dans deux pays non identifiés. Au total, ce seront alors 21 pays qui auront accepté d’accueillir des détenus d’une nationalité étrangère.

L’administration démocrate se heurte au refus catégorique du Congrès républicain de transférer les détenus de Guantánamo sur le sol américain, même pour y être jugés.

Pourtant, le taux de détenus libérés sous la présidence Obama retombés dans le djihadisme est de 6,8 %, contre 30 % sous Bush, précise Cliff Sloan.

Première étape pour Barack Obama, qui a maintes fois réitéré sa promesse de clore le chapitre Guantánamo avant la fin de sa présidence : trouver un pays d’accueil pour les 59 détenus « libérables », yéménites pour la plupart.

« Nous essayons de transférer ces 59 hommes dès que possible, espérons cette année », a précisé à l’AFP un haut responsable de la Défense, en ébauchant un calendrier approximatif.

Au département d’État comme au Pentagone, les responsables démarchent, une à une, les ambassades et parcourent le monde à la recherche de pays d’accueil.

« C’est un effort au cas par cas », ajoute ce haut responsable sous couvert d’anonymat, « nous nous concentrons sur l’Amérique du Sud et continuons à construire des liens au Proche-Orient et en Europe ».

Les autorités américaines s’assurent que les ex-futurs détenus seront bien traités et qu’elles pourront « garder un oeil sur eux ».

« Ces gens n’ont jamais été condamnés de quoi que ce soit, ils ne sont pas criminels donc ils ne seront plus détenus mais ils doivent être surveillés » et ne peuvent pas quitter le pays d’accueil pendant au moins deux ans, précise le responsable.

Deuxième étape : juger au plus vite les dix détenus « de grande valeur » renvoyés devant les tribunaux militaires d’exception. Parmi eux, Khaled Cheikh Mohammed et ses quatre coaccusés du 11-Septembre, dont le procès n’a toujours pas commencé, ce qui éloigne la perspective de fermer la prison.

Troisième étape : accélérer la révision de la situation de chacun des 58 hommes, qui n’ont pas été inculpés mais dont le transfert n’a jusqu’ici pas été approuvé. Tous ne pourront pas sortir de prison, certains sont des « djihadistes invétérés », mais le nombre de détenus « non libérables » pourrait être réduit à une quarantaine.

Le président Obama pourrait alors retourner devant le Congrès pour obtenir, d’une manière ou d’une autre, l’autorisation de les transférer dans des prisons américaines de haute sécurité, où le coût est de 75 000 dollars par an et par détenu contre 3 millions à Guantánamo.

« S’il ne peut pas amener ces détenus aux États-Unis, il devra les garder à Guantánamo », déclare à l’AFP David Remes, avocat de 18 détenus, tous yéménites. « Et Guantánamo restera ouverte ».

1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 12 janvier 2015 10 h 19

    Fermez Guantanamo, M. Obama. C'était la première promesse de votre premier mandat.

    La prison hors-la-loi, en territoire étranger, où les détenus ne sont accusés de rien, ou s'ils le sont, comme le canadien Omar Kadr, un enfant soldat, ils le sont de force, après des interrogatoires bidons, effectués sous la torture. Une honte, un scandale, une infamie, une de plus qui tache le drapeau américain. Une des raisons qui amplifie la montée du terrorisme. Oui M. Obama, faîtes tout ce qu'il faut pour fermer cet horreur au plus vite.