Premier affrontement entre Obama et le nouveau Congrès républicain

Le président Barack Obama utilisera son veto contre toute loi autorisant immédiatement l’oléoduc controversé Keystone XL entre les États-Unis et le Canada, priorité du nouveau Congrès républicain qui alarme les écologistes nord-américains.

Forts de leur majorité au Sénat et à la Chambre des représentants, les républicains devraient rapidement faire adopter une loi autorisant le chantier, bloqué depuis plus de six ans par l’administration Obama, en raison notamment d’objections sur son impact environnemental.

Mais mardi, le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest, a mis fin au suspense et annoncé que Barack Obama ne promulguerait pas la loi, si elle était adoptée. «Il existe un processus bien établi [d’examen du projet] qui ne doit pas être affaibli par une proposition de loi», a-t-il annoncé.

Le président entend faire respecter le processus administratif en cours: il est normalement le décideur ultime pour autoriser le projet de la société TransCanada, dont la première demande d’autorisation date de 2008, avant même l’élection de Barack Obama. Mais il tergiverse depuis des années, pour s’assurer que le projet n’aggraverait pas le changement climatique, et plus récemment pour attendre le dénouement d’une procédure judiciaire dans l’un des États traversés par le futur oléoduc, le Nebraska.

Sur le fond, a redit Josh Earnest, Barack Obama n’a pas décidé s’il autoriserait, in fine, l’oléoduc. En décembre, le président américain a jugé que le projet profiterait plus aux entreprises pétrolières canadiennes qu’aux consommateurs américains, car le brut transporté vers les raffineries américaines serait ensuite exporté à l’étranger.

Le prix de l’essence aux États-Unis est en outre déjà en train de baisser, grâce à la chute des cours mondiaux du pétrole.

Mais les républicains soulignent le potentiel de création d’emplois et d’activité pour les raffineries du Golfe du Mexique destinataires du futur brut. Ils sont déterminés à adopter une loi autorisant immédiatement le projet.

«N’est-ce pas formidable, 40 000 emplois pour les ouvriers américains?» a lancé le nouveau sénateur républicain de Louisiane, Bill Cassidy, en citant le nombre approximatif d’emplois directs et indirects créés pendant les deux ans de chantier.

Au Canada, 44 % de la population est opposée à l’oléoduc, selon un sondage de l’université de Montréal publié en novembre, contre 36 % qui le soutient. Mais aux États-Unis, environ 60 % y est favorable (Pew, novembre).

Les associations écologistes ont salué la menace de veto. Elles sont hostiles à la construction d’un nouvel oléoduc en raison des risques de fuite, et parce que la séparation du pétrole brut des sables bitumineux est particulièrement énergivore.

«Le président a pris la bonne décision. Il faut maintenant qu’il tue complètement cet oléoduc de sables bitumineux sales», a réagi Danielle Droitsch, du Natural Resources Defense Council.

Vitrine et tremplin

Pour les républicains, les deux années qui s’ouvrent doivent servir de vitrine pour leur programme économique, et de tremplin pour l’homme qui représentera le parti à la présidentielle de 2016 (aucune femme n’envisageant à ce stade de se présenter).

«Si nous tenons notre parole, si nous permettons le débat et votons des lois, je pense que cela nous aidera à reconquérir la Maison Blanche en 2016», a estimé le sénateur républicain John McCain.

Trois possibles terrains d’entente sont évoqués: une simplification du code des impôts; le financement des infrastructures; et la ratification de traités de libre-échange avec l’Union européenne et plusieurs pays asiatiques.

Barack Obama multipliera à partir de cette semaine les déplacements, avant son discours sur l’état de l’Union, dans deux semaines. Et il rencontrera mardi prochain 16 responsables du Congrès.

Mais malgré les déclarations optimistes, de nombreux sujets restent très conflictuels et pourraient forcer Barack Obama à recourir au veto, outre Keystone XL.

Le Congrès prépare ainsi d’éventuelles mesures pour contrecarrer la régularisation annoncée de millions de sans-papiers, ainsi que le budget 2016 afin de poursuivre la baisse du déficit public, tombé sous les 3 % du PIB.

Sans compter les dossiers du nucléaire iranien et de la guerre contre l’organisation État islamique, deux débats qui devraient commencer d’ici février, selon les sénateurs Lindsey Graham et John McCain.

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