Onde de choc à New York

À New York comme à Montréal, les corps de police se trouvaient sur un pied d’alerte, dimanche, à la suite de la mort de trois policiers en l’espace d’un week-end aux États-Unis. Des menaces dont le Canada n’est pas à l’abri, a rappelé le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur.

Ce fut un week-end noir pour la police aux États-Unis : samedi, deux policiers new-yorkais ont été exécutés d’une balle à la tête alors qu’ils étaient assis dans leur véhicule de service, dans le quartier Brooklyn. Avant de commettre ces actes, le suspect avait expliqué sur les réseaux sociaux vouloir ainsi venger deux Afro-Américains, dont la mort aux mains des forces de l’ordre ces derniers mois a suscité de nombreuses manifestations aux États-Unis.

Ismaaiyl Brinsley, l’agresseur, un homme noir de 28 ans connu des services de police, s’est ensuite suicidé sur un quai de métro. Il cherchait à venger Eric Garner, père de famille noir mort lors d’une altercation musclée en juillet à New York, et Mike Brown, cet adolescent tué par un policier à Ferguson, au Missouri, en août. Les policiers responsables de ces décès n’ont jamais été poursuivis. Les deux victimes — les agents Rafael Ramos et Wenjian Liu — travaillaient pour le NYPD depuis sept et deux ans respectivement. « Ils n’ont pas eu la possibilité de sortir leur arme et n’ont peut-être même jamais vu leur agresseur » a déclaré, bouleversé, le chef de la police de New York, Bill Bratton.

Visiblement ébranlé, le maire de New York, Bill de Blasio, a assisté dimanche à une messe en la cathédrale Saint-Patrick, alors que des inconnus venaient déposer bougies et fleurs sur le lieu du drame. Certains policiers lui ont tourné le dos samedi soir à l’hôpital. « Maire de Blasio, vous avez clairement sur les mains le sang de ces deux policiers », a déclaré Edward Mullins, président d’un syndicat regroupant 11 000 policiers actifs ou retraités new-yorkais.

M. de Blasio a répondu dimanche en regrettant « une rhétorique enflammée qui divise ». Plusieurs voix, dont celle de Barack Obama, se sont élevées pour appeler au calme et à l’unité.

La famille de Michael Brown dénonce

Les organisations pour les droits civiques et la famille de Michael Brown se sont rapidement dissociées des événements, condamnant la violence des gestes. La mère d’Eric Garner, a elle aussi exprimé sa tristesse pour les deux policiers. « Je suis peinée que nous ayons perdu ces deux policiers. Nous ne voulons pas que vous utilisiez le nom d’Eric Garner pour justifier la violence », a-t-elle souligné.

Tôt dimanche matin, un troisième policier a été abattu, cette fois en Floride. Père de cinq enfants, Charles Kondek, 45 ans, patrouillait dans cette localité depuis 17 ans. Il s’était rendu sur les lieux après avoir reçu un appel vers 2 h pour bruit excessif, selon les autorités. Après avoir commis son geste, le tireur a pris la fuite dans une voiture, avant de percuter un poteau et un autre véhicule. Il a ensuite été interpellé par les policiers sur les lieux de l’accident.

Montréal, une cible « à cause de son caractère multiethnique »

Les incidents des derniers jours interpellent Yves Francoeur, le président de la Fraternité des policiers de Montréal. Selon lui, la métropole doit emboîter le pas aux villes de Toronto et Ottawa, qui ont pris des mesures pour rendre plus sécuritaires leurs postes de quartier. En entrevue au Devoir, le chef syndical a affirmé détenir des informations « qui [lui] donnent de bonnes raisons de craindre des menaces » à l’heure actuelle. Certains renseignements pourraient être dévoilés au cours des prochains jours, a-t-il affirmé.

Quand on lui a demandé pourquoi les policiers de Montréal pourraient être la cible d’événements tels que ceux arrivés à New York, M. Francoeur a estimé que « le caractère multiethnique » de Montréal y était pour quelque chose.

« On s’inquiète pour Montréal compte tenu de son caractère multiethnique, compte tenu des [attentats] d’Ottawa et de Saint-Jean-sur-Richelieu », dit-il. « Lorsqu’il y a des mosquées sur ton territoire, malheureusement il y a des gens plus extrémistes. Il y a du travail qui se fait, on a quand même des liens étroits avec la communauté musulmane. »

Un porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal a indiqué que le service est « conscient de ce qui se passe au niveau mondial ». « Il n’y a aucun service d’urgence qui peut se considérer comme à l’abri de tout ça », a indiqué Ian Lafrenière.

15 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 22 décembre 2014 06 h 26

    Des gestes gratuits poséspar des détraqués?

    Comment empêcher cela, lorsque les gestes posés semblent l'être par des détraqués? Mais c'est aussi la réaction à des gestes tellement violents résultant d'une culture de violence innée...on dirait qu'avec la pratique des jeux vidéo extrêment violent le concept de tuer des personnes n'est qu'une banalité maintenant qt que cela affecte les plus instables....désolant.

    • Guy Lafond - Inscrit 22 décembre 2014 07 h 55


      M. Bérubé soulève ici une question importante:

      Les jeux vidéos violents banalisent-ils la violence dans nos sociétés? L'encouragent-ils?

      Aussi, ne devrait-il pas y avoir plus de jeux vidéos favorisant davantage la meilleure connaissance de l'autre, et faire en sorte d'apaiser tout sentiment de xénophobie?

    • Claude Lachance - Inscrite 22 décembre 2014 12 h 25

      Étonnant comme les policiers ont la gachette facile. On tire, on bat, les journaux continuent d'interpréter ces gestes par arrestations musclées.. alors qu,il s'agit d'attentat sur la personne. agrssion est facile à écrire, et combien plus juste la plupart du temps.

  • Pierre Vincent - Inscrit 22 décembre 2014 06 h 44

    Le SPVM ferait mieux de parler à la GRC...

    Le SPVM est conscient de ce qui se passe au niveau mondial, c'est très rassurant de savoir qu'ils lisent les journaux. La GRC aussi est au courant, elle connaissait même très bien les auteurs des attentats de St-Jean et d'Ottawa, mais les laissait circuler librement, sans aucun problème. Il est temps d'agir, vous ne trouvez pas ? Ou bien cela fait l'affaire de nos gouvernements de laisser des bombes à retardement en circulation...

    • François St-Pierre - Abonné 22 décembre 2014 09 h 10

      Ou bien le lendemain, y a un hurluberlu qui va dénoncer un complot policier visant à espionner les citoyens et à les priver de leurs libertés?

  • Pierre-Jules Lavigne - Inscrit 22 décembre 2014 07 h 55

    Alertes!!!

    À MTL , LA POLICE SUR UN PIED D'ALERTE. ARRÊTONS DE PENSER EN COMBATTANT , ÇA URGE. Il faut que nos corps policiers et armés soient des agents de la paix. Ils ont adopté, par réflexe paranoïaque organisationnel, les mêmes attitudes que les corps américains. On tire pour se protéger puis on pose les questions ensuite... SVP laissez aux américains leurs problèmes et n'importons pas ici ces mauvais réflexes. La confiance en la police serait gagnante. Pour l'instant vous avez perdu cette confiance. Ce n'est pas en se pensant assiégé et menacé que vous allez améliorer votre et notre situation.

    • Jacques Moreau - Inscrit 23 décembre 2014 00 h 03

      Avez-vous pensé à aussi éduquer le public à respecter l'authorité des policier sur la place publique? Je ne peut m'enpêcher de noter que dans les incidents ou un policier s'est servi de son arme, l'interpellé avait les "baguettes en l'air" prêt à "défendre ses droits" de se promener comme il veut, ou il veut, quant il veut. Par contre j'ai rencontré un officier de police, que j'ai estimé abusait de son authorité et je crois que ses confrères devraient avoir un procédure pour le rapporter, discrètement, et qu'il recoive les compléments de formation requis.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 22 décembre 2014 08 h 21

    Voir la vérité en face, svp...

    "... Quand on lui a demandé pourquoi les policiers de Montréal pourraient être la cible d’événements tels que ceux arrivés à New York, M. Francoeur a estimé que « le caractère multiethnique » de Montréal y était pour quelque chose."

    Ah oui? Et pourquoi donc? Si, au sein des forces, on ne tolère ne serait-ce que l'ombre du profilage... alors qu'est-ce que la multiethnicité de Montréal vient faire là-dedans?

    À moins que...

    Quand il y a manifestation contre la brutalité policière, à Montréal, les participants sont-ils exclusivement noirs, latinos, "bridés", "barbus" ou... "carpet driver" (pour employer un terme torontois servant à désigner ceux qui portent le turban?)

    Quand il s'agit de régler un problème, "se conter des histoires" ne mène jamais nulle part: c'est l'ultime exaspération qui mène à l'ultime violence et tant qu'il y aura complaisance de la part de ceux qui policent la police...

    Pour "l'accident de parcours", "le fait d'un détraqué.. fait que.. on n'y peut foncièrement rien", vous repasserez. Plus le geste est ouvertement brutal, plus claire (brutale) doit être la question à se poser!

  • Jean-François Trottier - Inscrit 22 décembre 2014 08 h 44

    L'engrenage de la mort

    Dans des cas pareils on ne peut parler que de machine déglinguée. À la violence aveugle des forces policières un peu partout sur le territoire américain, répondent deux ou trois dingues de la gâchette en qui une douleur explosive monte comme un volcan.
    À ceux-là réagissent les forces terrorisées et organisées des policiers, qui y trouvent pour beaucoup une justification aux bavures précédentes...

    Il n'y a pas deux parties qui pourraient se rencontrer autour d'une table, mais la police d'une part et des millions de gens qui se sentent brimés tout autour. De ceux-ci nait la violence parfois au hasard, parfois parce que le dernier mort était un frère, un oncle ou le cousin d'un ami.
    En mérique du Nord ceux qui ont mal pour des raisons sociales ou racistes ne sont pas regroupés dans une bande de Gaza (ce qui est bien commode pour générer la violence tout en la contenant), ils sont partout où peuvent vivre des gens de races différentes. Partout partout, quoi.
    Qui peut arrêter cette logique, sinon ceux qui sont organisés ? Le veulent-ils ? Sont-ils prêts à s'imposer les sacrifices nécessaires ? Et comment ? Surtout, comment ?

    Si je savais au moins... En tout cas si j'étais jeune je penserais à faire une carrière comme directeur de prison. C'est un métier plein d'avenir.
    C'est d'une tristesse à rendre malade.