Obama promet de punir Pyongyang

Des travailleurs ont retiré cette semaine à Hollywood les affiches qui annonçaient la sortie prochaine du film The Interview.
Photo: Véronique Dupont Agence France-Presse Des travailleurs ont retiré cette semaine à Hollywood les affiches qui annonçaient la sortie prochaine du film The Interview.

Washington « répliquera de façon proportionnée » à la cyberattaque sans précédent lancée par Pyongyang, a promis vendredi le président des États-Unis, quelques heures après que le FBI eut confirmé que la Corée du Nord était bel et bien à l’origine du piratage informatique majeur ayant frappé le studio de cinéma Sony, à la fin novembre. Une allégation aussitôt niée par le régime de Kim Jong-un.

« Ils ont provoqué beaucoup de dégâts et nous répondrons. Nous répondrons de manière proportionnée et nous répondrons à un moment, à un endroit et d’une manière que nous choisirons », a affirmé Barack Obama lors de sa conférence de presse de fin d’année.

Le régime autoritaire n’est pas le seul auquel le président a adressé des remontrances : la haute direction de Sony y est également passée. Elle a selon lui « commis une erreur » en annulant unilatéralement la sortie en salles de la comédie L’interview qui tue ! (The Interview en version originale), racontant un complot — fictif — de la CIA visant à assassiner Kim Jong-un, mettant en vedette les acteurs James Franco et le Britanno-Colombien Seth Rogen.

« J’aurais aimé que Sony me parle », a ajouté M. Obama. « Nous ne pouvons pas avoir une société dans laquelle un dictateur quelque part peut commencer à imposer une censure ici aux États-Unis », a martelé le président américain.

Même si Pyongyang nie toute responsabilité, le FBI a affirmé avoir « suffisamment de preuves pour en arriver à la conclusion que le gouvernement nord-coréen est responsable de ces actions », jugeant qu’il s’agissait d’un « comportement inacceptable pour un État ». Une déclaration à laquelle le conseiller politique de la Corée du Nord à l’ONU a rapidement réagi, en niant toute implication de l’État nord-coréen. « Notre pays n’a aucun lien avec ce hacker », a-t-il déclaré à l’AFP.

Qualifiant la situation de dangereux précédent, le sénateur démocrate Robert Menendez, à la tête du comité des Affaires étrangères, a écrit au secrétaire d’État John Kerry pour réclamer l’inscription de la Corée du Nord sur la liste des pays soutenant le terrorisme.

Le FBI a souligné avoir « déjà vu une grande variété et un nombre croissant d’intrusions informatiques [mais] la nature destructrice de cette attaque, associée à sa nature coercitive, la classe dans une catégorie à part ».

« L’attaque de la Corée du Nord contre Sony confirme une nouvelle fois le fait que les cybermenaces représentent l’un des plus graves dangers pour la sécurité nationale des États-Unis », a relevé le FBI, se disant « extrêmement inquiet de la nature destructrice de cette attaque contre une entreprise privée et les citoyens qui y travaillent ». Ce n’est « pas seulement une attaque contre une entreprise et ses employés. C’est aussi une attaque contre notre liberté d’expression et notre mode de vie », a estimé le secrétaire à la Sécurité intérieure, Jeh Johnson, après cette annonce.

Sony tente de recoller les pots cassés

Le studio de cinéma espère diffuser ailleurs qu’au cinéma L’interview qui tue ! Après la décision d’annuler la sortie du film, Sony a « commencé à chercher d’autres voies pour diffuser le film sur des plateformes différentes. Nous espérons toujours que tous ceux qui voudront voir le film en auront la possibilité », affirme le studio dans un communiqué.

Sony « n’a pas capitulé » face aux pirates informatiques, s’est en outre défendu son directeur général, Michael Lynton. « Le président, les médias et l’opinion se trompent sur ce quis’est réellement passé », a-t-il ajouté, rappelant que les principales chaînes de cinémas avaient une à une refusé de diffuser le film, craignant que leurs salles soient la cible d’actes terroristes.

Rappelons que Sony a été victime le 24 novembre d’une attaque informatique d’envergure revendiquée par les « Guardians of Peace », un groupe de pirates, au cours de laquelle de grandes quantités de données ont été dérobées et certaines mises en ligne. Le studio avait ensuite reçu des menaces évoquant les attentats du 11-Septembre, qui l’ont poussé à annuler la sortie du film prévue le 25 décembre. Les données personnelles de 47 000 employés et tiers ont aussi été diffusées, tout comme de nombreux documents confidentiels, comme le scénario du prochain James Bond. Sony Pictures est en processus de retirer tout signe du film de ses sites Internet et d’enlever des bandes-annonces de YouTube. Le studio ne compte plus sortir le film.

Outre le vol de données sensibles concernant SPE et la vie privée de ses employés, le piratage a détruit le système informatique du groupe en rendant inopérables plusieurs milliers d’ordinateurs, a fait savoir la police fédérale. Il pourrait en coûter un demi-milliard de dollars au studio, selon des experts.

Le FBI a conclu à la responsabilité de la Corée du Nord après avoir constaté de nombreuses similitudes entre les infrastructures de ce piratage et celles utilisées dans d’autres attaques directement attribuées à Pyongyang, ainsi que des ressemblancesdans les outils employés contre Sony et une attaque des Nord-Coréens en mars 2013 contre des banques et médias de Sud-Coréens.

Les seuls coûts de production et distribution du film engagés par Sony sont évalués à environ 75 millions de dollars, auxquels s’ajoutent « plusieurs centaines de millions de dollars de recettes non réalisées ». Le nettoyage et le remplacement du système informatique devraient se chiffrer à « quelques dizaines de millions de dollars ».

À cela s’ajoutent des dépenses juridiques monumentales : Sony, cible d’une action collective d’employés pour ne pas avoir su protéger leurs données personnelles, va devoir engager un bras de fer avec ses assureurs pour récupérer une partie de ses pertes.

Un affront à la liberté d’expression, dit John Baird

Les attaques perpétrées contre Sony Pictures constituent une « grave atteinte à la liberté d’expression », a estimé vendredi John Baird.

Le ministre des Affaires étrangères du Canada se dit « très inquiet » de la situation, et promet de continuer à intervenir sur la scène internationale afin que les régimes politiques qui favorisent ce type de terrorisme fassent face à des conséquences. « C’est évidemment un problème qui n’est pas sur le point de s’en aller. Maintenant que cela est arrivé une fois, la crainte, c’est de voir quelle sera la prochaine attaque. La communauté internationale doit se pencher sur la situation », a déclaré le ministre au cours de sa conférence de presse de fin d’année.

Il a appelé les États à ne pas prendre à la légère la menace posée par des actes de cyberpiratage comme ceux commis contre Sony Pictures Entertainment. « Si c’est Sony aujourd’hui, qu’est-ce que ce sera demain ? C’est une inquiétude réelle. »
17 commentaires
  • Gilles St-Pierre - Abonné 20 décembre 2014 01 h 12

    Embargo informatique

    S'il est véritablement prouvé qu'un état voyou tel que la Corée du Nord contribue à pirater ou hacker des sites sur le plan international, ne serait-il pas possible alors au moyen de filtres d'interdire tous les serveurs de ce pays d'avoir accès à la toile du web? Si la Chine bloque ou bloquait certains sites sur leur réseau national pourquoi cela ne se ferait-il pas à l'inverse sur le plan international pour tous le trafic émanant d'un pays tel que la Corée du Nord.

    Si l'attaque est provoquée sur des serveurs d'un pays tiers, alors le pays responsable de l'attaque aurait tout de même à subir l'embargo. À ce prix-là les responsables y penseraient deux fois avant de commettre leur crime informatique, car ce lien de communication est devenu pratiquement essentiel pour un pays autant sur le plan économique que social; les représailles seraient sûrement importantes pour les dirigeants politiques en question et un clown comme Pyongyang devra apprendre à se comporter comme du monde et non plus comme son propre père.

    Internet est libre et doit le rester, mais il y a des limites à respecter et si on doit les imposer il faut prendre les moyens nécessaires.

    • Jacques Moreau - Inscrit 20 décembre 2014 10 h 26

      En Chine, la police peut entrer chez-vous et saisir votre équipement infomatique pour usagenon-authorisé, à volonté.... et vous mettre à l'ombre pour l'avoir fait. En Amérique du Nord, la police aura besoin de beaucoup de justifications, et de preuves pour juste antrer chez-vous. De plus le "bloquage" peut être contourné en partant de récepteurs, en mer près des frontières.

    • Pierre Tremblay - Inscrit 20 décembre 2014 12 h 58

      @ Gilles St-Pierre

      Pyongyang est la capitale de la Corée du Nord. Son président est Kim Jung il fils de Kim Jung Un.

    • Lysane Grégoire - Inscrit 21 décembre 2014 10 h 43

      Hum... C'est plutôt Kim Jong-un le dirigeant actuel de la Corée du Nord. Il a succédé à son père Kim Jong-il, dont il est le troisième fils.

  • Pierre Tremblay - Inscrit 20 décembre 2014 01 h 22

    Réveillez-vous qu'ils disaient

    "après que le FBI eut confirmé que la Corée du Nord était bel et bien à l’origine du piratage"

    Si c'est le même FBI qui a informé Bush de la menace en Irak en 2003, à la place du président je me méfierais!

    "Sony (est la) cible d’une action collective d’employés pour ne pas avoir su protéger leurs données personnelles"

    Devrons-nous revenir aux bons vieux crayons papiers pour colliger les données personnelles des employés des entreprises?

    "Ils ont provoqué beaucoup de dégâts"

    Est-ce que les sociétés occidentales commencent à comprendre que tous les systèmes contrôlés par informatique et connectés à Internet sont inutilement vulnérables? Imaginez lorsqu'on aura des automobiles "intelligentes" qui pourront nous déplacer sans conducteur! Y a-t-il un seul système, qu'il soit électrique économique, politique ou autre, qui n'est pas tributaire d'Internet de nos jours?

  • simon villeneuve - Inscrit 20 décembre 2014 01 h 54

    Quelle hypocrisie .

    Les americains ont faient bien pire avec l'espionnage mondial informatique, denoncer par M.Edward Snowden ...

    Cet exemple americain et plusieurs autres canadiens ( comme Harper) manque tellement de transparence aujourd'hui.
    Isl ne se cachent meme plus pour le faire!

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 20 décembre 2014 05 h 06

    BEN BON!!

    Pour Sony qui a voulu faire ses choux gras en s'imaginant gaiement commettre un
    meurtre avec la complicité patente de la C.I.A.
    Sony se serait-elle caressée la bedaine sur l'idée d'un scénario proposant,juste pour
    en rigoler dans l'temps des Fêtes,l'assassinat virtuel d'un Mahomet commandé par la
    C.I.A "just for laugh"?

  • Jacques Beaudry - Inscrit 20 décembre 2014 08 h 17

    pas de leçon à donner

    Obama et ses organisations terroristes (NSA.CIA.FBI etc..) n'ont pas de leçon à faire à qui que ce soit en matière d'abus de censure, d'attaque à la liberté d'expression ou encore à la vie privée. Il nous fait actuellement un gros show de boucane.