Les appels à des poursuites contre les tortionnaires fusent de partout

Dianne Feinstein a dû répondre à de nombreuses questions des journalistes mardi.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Dianne Feinstein a dû répondre à de nombreuses questions des journalistes mardi.

Les appels se sont multipliés mercredi aux États-Unis et dans le monde pour réclamer des poursuites judiciaires après les révélations sur l’usage de la torture par la CIA, mais il semblait peu probable que l’administration Obama s’engage sur cette voie.

Au moment même où les Américains découvraient le rapport accablant du Sénat sur les interrogatoires violents de dizaines de détenus dans des prisons de la CIA, le ministère de la Justice a d’emblée prévenu que le dossier était clos. Un responsable du ministère de la Justice, sous couvert d’anonymat, a indiqué qu’« aucune information nouvelle » n’avait été trouvée dans le rapport publié mardi, depuis une enquête approfondie menée en 2009. « Nous nous tenons à notre première décision de ne pas engager de poursuites pénales », a déclaré ce responsable.

Pourtant, les révélations du rapport de la commission du Renseignement du Sénat ont suscité des réactions scandalisées à travers le monde, qui appellent Washington à réagir. Berlin a dénoncé « une violation grave des valeurs démocratiques », a fustigé le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, dans une interview à paraître jeudi. L’Union européenne a estimé que ces révélations « soulèvent d’importantes questions sur la violation des droits de la personne par les autorités américaines et des personnes au service de l’agence » de renseignement, a commenté la porte-parole du service diplomatique de l’UE, Catherine Ray.

« Les responsables de cette conspiration criminelle doivent être présentés devant la justice », a prôné de son côté le rapporteur de l’ONU sur les droits de l’homme, Ben Emmerson.

Le nouveau président afghan, Ashraf Ghani, s’est dit outré, dénonçant des actes inhumains perpétrés par des responsables du renseignement américain qui ont alimenté « un cercle vicieux » de violence dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. Même l’Iran, régulièrement fustigé à l’ONU pour son bilan en matière de droits de la personne, a dénoncé sur un compte Twitter, « le symbole de la tyrannie contre l’humanité ».

Le programme secret

Le rapport décrit comment les détenus ont été attachés pendant des jours dans le noir, projetés contre les murs, plongés dans des bains glacés, privés de sommeil pendant une semaine, frappés, psychologiquement harcelés. Un détenu a été menacé d’une perceuse. Au moins cinq ont subi des « réhydratations rectales » forcées et, dans un cas, de la nourriture a été administrée par voie rectale.

Bien qu’étant une version expurgée, le rapport décrit le programme secret de la CIA pour capturer et interroger, hors cadre judiciaire, des hommes soupçonnés de liens avec al-Qaïda. La CIA, qui conteste les conclusions du rapport, est accusée d’avoir soumis 39 détenus à des techniques d’interrogatoire plus poussées, parfois non approuvées par l’exécutif.

« Aucune nation n’est parfaite, a réagi Barack Obama, qui a dans le passé utilisé le terme de torture. Mais une des forces de l’Amérique est notre volonté d’affronter ouvertement notre passé, faire face à nos imperfections, et changer pour nous améliorer. »

La puissante Union des libertés américaines (ACLU) l’a pris au mot. « De la manière dont le président Obama voudra rendre justice et responsabilité pour les tortures dépendra l’héritage qu’il laissera en matière de droits de l’homme, à l’Amérique et au monde. »

« Ce n’est pas le président des États-Unis qui conduit une enquête pénale sur les actions de quelqu’un qui travaille à la CIA, c’est de la responsabilité d’un procureur fédéral », a répliqué mercredi le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest.

Poursuites demandées

Les organisations de défense des droits de la personne et des avocats ont exhorté Washington à rendre des comptes et à engager des poursuites à l’encontre des responsables de la CIA impliqués dans le programme.

« Le rapport du Sénat ne doit pas être abandonné sur une étagère ou un disque dur mais doit être la base d’une enquête pénale sur l’usage de la torture chez les responsables américains », a déclaré Kenneth Roth, directeur de Human Rights Watch.

L’association de défense des droits de l’homme britannique, Cage, a, elle aussi appelé à des poursuites judiciaires, affirmant qu’« il y a là des preuves évidentes justifiant des poursuites judiciaires ».

Des mesures

En prenant un certain nombre de mesures immédiates, « l’administration Obama peut commencer à réparer les abus commis en notre nom », a exhorté l’ACLU en appelant à la nomination d’un procureur spécial.

« Des poursuites sont encore possibles », car il n’y a pas de prescription en matière de tortures, écrit Hina Shamsi, directrice de l’ACLU chargée de la Sécurité nationale, dans un éditorial publié dans le New York Times mercredi.

Après deux enquêtes menées par le procureur fédéral John Durham en 2009, le ministère de la Justice a renoncé à toute poursuite judiciaire car « les preuves n’étaient pas suffisantes pour obtenir une condamnation au delà d’un doute raisonnable », a expliqué le même responsable américain.

Pour le Haut-commissaire de l’ONU chargé des droits de la pmme Zeid al-Hussein, « la Convention de la torture est claire comme de l’eau de roche. Aucune circonstance exceptionnelle [] ne peut être invoquée pour justifier la torture ».


 
8 commentaires
  • Denis Miron - Inscrit 11 décembre 2014 05 h 53

    États de droits comme représentants du monde civilisé, réalité ou fiction?

    « la Convention de la torture est claire comme de l’eau de roche. Aucune circonstance exceptionnelle [] ne peut être invoquée pour justifier la torture ».Zeid al-Hussein
    …même l’aggression et l’occupation d’un pays fonder sur un mensonge notoire et sans l’appuie de l’ONU pour lui piller son pétrole ne peut justifier la torture?…j’imagine les représentant républicains sous l’administration Bush-Cheney se scandaliser et crier à l’injustice et se dire victimes d'un proche parent de Saddam Hussein en la personne Zeid al-Hussein pour le haut-comissariat de l'ONU

    Le monde dit civilisé, nous a démontré par ces tortures qu'il ne se différenciait guère de ceux qu'il qualifie de barbares et de terroristes. Le but recherché par cette mission étazunienne en Irak, du nom de « Choc et Stupeur» parle d'elle-même, car c'est le même effet qui est recherché par tous groupes terroristes

  • François Dugal - Inscrit 11 décembre 2014 08 h 48

    Services secrets

    Tous les Services Secrets de tous les pays du monde sont au-dessus de lois.
    Ainsi va la vie et le citoyen ordinaire n'y peut strictement rien.
    Passons à autre chose.

    • Hélène Paulette - Abonnée 11 décembre 2014 12 h 26

      Les services secrets monsieur Dugal? On parle ici d'un gouvernement, qui plus est se prétend le défenseur des droits bhumains dans le monde...

  • Jacques Beaudry - Inscrit 11 décembre 2014 09 h 42

    indéfendable

    La position qu'adopte Obama (le drône-man) est indéfendable face à ce rapport sur la barbarie de la CIA américaine.

  • Gilbert Talbot - Abonné 11 décembre 2014 10 h 10

    L'ENPIRE EST AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇONS!

    Obama ne fera pas de oursuites à l'interne, mais l'ONU ne pourra pas faire de poursuites non plus, parce que les USA ne creconnaissent pa le Tribunal de Justice de La Haye.c Alors pourquyoi nous font-ils ces révélations, sinon pour nopus intimider encopre davantage ?

  • Colette Pagé - Inscrite 11 décembre 2014 11 h 20

    L'image ternie des États Unis !

    Après la confession publique dont est capable ce grand pays, ce qui est tout à son honneur, l'étape suivante ne devrait-elle pas être suivie de poursuites judiciaires ainsi que des sanctions pour les responsables de ses dérives propres à des dictatures. Et, surtout faire la lumière sur le rôle joué par l'ex-président américain qui aurait selon les reportages autorisé les tortures avec la complicité du vice-président, des services juridiques, de la CIA, exécutante des hautes oeuveres sans compter les médecins et les psychologues complices de ces sévices. Passer l'éponge rapidement équivaudrait pour l'avenir à laisser toute liberté à la CIA et aux militaires de Quantanamo de poursuivre la torture.

    Si les États Unis ont été capables d'humilier le président Clinton à la face du monde pour une incartade survenue dans le fumoir du bureau Ovale, ne devaient-ils réussir à se livrer à un exercice comparable pour des événements beaucoup plus dramatiques.

    Autrement, si rien n'est fait le risque est grand que les États Unis perdent toute crédibilité lorsqu'ils s'érigeront en modèle de la démocratie et qu'ils voudront faire la leçon sur le respect des droits humains à des pays comme la Chine, la Russie et l'Arabie Saoudite, un indéfectible allié.

    Mais , ce qui surprend, c'est que les décideurs politiques grands défenseurs de la sécurité nationale n'est pas évalué le danger potentiel de vengeance que pouvait représenter la torture en plus du risque d'utilisation des mêmes méthodes pour les militaires et leurs ressortissants à l'étranger.

    Bien évidemment si les États Unis avaient signé la convention les soumettant au Tribunal pénal international il est plus que raisonnable de penser que des accusations auraient déjà été portées contre les autorités responsables de ces sévices.